Le nonce apostolique en Espagne célèbre avec éclat la mémoire d’Isabelle la Catholique

nonce apostolique Isabelle Catholique
 

Mgr Piero Pioppo, nommé nonce apostolique en Espagne par Léon XIV en septembre dernier, a prononcé mercredi l’homélie de la messe célébrant le 575e anniversaire de la naissance d’Isabelle I de Castille, « la Catholique ». Il était porteur des salutations et de la bénédiction du Saint-Père. Voilà qui marque un changement par rapport aux années précédentes, où le Vatican laissait entendre que le dossier Isabelle la Catholique était de nature délicate. Alors que des groupes en Espagne et notamment dans son diocèse de naissance, Avila, militent activement pour sa canonisation, dont la procédure a été ouverte en 1972, certains actes de la reine continuent de poser question, notamment le décret de 1492 par lequel elle ordonnait aux Juifs qui ne voulaient pas se convertir à la religion d’Etat, le catholicisme, de quitter le royaume.

Ce fait n’a en rien entamé l’enthousiasme de Mgr Pioppo, qui n’a pas craint de recourir aux figures de style hyperboliques pour chanter les louanges d’Isabelle, dans l’église même où elle fut baptisée, en la paroisse San Nicolás de Bari de Madrigal de las Altas Torres. Il a montré en quoi et comment elle s’est configurée au Christ, et en particulier au Christ présent dans l’Eucharistie, en lui permettant d’atteindre le Nouveau Monde et d’y toucher les cœurs en se mettant elle-même « au service du Seigneur et de la Sainte Eglise ».

 

Isabelle la Catholique, une femme à suivre sans controverse

L’œuvre d’Isabelle la Catholique, épouse, mère et reine attentive, qui participa aussi bien à la victoire sur les derniers musulmans de Grenade alors que, cette année-là, avec son soutien, Christophe Colomb découvrait l’Amérique, est en vérité immense. Elle a reconnu l’humanité des Indiens d’Amérique et agi pour qu’ils fussent traités dignement et reçoivent la prédication de l’Evangile. Mais elle a aussi réformé l’administration et la justice de son royaume – en engageant notamment pour exercer ces pouvoirs des hommes qui ne fussent pas nobles, mais assez aisés pour n’être pas corruptibles –, qu’elle a unifié en épousant le roi Ferdinand. L’histoire de cette femme politique gracieuse et forte, tout entière habitée par sa foi et si pleine d’humanité, est un véritable régal, et aussi un exemple.

 

Le nonce apostolique en Espagne centre la mission sur l’Eucharistie

Mais c’est un exemple qui va droit contre les idéologies et les faiblesses de notre temps présent. L’entendre célébrer par un nonce apostolique, flanqué en l’occurrence de l’évêque du lieu, Mgr Jesús Rico García et de l’évêque émérite, est dès lors un plaisir rare. Dans l’imposante église mudéjare de Madrigal de las Altas Torres, il n’y avait d’ailleurs pas assez de place pour accueillir les centaines de fidèles qui ont participé à l’événement.

Nous vous proposons ci-dessous la traduction intégrale de la retranscription de l’essentiel de l’homélie de Mgr Pioppo. – J.S.

 

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Extraits de l’homélie de Mgr Piero Pioppo sur Isabelle la Catholique

 

Cette célébration du 575e anniversaire de la naissance de la servante de Dieu, Isabelle la Catholique, coïncide avec la cinquantaine pascale et a lieu en son cœur. Un temps de grâce. Un temps où l’Eglise ne cesse de répéter avec joie l’annonce fondatrice et centrale de sa foi et, par conséquent, de sa vie à travers tous les siècles.

L’annonce est celle-ci : le Christ est ressuscité.

C’est cette annonce que, débordants de joie, comme nous venons de l’entendre dans la première lecture, répétaient Paul et Philippe dans les villes de Judée et de Samarie, et que les croyants en Christ ont répétée par la parole, mais surtout par l’exemple de leur vie tout au long de l’histoire, y compris dans l’histoire si noble et illustre de notre nation.

C’est précisément le cas de la reine Isabelle qui, depuis son berceau natal, par les desseins mystérieux de la Providence, a su se mettre au service du Seigneur et de la Sainte Eglise, notre Mère, et, par sa vie, ses paroles, ses décisions et ses actions, a permis au Christ ressuscité de passer en répandant ses bienfaits et en guérissant tant d’hommes en Castille, en Espagne et dans le Nouveau Monde, en insufflant l’espoir, en donnant force et constance, en remplissant de joie et d’espoir le cœur de tous.

Le regretté pape François – comme l’a déjà rappelé Don Jesús, notre évêque – n’a-t-il pas lui-même souligné l’action d’Isabelle en tant que défenseur de la dignité humaine, capable de se dresser face à la condition humaine esclave du péché et de tant de misères ? Je cite le pape François, dont nous avons célébré hier le premier anniversaire – en nous souvenant de lui avec affection et amour – de son pieux départ. Le pape François disait : la reine Isabelle a su proposer des solutions courageuses, innovantes et fermes, revendiquant les droits fondamentaux des hommes et des femmes de son temps, bien sûr, de manière proactive et intégrale. Le pape François, qui repose en paix, concluait : un pas de géant.

