Le Vatican entend remplacer plusieurs évêques légitimes de Chine par ceux de l’église patriotique contrôlée par le pouvoir communiste

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L’archevêque Claudio Maria Celli


 

La volonté de la Chine communiste de rassembler les catholiques chinois sous l’autorité d’une église indépendante, sans attaches avec le Vatican, trouve désormais une forme d’assistance depuis Rome, selon le site d’informations asianews.it. Les autorités romaines ont récemment demandé à plusieurs évêques légitimes de céder la place à des évêques nommés sous le contrôle du pouvoir communiste central dans le cadre de l’église patriotique. Pas plus tard qu’en décembre, Mgr Peter Zhuang Jianjian de Shantou (Guangdong) a été contraint de se rendre à Pékin où un « prélat étranger » venu du Vatican lui a demandé de laisser son siège épiscopal à l’évêque illégitime Joseph Huang Bingzhang. C’est ce qu’a confirmé le cardinal Joseph Zen. Et Mgr Zhiang n’est pas le seul à se trouver dans cette situation.
 
Cette grande marche vers la sinisation de l’église de Chine passe à la fois par un engagement à se soumettre aux ordres du Parti et à la soumission d’une hiérarchie excommuniée.
 
Pour ce qui est de Mgr Zhuang, 88 ans, cela fait déjà la deuxième fois qu’on lui demande d’abandonner son diocèse : une première tentative a eu lieu au mois d’octobre dernier. Secrètement sacré évêque en 2006 avec l’accord du Vatican, il est reconnu en sa seule qualité de prêtre par les autorités chinoises. Mgr Huang Bingzhang, en revanche, a l’entier soutien du gouvernement de Pékin et à titre personnel, il fait depuis bien longtemps partie du Congrès national du peuple, le « parlement » chinois.
 

Faire céder l’Eglise catholique face aux exigences de la Chine communiste

 
Selon la lettre envoyée le 26 octobre à Mgr Zhuang, le Vatican est d’accord pour reconnaître son successeur pressenti. Une source ecclésiastique du Guangdong, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, a fait savoir que le prélat fidèle avait préféré à l’époque « refuser d’obéir, se disant prêt à “porter sa croix” du fait de sa désobéissance ».
Son voyage à Pékin s’est déroulé dans des conditions épouvantables pour le vieil homme. Dès le 11 décembre, des fonctionnaires avaient commencé à le surveiller de près, et malgré sa mauvaise santé et le temps glacial dans le nord, ils avaient rejeté sa demande de ne pas se rendre dans la capitale chinoise. Au contraire, s’étant contentés de le faire accompagner d’un médecin, ils l’avaient envoyé de force à Pékin du 18 au 22 décembre, entouré de sept fonctionnaires locaux, et sans lui permettre de se faire accompagner d’un prêtre.
 
La première journée était réservée au tourisme ; puis on avait conduit l’évêque au siège de l’Association patriotique catholique chinoise et de la conférence des évêques de ladite, où il devait rencontrer une brochette de prélats excommuniés. C’est le 21 décembre qu’il a été reçu par des représentants de l’administration d’Etat pour les affaires religieuses, avant d’être conduit par un prêtre chinois de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples pour un entretien avec un évêque étranger dont le nom n’a pas été divulgué, ainsi que trois prêtres se étrangers également en provenance du Vatican.
 

Deux évêques légitimes pourraient être remplacés par des évêques de l’église patriotique excommuniés par le Vatican

 
Il semblerait, selon AsiaNews, qu’il s’agisse de l’archevêque Claudio Maria Celli, qui participe depuis 2014 négociations entre le Vatican et la Chine qui s’est rendu dans ce pays à diverses reprises dans ce cadre. Ces négociations portent notamment sur la reconnaissance par le Vatican de sept évêques illicites, dont trois ont été explicitement excommuniés, tandis que le pouvoir chinois reconnaîtrait la candidature de 20 évêques désignés par Rome ainsi que 40 évêques déjà actifs au sein de l’Eglise clandestine.
 
En guise de « consolation » en échange de la démission qui lui était demandée par la délégation du Saint-Siège, on lui proposa de désigner trois prêtres afin que son successeur, Mgr Huang, en choisisse un comme son vicaire général. Une proposition qui, selon la source anonyme, a fait couler les larmes de Mgr Zhuang : « Cela n’avait pas de sens de nommer un vicaire général qui sera toujours un prêtre que Mgr Huang pourra écarter à tout moment. »
 
Mgr Huang a été excommunié en 2011 lorsqu’il a accepté le sacre épiscopal illicite sans mandat pontifical, et plusieurs évêques de Chine méridionale sont opposés à l’idée de le reconnaître de manière hâtive.
 
Dans le même temps, la délégation du Vatican s’est rendue dans la province orientale de Fujian pour rencontrer Mgr Vincent Zhan Silu, l’un des sept évêques ordonnés de manière illicite en attente de reconnaissance par Rome. Des sources locales affirment que Mgr Joseph Guo Xijin, évêque ordinaire de Mindong et membre de l’Eglise clandestine fidèle à Rome, a été invité à accepter de devenir l’évêque auxiliaire ou coadjuteur de Mgr Zhan par le biais d’une rétrogradation « volontaire ».
 
L’évêque émérite de Hong Kong, le cardinal Joseph Zen, n’a cessé de dénoncer l’éventualité d’un accord entre le Saint-Siège et Pékin. Son successeur de 2010 à 2017, le cardinal John Tong Hon, a estimé peu avant sa démission que cet accord était désormais proche. L’actuel évêque de Hong Kong, Mgr Michael Yeung Ming-cheung, nommé sur ce siège par le pape François, a pour sa part déclaré récemment que la différence entre l’église patriotique et l’Eglise clandestine en Chine est imputable seulement à l’Etat, et a exprimer son désir que les « ponts » continuent d’exister même si les négociations devaient être au point mort. En ce qui concerne les catholiques de Hong Kong, il a affirmé son refus de la soumission à un bureau des affaires religieuses : « Evidemment, nous ne voulons pas être contrôlés. »
 

Anne Dolhein