Education : la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant, un miroir aux alouettes ?

Convention citoyenne temps enfant
 

Quand on dirige un grand machin qui ne marche plus et que des résultats sont attendus, on demande aux autres d’étudier le problème, en élargissant le champ potentiel de ses causes. De cette manière, on évite bien des ennuis. C’est un peu ce qu’a fait Emmanuel Macron avec l’Education nationale, en annonçant le 2 mai dernier le lancement d’une convention citoyenne sur « les différents temps de la vie quotidienne des enfants » afin qu’ils soient « plus favorables à leurs apprentissages, à leur développement et à leur santé ».

Les 133 citoyens tirés au sort, « illustrant la diversité de la société française », ont fourni les résultats de leur travail ce dimanche 23 novembre au président. On y trouve moult choses sur l’éducation de ces chères têtes blondes qui ne dorment plus assez, ne suivent plus assez… Il faudrait moins de cours, qui soient, de plus, moins longs, et un pilotage national du temps extra-scolaire renforcé (toujours au détriment de l’influence familiale).

En bref, loin de se pencher sur les causes profondes de l’échec d’un système éducatif en panne qui a fui la véritable transmission (le niveau des petits Français baisse inexorablement), on semble presque vouloir s’adapter à sa déliquescence. Au mieux, on ne soignera rien. Au pire, on perdra les derniers.

 

Au nom du « bien-être » des enfants… un coup de communication, la Convention ?

Les « rythmes scolaires sont inadaptés aux rythmes biologiques des enfants », constate le rapport final : ils sont organisés « en fonction des contraintes professionnelles, des parents et des besoins économiques ». Alors que le raccourcissement des vacances était l’unique préconisation de Macron, comme il l’avait dit en février, la Convention a opté pour le maintien des seize semaines de congé actuelles.

En revanche, elle préconise « cinq jours pleins obligatoires » du CP au lycée pour mieux étaler les apprentissages. (On se souvient de la tentative ratée de revenir à la semaine de 4 jours et demi, il y a quelques années.) Ensuite, l’idée est de consacrer les matinées aux cours théoriques et les après-midis aux enseignements plus pratiques. Les activités extra-scolaires, sportives ou artistiques pourront ainsi débuter dès 15 h 30. Comme l’Allemagne, nous dira-t-on, qui est un peu meilleure élève ? Oui. Et pourquoi pas d’ailleurs.

Mais attendez la suite : au collège et lycée, précise le rapport, les cours ne devraient pas commencer avant 9 h et être limités à 45 minutes. Car les adolescents sont fatigués et leur capacité de l’attention a diminué. Ah. Donc c’est en décalant le début de la journée d’une demi-heure qu’ils pensent récupérer du temps de sommeil : les adolescents se coucheront juste une demi-heure plus tard, c’est mécanique. Quant à limiter la durée des cours, cela ne les forcera pas à travailler leur capacité d’attention, mais au contraire les affermira dans cette triste tendance.

 

Quatre millions d’euros pour repenser et alléger les programmes scolaires

La vraie source de ces maux est l’usage intempestif, chronophage des écrans. Nous avons écrit à maintes reprises, sur RITV, à propos de cette addiction de plus en plus grande, (5 heures par jour entre 11 et 19 ans), de plus en plus précoce, avec des méfaits qui se voient de plus en plus tôt (risque accru de troubles de l’anxiété, dépression, comportements perturbés etc…). Les auteurs des propositions ont d’ailleurs bien imaginé une interdiction des réseaux aux moins de 15 ans, comme celle des téléphones portables jusqu’au collège, mais qui suivra ? Et puis l’Education nationale n’est pas en reste : ce ne sont pas les familles ou les enseignants qui ont demandé à ce que l’on supprime les manuels scolaires imprimés ! Ces propositions ne vont malheureusement donc rien soigner mais acteront bien plutôt une défaite.

D’autant qu’on le sait, ce phénomène creuse l’écart entre les enfants issus de milieux favorisés et ceux qui ne le sont pas. En son temps, déjà, la télévision marquait cette différence : seulement 18 % des enfants des milieux favorisés avaient une télévision dans leur chambre contre 54 % pour les autres. Pour l’usage des smartphones, c’est la même chose.

Une chose est certaine : la descente aux enfers du modèle français (comme d’autres pays occidentaux). Le nombre d’heures de cours y est plus élevé que dans d’autres pays. Pourtant, les élèves de CM1 sont bons derniers de l’UE en maths et demeurent dans le bas du classement dans leur langue natale. Un niveau qu’avait jugé « inacceptable » un rapport de la Cour des Comptes, le 20 mai dernier : d’autant plus paradoxal, avait-il noté, « que les élèves français passent, en moyenne, plus d’heures à apprendre les fondamentaux que dans d’autres pays européens ». Le marché du soutien scolaire est tristement estimé à plus de 2 milliards d’euros dans notre pays…

Personne ne se pose les vraies questions en réalité. Quid de la formation des enseignants largement revue à la baisse, tout autant que leur rémunération d’ailleurs ? Quid du modèle pédagogique qui leur a été inculqué ? De quelle véritable transmission a-t-on encore le souci ? Nous faisons face à plusieurs décennies de générations décervelées par les méthodes destructrices dont elles ont été les cobayes, travail de sape que va malheureusement continuer l’intelligence artificielle, réfléchissant et écrivant à la place des élèves. Jeanne Smits nous en parle depuis longtemps.

 

Education complète : la création d’un ministère de l’Enfance

Une telle réorganisation, en suivant les préconisations de la Convention, aurait-elle des effets notables ? On peut en douter. Surtout qu’une mise en place effective aurait un coût non négligeable pour les collectivités territoriales, en particulier les communes (la réforme précédente avait précisément buté sur ce point). Beaucoup d’entre elles peinent à financer le périscolaire. Cela impliquerait donc un engagement financier et un pilotage fort de la part de l’Etat.

Etait-ce souhaité par avance ? Il est vrai que la lettre de saisine initiale demandait de ne pas se limiter aux rythmes scolaires et d’englober les temps périscolaires et extra-scolaires. Et la Convention a émis, in fine, l’idée d’inscrire les établissements scolaires au sein de « campus des jeunes ». Ces lieux de vie « polyvalents et flexibles », intégrant espaces verts et équipements variés, accueilleraient l’enfant dans tous les moments de sa vie, en réalité. Leur fonction irait de la restauration à la santé, en passant par le jeu, les apprentissages, la sociabilité ou encore l’orientation.

On dépasse largement le cadre scolaire ! La Convention a d’ailleurs même proposé de créer un ministère (orwellien ?) de l’Enfance qui garantirait une coordination nationale cohérente entre école, périscolaire, éducation populaire, santé, culture, familles… Une entité séparée donc de l’Education nationale ou qui la supplanterait. Nul doute que cela marchera progressivement sur les droits des familles, des parents, et qu’à l’heure du wokisme totalitaire, on s’en servira à mauvais escient. L’Education appartient à l’Etat ? Ça aussi, c’est une idée méchamment marxiste. Et le pire, c’est que ce sont des citoyens qui s’en font les porte-paroles…

 

Clémentine Jallais