L’université catholique de
Louvain (UCL) désavoue un professeur qui qualifie l’avortement de « meurtre »

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Un professeur de l’UCL est désavoué pour avoir qualifié l’avortement de meurtre.


 
C’est une affaire ahurissante que celle d’un chargé de cours à l’université catholique de Louvain (UCL), engagé à la rentrée, qui vient d’être désavoué par les autorités académiques pour avoir distribué un texte de 15 pages où il qualifie l’avortement de « meurtre ». Sans être sanctionné pour l’instant, les autorités se réservant de vérifier le « statut » de ce texte, Stéphane Mercier est en tout cas déjà officiellement montré du doigt pour avoir simplement osé exprimer ce point de vue provie dans le cadre universitaire, le service de presse de l’université s’étant dépêché de désolidariser l’institution de ce point de vue contraire à ses « valeurs ».
 
L’affaire est tristement exemplaire à bien des égards. D’abord, par l’identité de ceux qui ont révélé l’affaire : il s’agit d’une association belge pour l’égalité des genres, Synergie Wallonie, se livrant là à ce qui, de son point de vue, est un travail de délation. L’objectif de l’association est clair : « Le mainstreaming du genre tout en prônant le respect de la diversité et la nécessité de penser pour chaque catégorie de citoyen-ne (âgés, jeunes, enfants, adultes, handicapés, immigrés, homosexuels). Les stéréotypes sexuels et le “neutre” fixé au masculin perpétuent l’inégalité, mais aussi le respect des cultures inégalitaires présentes dans notre région ». Ce sont des inquisiteurs d’un nouveau type, veillant au respect du mal et du mensonge.
 

UCL : l’avortement n’est pas un meurtre, c’est un « droit fondamental »

 
Ils ont été parfaitement entendus par les responsables de l’UCL. Aussitôt la nouvelle diffusée, Tania van Hemelryck, la conseillère du recteur de l’UCL pour la politique du genre (oui, cela existe à l’université catholique de Louvain !) a répondu à une interview télévisée pour déclarer : « Les autorités souhaitent d’une part connaître le statut de ce texte et l’usage qui en a été fait lors de cet enseignement, sachant que dans tous les cas l’UCL défend ce droit fondamental à l’avortement, et surtout le droit des femmes à choisir ».
 
Non seulement l’UCL est favorable à l’avortement, mais elle est l’est de la manière la plus radicale, en qualifiant cet acte de « droit fondamental ». C’est-à-dire, et l’affaire le met bien en évidence, un droit qui ne saurait être contesté en aucun cas, et qui vaut universellement pour tous.
 
C’est à peu de choses près ce qu’affirme le communiqué publié par l’UCL sur son site pour répondre à la polémique déclenchée par son chargé de cours incorrect :
 
« Quelle que soit l’issue de l’instruction, le droit à l’avortement est inscrit dans le droit belge et la note dont l’UCL a connaissance est en contradiction avec les valeurs portées par l’université. Le fait de véhiculer des positions contraires à ces valeurs dans le cadre d’un enseignement est inacceptable ».
 

L’université catholique de Louvain désavoue un professeur provie

 
Le texte en question, qui a été distribué à une centaine d’élèves ingénieurs de première année par le chargé de cours de philosophie, comporte 15 pages et porte un titre sans ambiguïté : « La philosophie pour la vie : contre un prétendu “droit de choisir” l’avortement ». Un texte qui cherche à aider les jeunes à raisonner de manière philosophique pour « tacher de dégager la vérité sur une question grave », ce qui passe nécessairement par le fait d’accorder « aux différentes parties en présence le droit à faire valoir leur point de vue ». Non sans sens prophétique, la réflexion de Stéphane Mercier – qui s’appuie largement sur celle de Peter Kreeft, professeur de philosophie américain – affirme ceci d’emblée : « Ce sont les fous et les enfants mal élevés qui se bouchent les oreilles et qui se mettent à crier quand ils entendent quelque chose qui leur déplaît ou les irrite ».
 
Son argumentaire provie, il l’a voulu rationnel, en acceptant la critique rationnelle. « D’ailleurs, refuser la discussion, même sous un beau prétexte (“Il ne faut pas laisser dire de telles choses !”), est dangereux : interdire le débat est un procédé typiquement totalitaire ; et c’est du reste le signe que l’on a peur : qui donc souhaite interdire à une personne de discuter rationnellement, sinon celui qui a peur de découvrir que certaines de ses opinions ne sont pas fondées ? Si je recherche ce qui est vrai, ou ce qui a de bonnes chances de l’être, je dois pouvoir écouter les arguments qui me sont proposés, les accepter s’ils sont bons, les rejeter s’ils sont erronés ou mensongers. Refuser cet état d’esprit, c’est adopter une posture de fanatique, qui ne se préoccupe pas de la vérité, mais de la seule victoire de son opinion, quel qu’en soit le prix ».
 

Dans un texte dense et riche, Stéphane Mercier explique pourquoi l’avortement est un meurtre

 
C’est un texte dense et riche que Stéphane Mercier a proposé à ses étudiants, avec pour objectif la volonté de les faire réfléchir et le cas échéant, débattre. La réaction épidermique qui en a fait un scandale national montre jusqu’où le débat est devenu interdit sur la question de l’avortement : tabou dans la vie politique française, tabou dans les partis, tabou jusque dans un établissement d’enseignement catholique dans un pays dont les souverains sont catholiques…
 
Texte en vérité passionnant, qui pose les arguments de part et d’autre, décortique, commente avec humour, et pose le principe : si l’embryon est parfaitement individualisé en tant que personne humaine, il s’agit d’un membre de notre espèce, être innocent qui ne doit pas être tué. On peut le lire – avec profit – ici.
 
