Deux déclarations voisines de la part de dirigeants des plus grosses sociétés de l’intelligence artificielle, Anthropic, qui produit le LLM Claude, et Nvidia, fabricant de puces qui fournit l’essentiel de la puissance de calcul sur laquelle repose le développement de l’IA, ont affirmé ces derniers mois que l’IA générale (IAG) est déjà parmi nous. Si c’est vrai, le moment est climatérique.
L’IA générale est une IA – jusqu’ici hypothétique – dotée de capacités cognitives semblables à celle de l’homme. Sam Altman, PDG d’OpenAI, la définit comme « un système capable de résoudre des problèmes de plus en plus complexes, au niveau humain, dans de nombreux domaines ». Une fois l’IAG acquise, on pourrait arriver à la superintelligence artificielle qui, elle, surpasserait largement tous les individus humains dans tous les domaines cognitifs (pour reprendre la description de Nick Bostrom en 2014). Après avoir égalé l’intelligence humaine, l’IA la supplanterait. L’IAG ne serait plus limitée dans ses applications, mais pourrait comprendre un contexte général et son évolution, gérer des imprévus, planifier sur le long terme et faire son propre apprentissage et son propre développement sans intervention ni surveillance humaine.
L’avènement de l’IAG annoncé par Jensen Huand de Nvidia
Le patron de Nvidia, Jensen Huang, l’a déclaré lors du dernier podcast de Lex Fridman le 23 mars, en réponse à une question sur le moment où une intelligence artificielle serait capable de créer de toutes pièces une entreprise technologique valorisée à plus d’un milliard de dollars : « Je pense que c’est maintenant. Je pense que nous avons atteint l’AGI. »
Les spécialistes de la chose ne voyaient l’arrivée de l’IAG que d’ici à 5 ou 25 ans. Et cet avis demeure partagé, d’autant qu’il a insisté pour dire que ce type de succès resterait en l’état actuel éphémère, et qu’aucune intelligence artificielle ne serait capable actuellement de créer une société comme Nvidia en la faisant exister dans la durée. Lors d’un autre entretien quelques jours plus tôt, Jensen Huang avait également déploré le sous-emploi de l’intelligence artificielle et de l’acquisition de tokens, les unités utilisées par les modèles d’IA pour traiter et générer le langage.
Bref, l’IAG qu’il décrit ne remplit pas la définition la plus large qu’on en donne, et son développement exigerait qu’on se fournisse davantage chez Nvidia. Bien joué !
De son côté, Daniela Amodei, présidente d’Anthropic et sœur de Dario Amodei, son PDG, a suggéré début janvier que l’AGI est peut-être déjà à l’œuvre parmi nous. Elle déclarait à la chaîne américaine CNBC : « Le terme “AGI” est assez drôle, car il y a de nombreuses années, c’était en quelque sorte un concept utile pour se demander : quand l’intelligence artificielle sera-t-elle aussi performante qu’un être humain ? Et ce qui est intéressant, c’est que, selon certaines définitions, nous avons déjà dépassé ce stade. » La preuve, selon elle : le modèle Claude d’Anthropic est désormais capable d’écrire du code à un niveau comparable à celui de beaucoup d’ingénieurs professionnels. Mais elle tempérait aussitôt : il n’a pas la capacité de faire de nombreuses tâches dont sont capables les humains.
Daniela Amodei d’Anthropic remet en cause la définition de l’IAG
La question reste de savoir comment on définit l’intelligence générale artificielle. Sur Medium, Tasmia Sharmin observe que chaque fois qu’une IA arrive à réaliser une tâche nouvelle, on a tendance à minimiser la chose : « La définition de l’IAG est devenue tout ce que l’IA ne peut pas encore faire. »
Mais que le moment X ait été atteint ou non, et malgré des définitions fluctuantes, voire contradictoires, de l’intelligence générale artificielle, la réalité du remplacement de l’homme par l’IA est bien là et le phénomène s’accélère. Ainsi, selon les recherches internes d’Anthropic, les ingénieurs de la société utilisent Claude pour effectuer 60 % de leur travail, avec des gains de productivité de 50 %. D’ailleurs, Claude Opus 4.5 a fait mieux que chaque candidat soumis au test interne d’embauche d’ingénieurs chez Anthropic, et ce depuis que ce test a été utilisé.
La morale de l’histoire, c’est que les choses avancent en douce, à des rythmes divers, mais sans que le commun des mortels n’ait quoi que ce soit à dire face à une entreprise évidemment prométhéenne et qui est appelée à aller beaucoup plus loin que ce que l’on connaît aujourd’hui. Fondamentalement, elle vise à singer l’acte créateur, en prétendant même faire « mieux ». Cela ne peut fonctionner qu’en niant l’âme et la relation de l’homme à Dieu. Il s’agit d’un matérialisme potentiellement destructeur pour l’humanité tout entière.