Eh bien, l’après-midi du Jeudi Saint, le 22 avril 1451, la servante de Dieu, Isabelle la Catholique, naissait dans cette commune historique. Il est un fait que, au moment de son heureuse naissance, l’Eglise entrait dans le Triduum pascal. La célébration de la messe – in cena Domini, dit-on en latin – la messe lors de la Cène, qui commémore et renouvelle la Cène du Seigneur, l’Eucharistie. L’amour jusqu’à l’extrême du Christ, la proximité et l’intimité de Jean, le disciple bien-aimé, l’institution de l’Eucharistie et du sacerdoce, le lavement des pieds, clef d’interprétation du service, de tout pouvoir et de la charité. Tels sont tous les moments forts de l’après-midi où Isabelle est née, et qui, ainsi, nous le croyons, par les desseins de la miséricorde de Dieu, jalonnent toute sa vie si précieuse.

Ici encore, dans cette même église Saint-Nicolas-de-Bari, se trouvent les fonts de son baptême, sacrement qu’elle a reçu, selon la coutume chrétienne, dans les premiers jours, les jours qui ont suivi, lesquels coïncidaient avec ces mêmes jours de Pâques que nous célébrons aujourd’hui dans l’allégresse.

La célébration de l’événement pascal, dans lequel nous sommes introduits par le baptême et l’Eucharistie, nous place au cœur de l’événement essentiel de notre sainte foi. Le Christ est ressuscité, et Il vit. Il vit pour toujours. Lui, sans aucun mérite de notre part, mais parce qu’Il nous aime jusqu’à l’extrême, a pris sur Lui nos péchés et nos souffrances. Il nous a réconciliés avec le Père, Il a guéri nos blessures.

C’est ce que, à chaque instant, mais surtout en ce temps pascal, nous, chrétiens, célébrons, dans l’ancien monde comme dans le nouveau et dans le monde tout récent. Comme autrefois, le Christ passe. Telle est la signification de Pâques. Le Christ passe, aujourd’hui aussi, faisant le bien, guérissant les maux des hommes et des femmes de tous les temps.

Le Christ est digne de foi et d’adoration. Il ne s’agit pas seulement d’un homme bon, admirable, d’un grand maître et professeur qui a enseigné une éthique exquise de la perfection humaine. Il s’agit, comme Isabelle le croyait fermement, du Fils de Dieu, qui nous sauve, qui nous revêt d’une force transformatrice, qui nous fait renaître à une vie nouvelle et qui renouvelle aussi le monde, la société, les nations, mes frères et sœurs.

Que de choses pouvons-nous dire d’Isabelle ! Tous ses biographes, à commencer par les témoignages contemporains, soulignent sa joie particulière envers ce qu’on appelle le Nouveau Monde. Tout un projet d’évangélisation qui est parti de Jérusalem, comme nous l’avons entendu dans la première lecture, et qu’elle, la reine Isabelle, a vécu avec une authenticité intérieure, toujours en contact avec le Christ, le pain de vie, comme l’Evangile nous l’a annoncé aujourd’hui.

Le pain, repos de l’âme. Le pain, joie du foyer. Le pain, sécurité de tous les peuples. Le pain, garantie de l’ordre. Gage de progrès. Le pain, gage de prospérité. Mais tout cela ne perdure qu’à condition d’être solidement ancrés dans les réalités supérieures. Autrement dit, nous avons besoin du Christ, pain de vie, notre bien. Avec lui, et lui seul, se fait, se construit la civilisation et la vie, tant au niveau personnel que social.

C’est sur lui que se fonde et progresse le bien, qui doit figurer au programme de tous les hommes et femmes désireux d’assurer leur propre bonheur et, en accomplissant leur mission – comme nous l’enseigne la reine Isabelle –, le bonheur, le bien-être, le progrès authentique de chacun d’entre nous. En apportant toute cette richesse spirituelle à nos semblables, aux autres. Nous, chrétiens, dirions plutôt : à notre prochain.

Isabelle s’est distinguée au cours de sa vie par sa prudence, sa piété et son admirable sens de la justice. L’une des caractéristiques les plus importantes de la reine Isabelle était sa dévotion et sa vie eucharistique, envers le Saint-Sacrement de l’autel. La reine Isabelle disait : « C’est une question de service à Dieu et tout chrétien doit s’y employer. » Quelles belles paroles pour nous qui, non par nos mérites, mais à divers niveaux de la société, sommes appelés au service.

La reine Isabelle, mère de famille au sein de son foyer et femme d’Etat dans le royaume d’Espagne, nous offre des leçons bien actuelles. Elle nous enseigne la sagesse qui permet à des citoyens chrétiens d’exercer leurs droits et leurs devoirs pour le bien commun, et de trouver dans le tabernacle la force d’accomplir une tâche désintéressée qui implique de donner généreusement de sa propre existence dans toutes les sphères de la vie.

Que la célébration de ces saints mystères nous accorde pleinement, à nous et à tous les peuples frères, ce don capital du ciel. Invoquons donc humblement la puissante intercession de la bienheureuse Vierge Marie, à la vénération de laquelle, dans le mystère de son Immaculée Conception, la reine Isabelle a contribué, gardant ainsi le cœur des chrétiens comme un tabernacle, comme un temple pur et digne de l’Esprit Saint.

En faisant l’expérience de cette présence du Seigneur parmi nous, nous nous laisserons guider par lui et nous emprunterons de nouvelles voies dans la mission évangélisatrice, partageant véritablement, avec espérance et joie, les joies et les tristesses, les souffrances et les espoirs de l’humanité tout entière.

 

Mgr Piero Pioppo
Nonce apostolique en Espagne

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Traduction par Jeanne Smits