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Au Royaume-Uni, des païens exigent de prendre possession de plusieurs églises chrétiennes

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Un groupe de païens de la fraternité d’Odin – The Odinist Fellowship – vient d’écrire à l’archevêque (anglican) de Cantorbéry pour exiger de pouvoir prendre possession de deux églises, l’une à York et l’autre dans le diocèse de Cantorbéry, en « réparation » des « vols » commis selon eux par la communauté chrétienne il y a 1.300 ans. C’est à l’époque de l’évangélisation d’Angleterre que des biens païens ont été volés, détruits ou transformés, selon les adorateurs d’Odin, et ils regrettent l’ombre que cela jette sur leur relation avec l’Eglise d’Angleterre.
 
On pourrait être tenté de considérer tout cela comme un gag, d’autant que la fraternité d’Odin ne représente qu’un millier de membres. L’état des relations des anglicans avec ces hurluberlus n’inquiète sûrement pas beaucoup les autorités ; d’ailleurs, à ce jour, la demande adressée à plusieurs évêques outre Justin Welby, le primat anglican, a suscité deux réponses seulement, polies sans doute mais sans proposition concrète.
 
Les odinistes mettent en avant le fait qu’ils sont « persuadés qu’une restitution de maux passés (sic) constitue la meilleure fondation en vue de meilleures relations » : « Nous souhaitons que vous sachiez que la grande majorité des odinistes pense que l’honneur requiert que l’Eglise d’Angleterre émette des excuses publiques pour ses anciens crimes contre les odinistes ».
 

Les païens odinistes veulent se voir attribuer deux églises chrétiennes

 
L’objectif est avant tout de faire connaître la « persécution » des païens : c’est ce qu’explique Ralph Harrison, directeur de la fraternité, qui pointe l’existence d’un « fort sentiment d’antagonisme envers l’église l’institutionnelle ». Selon lui, la transformation de nombreux terrains et temples païens en lieux de culte catholique au moment de la christianisation de l’Angleterre, notamment par saint Augustin, témoigne d’un « génocide spirituel ». « En l’état actuel, l’Eglise d’Angleterre est en possession d’une énorme quantité de biens volés », a-t-il dit, sans se soucier cependant de ce que les anglicans les aient eux-mêmes vraiment volés aux catholiques…
 
Chose amusante, si les missionnaires chrétiens envoyés par le pape Grégoire le Grand en 596 vers les îles britanniques ont bien reçu l’ordre de sa part de convertir les temples païens existants en lieux de culte chrétien dans l’espoir que les païens continueraient de s’y rendre et y recevraient la vraie foi, la propriété originelle de ces lieux est souvent chrétienne.
 
Le médiéviste James Palmer, de l’université Saint-Andrews, souligne ainsi que de nombreux temples païens de l’époque étaient en réalité des églises chrétiennes élevées par les Romains, qui ont quitté la Grande-Bretagne au début du cinquième siècle. « C’est bien joli de la part des odinistes de dire que les Anglais étaient là et qu’ils étaient païens, mais en fait les Bretons étaient là aussi, et ils étaient chrétiens. »
 

Au Royaume-Uni les indigénistes païens réclament la possession de terres anciennes

 
C’est peu de dire que les odinistes sont aujourd’hui ultra-minoritaires au Royaume-Uni, mais au fond, l’esprit païen, l’esprit indigéniste, a le vent en poupe. Dans de nombreux pays, on accuse l’Eglise catholique et la colonisation d’avoir méconnu les droits des cultures d’origine : c’est un langage qu’on entend aussi bien de la part des gnostiques russes et de la Nouvelle droite que des défenseurs des peuples originels en Amérique latine et ailleurs, tout ce petit monde se retrouvant dans un néo-paganisme qui rend un culte fort moderne, et tout aussi erroné, à la Terre, en s’accommodant de multiples dieux.
 

Jeanne Smits