Luxembourg : l’Europe fédérale entre explosion et radicalisation

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On dénonce souvent la radicalisation d’un « islamiste » ou d’un « fasciste », mais jamais celle, pourtant croissante et documentée, de l’Europe fédérale en formation. Elle se manifeste d’abord par l’usurpation toujours plus manifeste de la Commission de Bruxelles et d’autres organes non élus de l’Union européenne, par exemple la Cour de Luxembourg. Celle-ci vient de condamner la Hongrie dans une récente affaire parce qu’elle s’éloignait de la doxa et de la morale fédérales. Mais dans un mouvement inverse, le seul organe élu de l’Union, le Parlement, qui était jusqu’aux dernières européennes un laboratoire de l’arc-en-ciel aux mains de majorités toujours radicales du point de vue idéologique, vient de faire une place importante aux partis patriotes, au sujet de l’immigration notamment. Même si Bruxelles s’en accommode aujourd’hui par démagogie, cela provoque des tensions croissantes. Si cela devait durer, le projet d’Europe fédérale serait menacé d’explosion.

 

La Commission lance la Cour de Luxembourg contre Orban

Sur un recours introduit par la Commission européenne contre la Hongrie (une première dans l’histoire de l’Europe fédérale en gestation) alors dirigée par Viktor Orban, la Cour de justice de l’Union européenne siégeant à Luxembourg a décidé que Budapest a « violé le droit de l’Union ». Le terme est précis, la CJUE demeurant le dernier organe de l’UE un peu attaché au droit romain : il ne s’agit pas de valeurs, mais de droit, la Hongrie l’a violé et doit être punie. Qu’avait donc fait le gouvernement de Viktor Orban ? Pour défendre l’enfance, ce qui était au cœur de son programme, il avait interdit la promotion de l’homosexualité par les moyens de propagande et de publicité dont elle use d’ordinaire. La CJUE a estimé que cela « stigmatise et marginalise » la communauté LGBT. Elle a précisé que la loi hongroise est « contraire à l’identité même de l’Union en tant qu’ordre juridique commun dans une société caractérisée par le pluralisme ». Elle a même prétendu, dans son interprétation, que cette loi associe les personnes non cisgenres « à la délinquance pédophile », ce qui pourrait « susciter des comportements haineux à leur égard ».

 

Le schéma de l’Europe fédérale, de Bruxelles à Luxembourg

Ici, la chaîne de commandement de l’Europe fédérale apparaît crûment. La Commission européenne, organe non élu mixte usurpant à la fois le pouvoir législatif et l’exécutif, impose une « identité » pro-LGBT à l’Europe. Puis elle défère un Etat membre qui ose défendre le droit naturel à son organe judiciaire biberonné au même lait arc-en-ciel, la CJUE – qui condamne l’Etat déviant, en l’espèce la Hongrie. Un communiqué d’ONG subversives ordinaires, dont l’inévitable Amnesty International, a saisi le caractère « historique » du jugement. Il se félicite que la Cour de Luxembourg condamne « pour la première fois une violation des valeurs communes ». Cela revient à dire : vous n’êtes pas d’accord avec l’arc-en-ciel, donc vous n’êtes pas un bon Européen et vous devez être puni. C’est d’autant plus scandaleux qu’en même temps l’Europe qui se veut fédérale prétend régenter Internet et l’interdire aux mineurs : mais qu’une nation choisisse sa préférence morale, elle ne le supporte pas. Pour la petite histoire et pour mieux mesurer le degré de pourriture en Europe, rappelons que seize pays membres, dont la France et l’Allemagne, s’étaient associés aux poursuites lancées par la Commission.

 

L’Europe des nations se réveille au Parlement

Le Parlement européen aussi, mais, là, l’unanimité s’effrite un peu. On l’observe sur une autre question au cœur de la révolution mondialiste, l’immigration. Jordan Bardella, président du RN et député européen, s’est félicité que l’Union européenne fasse un peu marche arrière dans son programme d’aide à l’immigration : « Nous sommes en train de faire adopter, avec toutes les forces patriotes du Parlement européen, la réglementation la plus dure en matière d’immigration que l’Europe n’ait jamais connue. C’est l’influence directe de notre groupe des Patriotes. » Il se réjouit vite. Un gros boulot reste à faire. Ce qui est vrai toutefois, c’est que les partisans de l’Europe des nations ne comptent plus pour du beurre, il leur arrive de s’entendre quel que soit le groupe où ils siègent pour peser sur une décision D’autant que la frange droitière des conservateurs (pour la France, François-Xavier Bellamy) pousse dans le même sens, et que d’autres suivent, par démagogie, pour satisfaire une revendication populaire dont dépend leur réélection.

 

Crispation, Radicalisation, Rébellion, Explosion ?

L’avenir proche sera très instable. Les tenants de l’Europe fédérale peuvent faire des concessions mineures sur l’immigration pour garder la main, mais ne céderont jamais sur les principes de l’arc-en-ciel. C’est une question de « valeurs », d’« identité » et de « droit ». Si le désespoir des peuples croît, avec l’appauvrissement et le grand remplacement, la crispation sera telle que la nature bureaucratique de l’Union peut la pousser à se guinder encore plus, provoquant une radicalisation si forte que les peuples lui opposeront une rébellion générale. Ce serait alors l’explosion. Dit comme ça, cela paraît fou, improbable. Cela semble pourtant logique. Et à vrai dire rassurant. Ce serait une marque de santé de la part de l’Europe. Après tout, le désespoir n’est pas plus obligatoire que le pire n’est sûr.

 

Pauline Mille