Réflexions sur la visite de Léon XIV à Monaco, Etat catholique où il a rappelé la nécessité de la grâce

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S’il faut en croire les médias, nul ne sait vraiment pourquoi Léon XIV a fait le choix de faire son premier voyage de 2026 à Monaco, minuscule Etat où se concentre une importante population, souvent très riche, fuyant la fiscalité socialiste de nombreux pays d’Europe et d’ailleurs. Jusqu’alors, le pape – qui n’en est qu’à son onzième mois de pontificat – ne s’était déplacé qu’en Turquie et au Liban, et ce pour des raisons doctrinales. Il s’agissait de célébrer le 1.700e anniversaire du symbole de Nicée. Le Monde rapporte que même au Vatican et à la Curie, on s’interroge sur ce voyage réalisé à l’invitation du prince Albert de Monaco qui s’était rendu à Rome le 17 janvier dernier. Mais il n’a certes pas été le seul à demander à Léon XIV l’honneur d’une visite dans son pays.

C’est peu de dire que cette visite marque une nouvelle rupture avec le ton donné par son prédécesseur immédiat, le pape François, dès le début début du pontificat de ce dernier. Il s’était rendu à Lampedusa pour évoquer la question des immigrés clandestins en plaidant pour leur accueil, dussent les pays d’arrivée en être submergés, comme c’était le cas – c’était visible – de cette île italienne.

 

Léon XIV a salué en Monaco un Etat catholique

Même si les préoccupations sociales, l’insistance sur la doctrine sociale de l’Eglise et même l’évocation de « l’écologie intégrale » n’ont pas été absentes des prises de parole du pape sur le Rocher, quelque chose a pourtant changé. C’est peut-être cela que la presse mainstream ne comprend pas. Il suffit de se tourner vers la phrase mise en exergue pour illustrer ce déplacement : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. » Cette vérité fondamentale de notre foi en Jésus-Christ est manifestement celle que le Pape veut porter, et il est tout aussi important de la proclamer dans un micro-Etat que dans une déclaration Urbi et Orbi. Au demeurant, le Christ et son enseignement étaient véritablement au centre de ces interventions. Le riche a-t-il une responsabilité à l’égard du pauvre ? Le pape l’a affirmé, notamment dans sa réponse à l’allocution du Prince Albert. Mais c’est à cause du Christ et selon l’enseignement du Christ. C’est un devoir de charité.

Un autre facteur a pu dicter le choix de Léon XIV de se rendre à Monaco. Il s’agit là encore d’une rupture avec l’orientation prise par l’Eglise qui, depuis la déclaration Dignitatis Humanae de Vatican II sur la liberté religieuse passait sous silence ou décourageait carrément l’existence d’Etats confessionnels catholiques.

Or la principauté est l’un des tout derniers Etats confessionnels catholiques au monde ; cela est inscrit dans sa Constitution depuis 1962. Nul n’y est contraint d’adhérer à la foi catholique, mais son souverain reconnaît la vérité catholique et l’Etat, à travers ses hauts responsables, participe au culte catholique. Cette réalité s’est traduite de façon très visible en novembre dernier, lorsqu’Albert de Monaco a refusé de promouvoir une loi (pourtant approuvée par le Conseil national) de dépénalisation de l’avortement.

 

Léon XIV et Albert de Monaco évoquent la religion d’Etat

Répondant à l’adresse d’accueil du prince Albert, Léon XIV a déclaré d’emblée :

« Altesse Sérénissime, chers frères et sœurs ! Je suis heureux de passer cette journée parmi vous et d’être le premier des Successeurs de l’Apôtre Pierre, des temps modernes, à se rendre en Principauté de Monaco, une Cité-Etat qui se distingue par le lien profond qui l’unit à l’Eglise de Rome et à la foi catholique. »

Puis, vers la fin de sa salutation prononcée depuis le balcon du Palais princier :

« Vous êtes parmi les rares pays du monde à avoir comme religion d’Etat la foi catholique. Celle-ci nous met devant la souveraineté de Jésus qui engage les chrétiens à devenir dans le monde un Royaume de frères et sœurs, une présence qui n’écrase pas mais relève, qui ne sépare pas mais relie, prête à toujours protéger avec amour chaque vie humaine, à tout moment et dans toutes les conditions, afin que personne ne soit jamais exclu de la table de la fraternité. »

