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Syncrétisme : une statue mélange les images de la Vierge de Guadalupe et de la déesse Coatlicue-Tonantzin au Mexique – les « simples catholiques » protestent

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Une sculpture d’Ismael Vargas s’élève depuis peu au centre de la ville de Guadalajara au Mexique. Elle porte le titre révélateur de Sincretismo – « syncrétisme » – et montre en effet un télescopage d’une divinité aztèque, Coatlicue-Tonantzin, avec l’image de la sainte patronne des Amériques, la Vierge de Guadalupe, cette image non faite de main d’homme que vénèrent des millions de pèlerins chaque année à Mexico. Indigné, un groupe de catholiques qui se sont appelés le « Pueblo Catolico Sencillo » (le simple peuple catholique) a lancé dès la mi-août une campagne de protestation pour dénoncer le blasphème et demander le démantèlement de l’œuvre qui non seulement blesse les chrétiens, mais qui porte atteinte à l’honneur et à la vérité de la très Sainte Mère de Dieu, la plus magnifique des créatures, confondue avec l’idole d’une religion sanguinaire.
 
Installée au carrefour de l’avenue du Fédéralisme et de la rue Herrero y Cairo, la statue de 9 m de haut est constituée par le croisement de deux plaques d’acier colossales et ouvragées, où se superposent l’image si connue de Notre-Dame de Guadelupe et l’horrible déesse avec ses têtes de mort et son rictus cruel.
 
La volonté de syncrétisme est affirmée, et elle est visible. Coatlicue ou Tonantzin, dans la mythologie mexicaine, était la déesse de la fertilité, celle qui gouvernait sur la vie et sur la mort, vénérée comme la « mère des dieux ». Le sculpteur la présente comme « la mère de Huitzilopochtli, le dieu patron des mexiques ». On entend presque le ricanement du malin…
 

La statue “Syncrétisme” mêle les images de la Vierge de Guadalupe et de la déesse Coatlicue

 
Coatlicue est l’exact contraire de la Vierge Marie : idole de pierre et non créature la plus pure qui soit, figure d’une croyance païenne qui exige le sacrifice humain, effrayante invention démoniaque dont la représentation rappelle la tristesse et la violence du panthéon précolombien. Coatlicue signifie littéralement : « Celle qui a une jupe de serpents. » Cette charmante déesse de la Terre portait en outre un collier de mains coupées, de cœurs et de crânes humains. Elle se rassasiait de cadavres d’hommes et ses mains et ses pieds étaient griffus. On l’appelait « notre grand-mère ».
 
Dans sa légende se trouve même une parodie de la conception virginale de l’enfant Jésus : on raconte qu’elle se trouvait au temple en prière et qu’une balle de plumes lui tomba sur le ventre, après quoi on découvrit qu’elle était enceinte. Ses enfants aînés la décapitèrent pour la punir et c’est à ce moment-là que naquit Huitzilopochtli, sorti tout armé du ventre de sa mère. Ce qui lui permit au passage de tuer ses frères et sœurs.
 
Aussi est-elle représentée avec la tête coupée et des flots de sang coulant de sa gorge.
 
On comprend que de nombreux catholiques de Guadalajara, de toutes conditions, se soient précipités dans la rue pour manifester et proclamer leur amour de la véritable patronne des Amériques, celle qui a mis fin au cycle de violence et d’horreur aztèques après l’arrivée des Espagnols en ouvrant le cœur des Indiens à la foi et en rendant possible la véritable fraternité d’enfants de Dieu entre colonisateurs et colonisés.
 

Tonantzin, une déesse aztèque qui se repaît de mort et de sang

 
Le dimanche 27 août, le cardinal Robles Ortega a dit, à la fin de la messe, son soutien à la manifestation. Il demandait notamment que les autorités tiennent compte de leur « inquiétude légitime », puisque l’œuvre fait partie de l’initiative Art public à Guadalajara et qu’elle a été financée par des deniers publics. C’est bien la moindre des choses. Mais les « catolicos sencillos », les simples catholiques ont été meurtris de la lettre du cardinal, qu’il a lue publiquement en tant qu’archevêque du lieu.
 
Cette lettre s’appesantit sur les explications envoyées au cardinal par l’artiste, Ismael Vargas qui prétend « présenter un récit clair et respectueux du processus historique qui a permis à la spiritualité des cultures amérindiennes de se fondre dans la foi chrétienne ». Commentaire du cardinal : ce type d’œuvre perturbe la foi des simples, de ceux qui ont l’habitude de voir l’image unique de la Vierge de Guadalupe.
 
« L’œuvre prise seule et en elle-même, sans que personne n’apporte une explication, perturbe en effet, oui, elle inquiète les simples ; c’est-à-dire, ceux qui n’ont pas la capacité de transcender l’œuvre d’art et ce qui est signifié. Je crois que c’est cela qui s’est passé. Les plus simples, les plus humbles croyants et dévots de la Très Sainte Vierge, habitués à voir son image unique, classique, se voient alors perturbés, désorientés par cette interprétation qui se veut artistique », a-t-il déclaré.
 

