Oshiorenoya Agabi : face aux limites du silicone, les neurones humains avenir d’une intelligence artificielle maîtrisée ?

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Le neurologiste nigérian, Oshiorenoya Agabi, a créé un jeton d’ordinateur capable de sentir.


 
Oshiorenoya Agabi est un spécialiste nigérian en neurosciences. Il a exposé dimanche à la conférence TEDGlobal qui se tenait en Tanzanie – une première africaine en dix ans – une approche alternative de l’intelligence artificielle à travers la présentation d’un système qui permettrait en particulier de détecter en les reniflant tout explosif présent dans la file d’attente d’un embarquement d’avion. Alors que certains travaillent d’arrache-pied à créer des machines d’Intelligence artificielle (AI) qui miment le cerveau à l’aide du silicone, ou à implanter des puces électroniques dans nos têtes – idée chère à l’entrepreneur Elon Musk -, Agabi a préféré connecter des neurones humains cultivés en laboratoire avec des circuits électroniques.
 

Agabi : « Il faudrait un superordinateur pour simuler le travail de seulement 204 neurones humains »

 
Alors que certains s’acharnent avec les capacités limitées du silicone, ce chercheur âgé de 38 ans part de l’idée selon laquelle le cerveau « constitue le plus puissant processeur que l’univers a jamais connu ». Selon Oshiorenoya Agabi, un superordinateur serait nécessaire pour simplement simuler le travail de seulement 204 neurones humains. Il explique : « Plutôt que de copier un neurone, pourquoi ne pas plutôt recueillir la cellule biologique et l’utiliser pour quoi elle est faite. C’est un point de vue radicalement nouveau. Et il ouvre des perspectives époustouflantes. » Lui et son équipe de généticiens, de physiciens, de biologistes, ont centré leurs recherches sur des questions auxquelles les outils à base de silicone peinent à répondre.
 

Le silicone est limité : les neurones humains comme avenir de l’intelligence artificielle

 
Parmi elles, la détection de produits chimiques volatiles et même de maladies, telles que le cancer. Il en est résulté l’appareil Koniku Kore, une première mondiale, qui est capable de telles fonctions, essentiellement par l’aspiration et l’analyse des odeurs. Selon Agabi, de « grandes sociétés », parmi lesquelles des compagnies de l’industrie du transport, ont déjà contracté avec Koniku, sa start-up basée dans la Silicon Valley en Californie, qui affiche déjà un chiffre d’affaire de 7 millions d’euros cette année qu’elle espère le porter à 28 millions en 2018.
 
Les défis les plus difficiles à relever ont été ceux posés par le maintien en vie des neurones, une technique soigneusement tenue secrète par Agabi, qui indique seulement que leur durée de vie est de deux ans en laboratoire et de deux mois dans l’appareil.
 

Contrairement à Oshiorenoya Agabi, Elon Musk veut implanter des « liaison neurales » dans nos cerveaux

 
Cette nouvelle technologie survient alors que les spécialistes de l’intelligence artificielle tentent de mettre au point des machines ressemblant à nos cerveaux, capables d’apprentissage et de compréhension de leur environnement. Une perspective qui en effraie plus d’un. Elon Musk, qui a affirmé que l’AI risquait de rendre les humains obsolètes, travaille en ce moment sur un projet d’implantation de « liaisons neurales » destinées selon lui à éviter que les hommes ne deviennent esclaves de machines dominantes.
 
Elon Musk, 46 ans, est né en Afrique du Sud d’un père ingénieur et d’une mère nutritionniste et mannequin. Oshiorenoya Agabi est né à Lagos, au Nigeria, où il aidait sa mère à vendre des produits alimentaires dans la rue. Peut-être cette histoire personnelle a-t-elle donné à ce dernier le bon sens dont il semble faire preuve face au machinisme de ses confrères. Pour lui, l’intelligence artificielle doit être plus « vivante ». C’est-à-dire intégrer le vivant plutôt que le mimer. Est-ce moins inquiétant ? Il pense en tout cas que son entreprise pourrait créer d’ici cinq ou six ans un humanoïde ayant une capacité de connaissance en le basant sur des neurones vivants synthétiques : « Nous voulons créer un cerveau de neurones biologiques, un système autonome capable d’intelligence. Mais nous ne voulons pas créer de cerveau humain ». On aimerait le croire.
 

Matthieu Lenoir