Mais voici le cœur du raisonnement qui a tant choqué les Belges :
 
« S’il est moralement mauvais de tuer délibérément une personne innocente, et que l’enfant dans le ventre de sa mère est bien une personne innocente (qui n’est certes pas complètement développée, mais l’enfant de cinq ans ne l’est pas non plus), la conclusion est indiscutable : tuer un enfant au stade embryonnaire ou fœtal, dans le ventre de sa mère, est moralement mauvais, comme il est mauvais de l’assassiner quand il est âgé de cinq ans. Toujours. Dans tous les cas. Comme le viol. Le viol est moralement mauvais, dans tous les cas : il n’y a pas de circonstances capables de rendre cet acte bon, ou même simplement acceptable. Quand on parle d’avortement ou quand on parle de viol, on parle d’un acte, comme on dit, intrinsèquement mauvais, un acte qui est mauvais en lui-même et par lui-même. C’est moralement mauvais de soi, quelles que soient les circonstances ».
 

Scandale à l’université catholique : quelqu’un a osé dire que l’avortement est le meurtre d’une personne innocente !

 
Et voici la suite, qui a fait le tour des médias : « La vérité, c’est que l’avortement est le meurtre d’une personne innocente. Et c’est même un meurtre particulièrement abject, parce que l’innocent en question est sans défense. (…) Maintenant, on entend certains dire par exemple qu’à titre personnel, ils réprouvent l’avortement comme étant immoral, mais qu’il ne leur viendrait pas à l’idée de le rendre illégal. Raisonnement d’une étonnante absurdité, quand on prend la peine de s’y arrêter. On peut même aller assez vite en besogne sur ce point. Imaginez maintenant que le même individu déclare qu’à titre personnel, il trouve que le viol est vraiment immoral, mais que, pour “respecter la liberté de chacun” (sauf peut-être de la victime…), il ne faut pas pour autant le rendre illégal. Absurde, évidemment ! Eh bien, si l’avortement est un meurtre, comme on l’a dit, n’est-il pas encore plus grave que le viol ? Le viol est immoral, et heureusement il est aussi illégal. L’avortement, qui est encore plus immoral, ne devrait-il pas, à plus forte raison encore, être illégal lui aussi ? »
 
La presse belge a multiplié les entretiens pour montrer à quel point c’était le chargé de cours qui était abject. Une étudiante réagissant au micro d’un journaliste de rtl.be a déclaré : « Cela me choque, surtout qu’au cours de philosophie, on essaye de penser, réfléchir et ouvrir son esprit ». Mais en restant dans les clous !
 

A l’UCL, on s’en tient à la politique du genre

 
Le site d’information pour jeunes, fr.newsmonkey.be, met quant à lui en garde ses jeunes lecteurs : « Tu as peut-être déjà vu tourner sur le web un texte assez choquant ». Notant qu’on pourrait avoir envie de défendre la liberté de penser et d’argumentation de Stéphane Mercier, newsmonkey.be explique que le professeur « a dépassé les limites en deux points », en donnant la parole à Baptiste Dethier, membre de Synergie Wallonie :
 
« Selon Baptiste, l’auteur du texte affirme que l’avortement représente “la culture de la mort” sans jamais faire recours à des arguments solides et ça, c’est le “plus dangereux”, selon lui. Ce texte n’apporte aucun regard critique sur la question et n’est pas ouvert à la discussion. Au contraire, comme Baptiste Dethier le dit: “C’est très difficile pour des étudiants en première bac qui ont l’âge de 18 ans d’adopter un regard critique sur la question et d’être capable de contre-argumenter” ».
 
Stéphane Mercier aurait-il avant tout le tort d’avoir trop évidemment raison ? Rien d’autre ne saurait expliquer le volume pris par le scandale.
 

L’université de Louvain : sous l’autorité de l’archevêque de Malines-Bruxelles

 
Mais rien n’explique comment il est possible qu’une université catholique puisse continuer de se prévaloir de cette identité confessionnelle en réagissant de manière aussi violente, pleinement aligné sur les loges, les médias et les défenseurs de la culture de mort. UCL est dotée d’un « pouvoir organisateur » qui fait partie de ses « quatre organes de gouvernance » : « Le pouvoir organisateur est composé de l’Archevêque de Malines-Bruxelles et des évêques résidentiels de la région de la langue française. Il est présidé par l’Archevêque de Malines-Bruxelles, grand chancelier de l’Université ».
 
Au chapitre « valeurs et vision », l’UCL se veut « un acteur stable dans un monde en questionnement ». Ecoutez plutôt : « Les valeurs qui sous-tendent la vision de l’UCL sont l’ouverture aux autres et à la différence, la solidarité, la liberté et le respect. Les académiques disposent de la liberté académique, inscrite dans la constitution, c’est-à-dire la liberté de pensée dans la recherche d’une vérité construite scientifiquement et non soumise à la norme du moment. L’UCL est un espace intellectuel et humain cosmopolite, dont la diversité favorise la rencontre des autres et du monde, dans un esprit de discussion rationnelle et d’enrichissement réciproque. La tradition chrétienne [que l’UCL partage avec la KU Leuven] constitue un patrimoine vivant, moteur d’un pluralisme original, au bénéfice et dans le respect de tous, quelles que soient leurs convictions ».
 
Sauf les convictions provie.
 

Jeanne Smits