La molle protestation du cardinal Robles contre le blasphème

 
On conviendra que cette protestation est plutôt molle, admettant, rien de plus, que des gens simples – on les suppose peu intelligents – puissent être gênés dans leur foi du charbonnier. Pas un mot sur l’honneur de la Vierge. Pas un mot sur l’irréductible opposition entre la très Sainte Mère de Dieu, la Vierge qui donne la vie, médiatrice des grâces qui ouvrent la porte du ciel, douce et souriante, et la figure infernale qui exigeait le sang des populations amérindiennes en les plongeant dans un désespoir apparemment sans fin.
 
L’association Pueblo Catolico Sencillo a réagi en accusant le cardinal Francisco Robles Ortega de prendre la défense de la sculpture satanique. « On attend de lui qu’en tant que dirigeant catholique, il exprime une défense de la foi dont on suppose qu’il la professe, au lieu de quoi nous l’entendrons défendre l’auteur de l’œuvre polémique Sincretismo, et prononcer en outre une pathétique défense, non de la foi catholique en tant que telle, mais du droit des simples catholiques d’exprimer leur ressenti à son propos », a déclaré l’association dans un communiqué.
 
Robles admet en effet que l’auteur de la sculpture « n’a jamais eu l’intention d’offenser la quatre communautés catholiques ». Réponse des catholiques de Guadalajara : « Il y a des actions intrinsèquement mauvaises dont l’effet moralement mauvais ne change pas, même si l’auteur des dits actes n’a jamais eu d’intention mauvaise… L’œuvre Sincretismo est blasphématoire, et de ce fait, intrinsèquement mauvaise, parce qu’elle porte atteint à la dignité de la Vierge Marie. »
 

De simples catholiques protestent contre le blasphème avec des raisons très fouillées

 
Ils ajoutent : « Tout le monde sait que le serpent est une représentation du démon, et même pour les cultures antiques, il représentait divers aspects opposés, le chaos, la confrontation, la guerre, la domination, la sagesse de ce monde, etc. Tous ces concepts peuvent être attribués au démon » que l’iconographie catholique représente toujours sous les pieds de Marie pour représenter de manière visuelle le triomphe de la très Sainte Vierge sur le démon.
 
La sculpture qui trône dans actuellement dans la ville de Guadalajara représente au-dessus de la tête de Notre-Dame au moins deux serpents, comme dans l’iconographie aztèque : « Pour quiconque possède une culture catholique, cela représente clairement que le démon est au-dessus de la Vierge et bien évidemment, une telle expression est en conscience inacceptable pour tout catholique au jugement droit, un jugement droit que je continue d’espérer voir dans la culture religieuse du cardinal », note le représentant de l’association.
 
On comprend mieux le désir d’inversion en pensant à l’extraordinaire symbolisme de l’image que la Vierge de Guadeloupe a miraculeusement laissé sur le pauvre manteau de l’Indien San Juan Diego. Un symbolisme parfaitement « lisible » par les Aztèques à partir de leur culture. Marie y a les mains jointes signe d’oraison et de supplication, inclinant légèrement la tête devant le soleil : pour eux il était évident qu’elle prie pour nous devant Dieu. « C’est ainsi que l’ont compris les indigènes, qui pour être simples n’étaient pas idiots » continue le communiqué. Dans Sincretismo, qui multiplie d’ailleurs les images de serpent, les mains de la Vierge de Guadalupe a les paumes ouvertes vers ceux qui la regardent en un clair geste de rejet, « attitude totalement étrangère à la Vierge de Guadalupe, mère de tous les Mexicains ».
 

Syncrétisme : le triomphe du paganisme passe par la profanation de l’image de Marie

 
La symbolique de la statue « païenne » de Marie est plus abondante encore ; sans l’analyser par le menu le groupe des catholiques signale qu’elles impliquent « une négation de la virginité de Marie et de sa maternité divine ». Et il y manque la fleur à quatre pétales Nahui Ollin qui pour les Aztèques représentait ce Dieu unique dont ils n’avaient qu’une vague notion.
 
Comment ne pas y voir une attaque délibérée, un détournement, une volonté de se moquer, certes, de la foi simple des fidèles, mais plus encore de Dieu ?
 
C’est que le message de la « Morenita » est peut-être aujourd’hui plus que jamais totalement insupportable au démon :
 
« Ecoute-moi et comprends bien, toi, le plus petit de mes fils, rien ne doit effrayer ou te peiner. Que ton cœur ne soit pas troublé…
 
« Ne suis-je pas là, moi qui suis ta mère ? N’es-tu pas sous ma protection ? Ne suis-je pas ta santé ? Ne reposes tu pas heureux en mon sein ? Que désires-tu de plus ? Ne sois pas malheureux ou troublé par quoi que ce soit. »
 

Jeanne Smits