Il y a fort à parier que la présence d’une statue de Notre Dame de Fatima lors de la prestation de serment du nouveau président de la Colombie, Abelardo de la Espriella, marque une première.
Même les plus catholiques des présidents élus à travers le monde depuis 1917 n’ont pas ainsi convoqué celle qui promet le triomphe de son Cœur Immaculé à l’occasion de leur prise de possession de leur mandat. Il y eut Salazar qui fit un pèlerinage officiel à Fatima. De la Espriella plaça carrément et visiblement sa personne, sa fonction et son pays sous la protection de Notre Dame, et il a terminé son discours, à l’occasion de cette journée du 7 août dernier, par le cri de foi des Cristeros du Mexique : « ¡Viva Cristo Rey! »
Les références à Dieu et à la Vierge ont d’ailleurs irrité les laïcistes colombiens qui parlent d’« extrémisme religieux » et alignent les critiques ordinaires de la reconnaissance de la vérité religieuse par une autorité politique.
Abelardo de la Espriella place la Colombie sous la protection de Notre Dame de Fatima
Disons-le d’emblée, les paroles, comme les promesses, engagent, dans notre bas-monde, davantage ceux qui les écoutent que ceux qui les formulent. D’aucuns ont pu s’étonner de ce qu’un athée revendiqué comme Abelardo de la Espriella déclare avoir été converti lors de la mort d’un proche atteint par le covid. Sincère ou pas sincère ? Au fond, la question n’est pas là. Les propos qu’il a tenus, l’invocation de la protection de Dieu et une certaine forme de prise de risque aussi (dans la mesure où notre époque la rejette d’emblée) sont autant de signes positifs. On n’invoque jamais Dieu en vain.
Le message reçu par le peuple colombien est clair, quant à lui : Dieu est la source de l’autorité, reconnaître ses droits est la condition du bon exercice du pouvoir et de sa réussite. Ce n’est pas rien ! Qu’un jeune président exprime cela de manière aussi décomplexée devant de multiples chefs d’Etat, toutes les autorités du pays (mais pas l’opposition socialo-communiste défaite qui a refusé de participer à la cérémonie), le corps diplomatique réuni donne du poids à ses promesses aux Colombiens et à leur « patrie miracle ». Comme s’il voulait avant tout indiquer les priorités et mettre les choses en ordre, non sans avoir répété son allégeance catholique tout au long de sa campagne, ni sans se préparer à sa tâche par une retraite à laquelle participaient son épouse et plusieurs des futurs ministres qu’il a depuis lors nommés par décret.
Le nouveau président de la Colombie, Abelardo de la Espriella, salue le Christ-Roi
Abelardo de la Espriella a choisi de prêter serment dans la ville de Cali, particulièrement marquée par le narcotrafic et la guérilla terroriste qu’il s’est engagé à combattre. La première partie de l’événement s’est déroulée dans la grande salle d’une université privée, avec la Vierge de Fatima sur l’estrade et la présence des invités de marque, parmi lesquels Javier Milei, président d’Argentine, José Antonio Kast, président – très catholique, lui aussi – du Chili, nombre d’autres présidents d’Amérique latine, Todd Blanche, procureur général adjoint pour les Etats-Unis flanqué d’autres représentants des USA, et de manière plus symbolique pour cette Amérique du Sud jadis si fortement liée à la couronne hispanique, le roi d’Espagne, Don Felipe VI. Le nonce apostolique en Equateur, Mgr Dagoberto Campos, étaient également présent alors que la Colombie attend le replacement de son propre nonce qui vient d’être appelé à d’autres fonctions au Vatican.
