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La Turquie, lasse de l’OTAN, veut une collaboration militaire avec la Russie

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L’ambassadeur de Turquie à Moscou et le ministre des affaires étrangères de Turquie ont porté de vives critiques contre l’OTAN et contre la diplomatie occidentale, manifestant le souhait d’une collaboration avec la Russie, y compris militaire. Un nouvel équilibre se dessine en Méditerranée, au Proche-Orient, et en Asie, fruit des erreurs répétées de l’Amérique et de ses alliés.
 
Dans une interview avec la rédaction de Sputnik, le ministre des affaires étrangères de Turquie, Mehvlut Cavusoglu, s’en est pris à l’OTAN et s’est dit prêt à coopérer militairement avec la Russie. Il a déploré la tiédeur de l’OTAN « sur des questions telles que l’échange de technologies et les investissements communs. » Selon lui, « la Turquie a l’intention de développer son industrie d’armement et de renforcer sa défense ». Et d’ajouter : « Si la Russie est intéressée, nous sommes prêts à envisager la possibilité de travailler avec elle dans ce secteur. »
 

La Turquie déçue de l’OTAN

 
Déjà, dans une interview donnée le dix août à l’agence turque Anadolu, Cavusoglu avait déclaré que la Turquie était prête à une collaboration diplomatique et militaire avec la Russie, incluant les services de renseignement. Et il avouait une certaine déception devant l’OTAN : « Jusqu’à présent, la Turquie souhaitait une collaboration avec l’OTAN, mais le bénéfice que nous en avons tiré ne nous satisfait pas il est donc naturel de nous tourner vers d’autres options. » Si Cavusoglu, en bon ministre des affaires étrangères, assure que cela ne dresse pas la Turquie « contre l’OTAN », son ambassadeur en Russie, Umit Yardim, s’est montré moins diplomate dans une déclaration à l’agence russe Ria Novosti : « En aucun cas l’OTAN ne saurait limiter nos contacts avec d’autres pays. L’OTAN n’a aucun droit à dicter sa loi… »
 

L’attrait pour la Russie proportionnel au rejet des États-Unis

 
Les relations entre la Turquie et la Russie, très fraîches depuis le début de la guerre en Syrie, et glaciales depuis qu’un bombardier russe avait été abattu par les Turcs, se sont réchauffées depuis le printemps, et sont passées au beau fixe depuis le putsch manqué du 15 juillet. Mehvlut Cavusoglu estime que les États-Unis ont été bien tièdes vis-à-vis de Recep Erdogan dans l’affaire et Ankara n’admet pas que Washington ait refusé d’extrader Fetulah Gülen, qu’il accuse d’être l’âme du coup d’État. L’armée a d’ailleurs été purgée de son encadrement pro-occidental.
 
Plus, la critique de Cavusoglu, loin de se cantonner à l’OTAN, s’étend à toute la politique occidentale, à un sentiment de supériorité et d’impunité qu’il condamne. Pour lui, l’Amérique et ses alliés « considèrent la Turquie et la Russie comme des pays de second rang, et se vexent que ces pays de second rang osent les critiquer. Devant la résilience d’Erdogan et Poutine, ils ressentent de la colère et de l’anxiété. »
 

Derrière la collaboration militaire, un revirement géopolitique

 
La suite de l’interview est une descente en règle de la politique étrangère menée par Barack Obama et ses supplétifs européens. « Regardez ce qui s’est passé en Ukraine. Ils étaient toujours à menacer la Turquie et la forcer à choisir entre eux et la Russie. Cette façon d’agir est futile. La situation en Ukraine est le reflet des grands problèmes de la région. » Cavusoglu propose pour la régler un dialogue entre l’OTAN, la Russie, et les autres pays limitrophes de la mer Noire – y compris la Turquie, bien sûr. Un dialogue dont le dernier sommet de l’OTAN a selon lui montré la nécessité. Il a rappelé à ce sujet que la Turquie est le seul membre de l’OTAN qui a refusé les sanctions contre la Russie, et que la tentative d’effrayer la Russie par ces sanctions a été un échec manifeste. Au passage, il a ironisé sur le matraquage médiatique occidental contre les jeux olympiques d’hiver à Sotchi en 2014, à propos du « droit des minorités sexuelles ». Pour Mehvlut Cavusoglu, « on ne peut pas bouleverser une relation diplomatique avec une grande puissance comme la Russie juste pour une question de ce genre ».
 
Une critique aussi franche dans le ton, et aussi étendue dans le contenu, laisse prévoir un revirement complet de la politique étrangère de la Turquie : la fin de l’alliance avec les États-Unis pour se tourner vers l’Est. La Russie, d’abord, et demain, pourquoi pas la Chine, qui est déjà partie prenante dans le règlement de l’affaire syrienne.
 

Pauline Mille