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Pour contrôler et transformer les religions et l’Eglise en Chine, le pouvoir communiste brandit l’étendard de la sinisation

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Ce n’est pas la première fois que les cinq grandes religions reconnues par le pouvoir communiste chinois (bouddhisme, islam, taoïsme, protestantisme et catholicisme) sont invitées à se siniser – le christianisme étant contraint de réinterpréter l’Ecriture sainte selon la culture chinoise traditionnelle –, mais l’on apprend aujourd’hui de l’organe de presse en langue anglaise du Parti communiste chinois (PCC) – le Global Times – que leurs dirigeants ont désormais pris acte de la nécessité d’une sinisation de leurs croyances et de leurs pratiques. Il va sans dire, en ce qui concerne les chrétiens, que les Eglises représentées ne sont pas les Eglises souterraines, catholique et protestantes, mais celles reconnues par le PCC, c’est-à-dire l’Eglise patriotique de Chine, qui ne reconnaît pas l’autorité du Pape, pour les « catholiques », et le Mouvement patriotique des trois autonomies pour les protestants.
 

Ce qui ce cache derrière la sinisation des religions

 
Que faut-il entendre par la sinisation des religions voulue par le régime communiste ? Il ne s’agit pas d’une simple inculturation dans son acception habituelle, cela va plus loin. Le Global Times nous l’indique en citant un certain Shen Guiping, expert pour les religions à l’Institut central du socialisme : il s’agit de siniser le christianisme dans chacun de ses aspects, y compris en ce qui concerne ses doctrines, ses usages culturels et sa moralité. Aujourd’hui, accuse l’expert communiste, l’idée d’évangélisation est utilisée « pour transformer la Chine, la culture chinoise et les idéologies ».
 
Fu Xianwei, le président du Mouvement patriotique des trois autonomies, le reconnaît : la sinisation de la théologie reste à faire, et les croyants chinois doivent pouvoir comprendre le christianisme dans le contexte de la culture, de la langue et de la pensée chinoise (et communiste ?). Docile, Joseph Ma Yinglin, le président de la Conférence des évêques de l’Eglise patriotique de Chine (sacré évêque sans l’aval du Vatican en 2006, excommunié par le pape Benoît XVI), a annoncé un plan quinquennal (!) de sinisation de la religion pour guider les églises locales.
 
« Une bonne religion promeut l’ouverture et le désir d’apprendre de nouvelles informations, la religion ne doit pas être centrée sur elle-même ni limitée à ses propres doctrines », explique encore un professeur d’université cité par le Global Times.
 

Inculturation ou dénaturation : un danger pour l’Eglise qui n’est pas limité à la Chine

 
Face à cette volonté du pouvoir communiste chinois de transformer les religions en les adaptant à son idéologie et en les soumettant à son pouvoir totalitaire, l’évêque chinois Savio Hon Tai-Fai, secrétaire de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, mettait récemment en garde l’Eglise catholique contre le piège du « pragmatisme gris » en Chine.
 
Reconnaissons néanmoins que tous ces propos sur la religion ont des consonances familières pour les oreilles d’un catholique européen. Car les pressions pour une adaptation des doctrines religieuses à l’idéologie et à la culture dominantes ne concernent pas seulement l’Eglise en Chine, comme on a pu le voir par exemple à l’occasion du spectacle son et lumières Fiat Lux projeté sur la façade de Saint-Pierre de Rome pour la fête de l’Immaculée Conception le 8 décembre 2015.
 
Et face à « l’Eglise affaiblie », pour reprendre les mots du cardinal chinois Joseph Zen, Pékin renforce sa mainmise sur sa branche chinoise. Dans certaines provinces, le régime communiste chinois, installe même des caméras de surveillance dans les églises pour pouvoir observer ce qui s’y dit. Sans doute pourra-t-il ainsi s’assurer de la mise en œuvre de ses directives d’adaptation des croyances religieuses à la foi communiste chinoise.
 

Olivier Bault