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Le troisième mandat d’Emmanuel Macron

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Alors que la majorité présidentielle planche ferme sur les questions à intégrer dans la prochaine révision constitutionnelle, le président des sénateurs LREM, François Patriat, a lancé l’idée d’y inscrire la possibilité d’un troisième mandat. A l’intention d’Emmanuel Macron, bien sûr. Ce qui, loin de faire rire, a jeté un froid dans les appareils de droite et de gauche. Et placé dans l’embarras la toute jeune famille politique du jeune président français.
 
Réduction du nombre de parlementaires, introduction d’une dose de proportionnelle, suppression de la Cour de justice de la République, limitation à trois du cumul des mandats dans le temps… La réflexion de la majorité, soulignée mercredi dernier par Edouard Philippe en Conseil des ministres, part un peu dans tous les sens. Au grand dam de certains qui, pour avoir démagogiquement proposé certaines de ces mesures, se félicitaient sans doute de n’avoir pas eu le temps, faute d’être restés au pouvoir, de parvenir à les mettre en œuvre.
 

Un troisième mandat, et c’est tout…

 
L’une d’elles consiste donc à proposer de limiter à trois le nombre de mandats qu’un élu (hormis dans les petites communes) pourrait accomplir. D’où la question – innocente ? – posée par le miraculé d’Emmanuel Macron, François Patriat (en septembre 2016, un coup de fil reçu du futur président alors qu’il se trouve dans la carcasse de sa voiture à la suite d’un grave accident sur l’autoroute lui permet de recevoir les secours au plus vite). Pourquoi ne pas aligner le nombre de mandats présidentiels, en changeant l’article 6 de la Constitution, sur cette logique ?
 
Il faut dire que cette histoire de mandats limités provoque des remous. Pour le sénateur Gérard Larcher, président de la vénérable institution, cela constituerait un franchissement de ligne rouge, en portant atteinte à la liberté de choix des électeurs.
 
Christian Jacob, président des députés LR, renchérit : « J’en suis à mon sixième mandat, et je n’ai pas à m’excuser que les gens me fassent confiance sur mon territoire s’ils estiment que je fais correctement mon travail. »
 
Ce n’est pas faux, et la bataille sur le sujet s’annonce d’ores et déjà mouvementée…
 

La question de la longévité du quadragénaire Macron

 
Quant à envisager qu’Emmanuel Macron passe quinze années à l’Elysée… « Flagornerie », fustigent les uns. Opposition à la sacro-sainte alternance qui sédimente la démocratie, s’inquiètent les autres. Sans parler des Français qui subissent, avec une patience réduite comme peau de chagrin, la bougeotte réformiste du tout jeune quadra, et que cette idée de longévité ne semble guère ravir.
 
Quoi qu’il en soit et pour l’heure, la Constitution, depuis la révision faite sous le mandat de Nicolas Sarkozy, n’autorise que deux mandats à la fonction suprême. Une limitation qui n’existait pas auparavant, mais que l’Histoire corrobore puisque François Mitterrand, qui fut le plus longtemps locataire du palais présidentiel, n’effectua que deux mandats. Encore faut-il souligner que, de son temps, il s’agissait de septennats.
 

« Boutade » ?

 
Puisque nous en sommes à l’Histoire, notons que c’est à Jean Casimir-Perier, élu en 1894, que revient le record du plus court mandat français : 205 jours, pas un de plus ! A cette époque, il est vrai, les politiques démissionnaient sous la pression de la rue. En instituant une Ve République, Charles De Gaulle, qui avait une vue plus large de sa personne, approcha manifestement l’Elysée comme une incarnation mythologique que l’on ne quitte plus qu’à l’ultime seconde…
 
Quoi qu’il en soit, le mandat présidentiel n’est – semble-t-il – pas à l’ordre du jour. Et François Patriat a confessé qu’il ne s’agissait là que d’une « boutade », en forme de pique à l’adresse de Gérard Larcher.
 
Une boutade ? Ou un ballon d’essai ?
 

Hubert Cordat