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Theresa May accroît sa pression sur l’UE en énumérant les lois applicables en 2019 faute d’accord sur le Brexit

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Theresa May a mis sous pression lundi le grand négociateur européen Michel Barnier en révélant devant la chambre des Communes les détails d’un plan de départ « sec » de l’Union européenne, c’est-à-dire sans accord préalable. Le Premier ministre britannique a décidé de mobiliser les esprits en rendant public un paquet législatif sur les règlementations commerciales et douanières que le Royaume-Uni installerait au « Jour J », en mars 2019, en cas d’échec des discussions avec l’UE. Le Guardian, quotidien travailliste europhile, critique ce projet de lois applicables en estimant qu’il instaurerait « plus de bureaucratie » s’il était appliqué, un angle d’attaque des anti-Brexit durant la campagne référendaire qui ne manque pas de sel quand on connaît la législation kafkaïenne imposée par ailleurs par Bruxelles.
 

La déclaration de Theresa May vise à préparer le Conseil européen de la semaine prochaine

 
C’est la première fois que le gouvernement conservateur de Mme May décrit ce qui se passerait en cas d’absence d’accord, publication destinée à accélérer des discussions de sortie retardées en raison d’une controverse sur le contenu de la « loi de divorce ». Cela juste avant que le secrétaire du Brexit, David Davis, ne parte pour Bruxelles, puis que Mme May elle-même ne participe, la semaine prochaine, à un Conseil européen qui décidera si des progrès suffisants ont été accomplis sur les compensations financières, les droits des citoyens et la frontière inter-irlandaise. Le Conseil autorisera alors, ou non, le début des négociations commerciales.
 
Le projet de paquet législatif révélé lundi indique clairement qu’un Royaume-Uni redevenu pleinement souverain, et faute d’accord avec l’UE, placerait ses échanges sous les règles de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), installant ses propres taxes douanières sur les biens, tout en déplaçant ses contrôles frontaliers en terre ferme pour éviter les retards dans les ports. Le texte prévient que c’est là que la sortie de l’UE sera le plus durement ressentie, quand devront y être contrôlés les poids-lourds transportant des biens européens importés. Mme May s’est dite prête à de gros investissements pour construire des infrastructures nécessaires à un désengorgement vers l’intérieur si aucun progrès n’est réalisé dans les discussions avec les hiérarques de l’UE.
 

Une baisse des droits de douane et un pacte commercial centré sur l’Asie

 
Le département pour le Commerce extérieur a par ailleurs un plan baptisé « Project After » qui inclut des options radicales telles que l’abaissement de tous les droits de douane et la signature d’un pacte commercial centré sur l’Asie. Theresa May, qui tente de redorer son blason après une conférence du parti conservateur désastreuse pour elle, envoie ainsi un message transparent à Bruxelles : « Nous nous préparons à toute éventualité, en voici la preuve. »
 
Le discours de Mme May devant les Communes a été salué par les élus conservateurs eurosceptiques mais ces derniers ont critiqué le fait qu’elle prévoie que la Cour européenne de Justice, leur bête noire, puisse continuer de primer sur les tribunaux britanniques pour une période – complète ou partielle – de transition de deux années. Le Premier ministre a aussi refusé de répondre à des députés travaillistes qui lui demandaient si son gouvernement avait été assuré ou non de la réversibilité de l’Article 50 des Traités européens, qui permet la sortie d’un Etat-membre.
 

Pression sur l’UE : May a déjà préparé les lois applicables faute d’accord sur les modalités du Brexit

 
Le secrétaire du Brexit David Davis participera cette semaine au dernier tour des discussions sur le Brexit à Bruxelles, mais Londres a d’ores et déjà intégré que l’UE refusera de négocier sur le commerce à ce stade, signifiant que les pourparlers sur ce sujet ne pourront pas commencer avant décembre, à la réunion du Conseil européen suivant. Mme May, qui a lancé en fin de semaine à l’Union européenne que « la balle (était) dans son camp », espère que la publication de son projet de « sortie sèche » poussera les dirigeants des 27 autres Etats-membres à comprendre que le Royaume-Uni n’exclut pas de quitter la table de négociations s’ils ne modèrent par leur position. Le rigide Michel Barnier, dont la morgue n’a rien à envier à celle de son mentor Jean-Claude Juncker, est prévenu.
 

« Nous sommes prêts pour le Jour J du Brexit », dit Londres ; dès 2019

 
« Ils vont pouvoir constater que nous sommes prêts pour le Jour J de la sortie de l’Union européenne », glisse un haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères dans le Telegraph. En face, des sources proches de Michel Barnier ont haussé le ton en faisant savoir, dans le même quotidien, que même si un accord complet est atteint sur l’Irlande et les droits des ressortissants, « deux ou trois points ne sont pas satisfaisants », et que les pourparlers sur le commerce ne commenceront que si un accord est conclu sur la question financière. La porte-parole en chef de la Commission européenne, Margaritis Schinas, a grincé : « Il y a un séquençage évident des pourparlers, il n’y a pas eu d’accord à la première étape, les conditions du divorce. La balle est entièrement dans le camp du Royaume-Uni. » Un ponte de l’UE nuance, laissant pointer une once d’inquiétude : « M. Barnier a pratiqué de nombreux sports mais je ne crois pas qu’il ait pratiqué le tennis. La métaphore tennistique implique qu’il y ait un gagnant et un perdant. Ce n’est pas ce que conçoit Bruxelles. Il s’agit d’une transaction. La métaphore sportive de fonctionne pas, au moins pas celle impliquant un gagnant et un perdant. »
 

Matthieu Lenoir