Si certains auront relevé que cette situation est selon le pape au service de la « fraternité », mot chargé s’il en est depuis que la franc-maçonnerie et la devise de la République française se le sont approprié, il me semble plus important de noter que la réalité d’une religion d’Etat a été présentée sans critique par Léon XIV, qui l’a plutôt considérée de manière élogieuse et en la mettant à sa juste place dans la reconnaissance de la « souveraineté de Jésus » ou, pour être clair, du Christ-Roi. D’ailleurs, au cours de sa visite, Léon XIV a fait référence à Léon XIII, dont il n’ignore pas qu’il est l’auteur de l’encyclique Quas Primas, instituant précisément la fête du Christ-Roi.

 

Léon XIV rappelle à Monaco que « les petits font l’histoire »

Par la même occasion, Léon XIV a déclaré : « Dans la Bible, comme vous le savez, ce sont les petits qui font l’histoire… Nous croyons que le royaume de Dieu est semblable à une minuscule graine qui devient un arbre. » A condition que chacun prenne ses « responsabilités historiques », ainsi donc l’Etat catholique s’entend-il dire qu’il a une responsabilité particulière pour faire entendre la Bonne nouvelle apportée par Notre Seigneur. Voilà qui ne sonne pas moderniste.

Lors de sa rencontre avec la communauté catholique, un peu plus tard, en la cathédrale de l’Immaculée Conception, Léon XIV a parlé de cette évangélisation tout en proclamant un fort message pro-vie :

« A cet égard, je tiens à vous encourager à accomplir un service passionné et généreux dans l’évangélisation. Annoncez l’Evangile de la vie, de l’espérance et de l’amour ; apportez à tout le monde la lumière de l’Evangile afin que la vie de chaque homme et de chaque femme soit défendue et promue, de sa conception à sa fin naturelle ; offrez de nouveaux repères capables d’endiguer ces poussées de sécularisme qui risquent de réduire l’homme à l’individualisme et de fonder la vie sociale sur la production de richesses. »

 

C’est la grâce qui sauve, et non la nature

A cette même occasion, le pape Léon XIV est revenu à un langage qu’on n’entendait plus guère de la part des papes, même si Jean-Paul II y a fait allusion une fois ou l’autre. Il a déclaré :

« Nous avons un avocat auprès de Dieu et devant Dieu : Jésus-Christ, le Juste (Cf. 1 Jn 2, 1-2). Par ces paroles, l’apôtre Jean nous aide à saisir le mystère du salut. Accablés par le fardeau du péché qui marque notre humanité, incapables d’embrasser par nos seules forces la plénitude de la vie et du bonheur, nous avons été rejoints dans notre fragilité par Dieu lui-même, par le moyen de son Fils Jésus-Christ. En tant que victime expiatoire, affirme l’Apôtre, Il a pris sur lui le mal de l’homme et du monde, Il l’a porté avec nous et pour nous, Il l’a traversé en le transformant et Il nous a libérés pour toujours… »

Il y a ici plusieurs rappels d’une doctrine essentielle : la nécessité de la grâce pour parvenir au salut, don gratuit de Dieu. Le naturalisme s’est largement infiltré dans l’Eglise, on le sait, suggérant que chacun peut accéder au salut en dehors de l’Eglise, en dehors de la grâce qui en rend l’homme capable malgré son incapacité radicale née du péché originel. Mais « nos seules forces » n’y suffisent pas, comme dit Léon XIV. Et il c’est là qu’il reprend ces mots qu’on entend si peu désormais, cette vérité que le Christ est bien la « victime expiatoire » qui prend sur elle toute la punition de tous les péchés des hommes en les libérant de la mort éternelle, qui en est le salaire.

Rien que pour cela, cette visite éclair du pape Léon XIV – en hélicoptère pour ne pas compliquer les obligations protocolaires en posant le pied en France – est à marquer d’une pierre blanche. Ce sont des vérités essentielles qu’il est venu rappeler à un tout petit pays, tout en ayant les yeux du monde braqués sur lui. Sans aucun doute y a-t-il des ambiguïtés dans ce pontificat commençant, mais il y a aussi des affirmations fortes de vérités qu’on croyait enfouies.

 

Jeanne Smits