Après sa prestation de serment Abelardo de la Espriella a prononcé son grand discours inaugural, non point dans cette salle, mais dans la foulée à l’extérieur, devant des représentants des forces armées du canton militaire Pichincha, décision que l’on explique par sa volonté de manifester sa ferme intention d’en finir avec la criminalité dans le pays. Dans la salle, pendant qu’il se rendait à son rendez-vous militaire, eurent lieu les prises de parole de l’aumônier catholique de son palais présidentiel d’El Nariño, et les courtes interventions d’un grand rabbin, d’un pasteur protestant et du président de la Conférence épiscopale de Colombie, Mgr Javier Múnera.
La protection de la Vierge de Fatima, l’invocation au Saint-Esprit
Le nouvel aumônier de la Casa de Nariño, le P. Rodolfo Londoño, a notamment déclaré :
« Venez, Saint-Esprit, venez sur la Colombie, venez sur cette terre que nous aimons, venez sur ceux qui, dès aujourd’hui, assument la responsabilité de gouverner notre nation. Donnez-leur la sagesse de discerner, l’humilité d’écouter, la force de servir, la prudence de décider et un cœur disposé à rechercher, au-delà de tout intérêt personnel, le bien de la Colombie. »
On ne résiste pas au plaisir de citer la totalité des références religieuses du discours d’Abelardo de la Espriella :
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Extraits du discours d’Abelardo de la Espriella
« Je ne peux me dispenser de commencer cette allocution en exprimant, depuis cette tribune de la République, ma profonde gratitude envers Notre Seigneur Jésus-Christ pour les bénédictions qu’Il a accordées à la Colombie et pour n’avoir jamais détourné son regard providentiel de cette terre bénie. Merci, Seigneur, d’avoir toujours posé votre regard miséricordieux sur nos montagnes, nos vallées, nos forêts, nos rivières et nos mers ; d’avoir accompagné ce peuple courageux même dans les heures les plus sombres de son existence ; d’avoir soutenu notre nation tout au long d’une histoire républicaine marquée par les guerres, la violence, les divisions et les tragédies.
« Je n’ignore pas l’ampleur de la tâche que j’assume aujourd’hui, ni l’immense poids de la responsabilité qui repose sur mes épaules. Exercer la présidence de cette patrie que j’aime tendrement constitue, sans aucun doute, la plus grande distinction que Dieu, le peuple et la vie aient pu m’accorder. Le premier champ de bataille d’un dirigeant est son propre cœur. Si l’on préserve la paix intérieure, on peut semer la paix. Si l’on reste dans la vérité, on peut gouverner avec justice. Et celui qui est à genoux devant Dieu ne sera jamais vaincu, car le Créateur combattra pour lui…
« Aux ministres, hauts fonctionnaires et collaborateurs qui ont assumé cette responsabilité à mes côtés, je tiens d’ores et déjà à les remercier pour leur dévouement et leur engagement. Je sais que des années de travail intense, de sacrifices personnels et de grandes exigences, qui pèseront également sur leurs familles, nous attendent. Aucune transformation nationale n’est possible sans des hommes et des femmes prêts à sacrifier une partie de leur tranquillité personnelle au service d’une cause supérieure. Cette cause supérieure s’appelle la Colombie…
« Je me remets chaque jour entre les mains de Dieu afin que le mal ne puisse m’atteindre, que le bruit ne me distraie pas et que sa voix soit toujours plus forte ; afin que le pouvoir ne prenne jamais le pas sur le service ; afin que mon cœur reste docile pour écouter, humble pour corriger le cap lorsque cela est nécessaire et courageux pour toujours faire ce qui est juste, même si cela coûte.
« Vive le Christ-Roi ! »
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« Le premier champ de bataille d’un dirigeant est son propre cœur. Si l’on préserve la paix intérieure, on peut semer la paix. Si l’on reste dans la vérité, on peut gouverner avec justice. Et celui qui est à genoux devant Dieu ne sera jamais vaincu » : cela est vrai toujours et partout. Dans notre monde disloqué, un dirigeant a exprimé la seule solution – la seule internationale, celle du Roi de l’univers ! – qui vaille.











