Alors que le pape Léon XIV commence demain une visite en France que les médias disent historique, notre consœur La Croix consacre une page à un fléau matériel et moral, l’avortement, qui connaît une hausse persistante depuis plusieurs années et atteint, selon les données du ministère de la Santé, un record historique : 259.400 en 2025, soit une hausse de 3 % sur 2024. C’est un crève-cœur pour l’Eglise, dont tous les papes depuis Vatican II ont fidèlement condamné l’avortement, immense massacre des innocents. Et c’est une catastrophe pour la France, échec pour les femmes et facteur de dénatalité : même Emmanuel Macron appelle aujourd’hui au « réarmement démographique ». Notre consœur La Croix explore rapidement quelques pistes de cette recrudescence des avortements : elle en oublie une, la molle ambiguïté des évêques de France au moment où fut instituée la loi Veil.
Echec de la loi Veil sur l’avortement
Selon le document de la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), « le taux de recours à l’avortement poursuit sa hausse et atteint 17,8 IVG pour 1.000 femmes de 15 à 49 ans ». En clair deux pour cent des femmes en âge de procréer se font avorter. On retrouve le niveau des années 1980, juste après la loi. De 1990 à 2020, une baisse sensible avait été mesurée, 220.000 avortements annuels, et depuis 2022, c’est reparti à la hausse. La loi Veil de 1975, qui se flattait de faire reculer l’avortement, n’aura donc servi à rien, malgré (ou à cause de ?) son extension continue : remboursement par la sécurité sociale, extension du nombre de semaines de grossesses où l’avortement est légal, pilule du lendemain, etc. L’historique de ces glissades (une bonne dizaine) fait mal au cœur.
Les questions de La Croix sans réponse
La Croix se demande pourquoi une telle hausse. La pilule, dont l’un des modes d’action est abortif, serait-elle moins utilisée ? Pas vraiment, « car la très grande majorité des femmes qui ont recours à l’IVG utilise une méthode contraceptive ». Eh oui. On justifiait naguère la contraception pour éviter l’avortement, et l’on a les deux. La Croix mobilise donc une chercheuse à l’INED (Institut national des études démographiques), et celle-ci répond : « Le principal facteur tient au fait que les gens veulent de moins en moins d’enfants. (…) Si bien que lorsqu’une grossesse est imprévue, elle se termine désormais plus souvent par un avortement. » C’est vrai mais diaboliquement court, et, sans réfléchir vraiment sur la perte globale du désir d’enfant, elle constate et justifie la décision de meurtre par une variation d’un désir individuel. Ce qui donne involontairement une bonne image de notre crise morale.
Acharnement historique pour l’avortement
A la question posée par La Croix, faut-il envisager une prévention pour réduire le nombre d’avortements, Sarah Durocher, présidente du Planning familial, s’indigne : « Les femmes qui décident d’avorter font ce choix malgré les freins à l’accès et la stigmatisation de la société. » Et Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes ajoute : « L’avortement est une liberté reconnue aux femmes, inscrite depuis 2024 dans la Constitution. C’est une bonne chose qu’elles puissent faire valoir pleinement leur droit. » Emmanuel Macron, suivant le programme maçonnique, a en effet constitutionnalisé l’avortement en grande pompe, sans se soucier de savoir s’il pouvait avoir un lien avec la dénatalité qu’il déplore. Or il en a un, d’abord directement, car tous les avortements de confort remboursés par la sécu ne seraient pas effectués si l’acte était demeuré illégal ou limité. Et puis la sanctuarisation de l’avortement au nom de la liberté participe à un climat défavorable à l’enfant et aux naissances.
Les vraies causes de la dénatalité en France
Pour mener une vraie réflexion sur les causes de la dénatalité et sur celle de l’avortement, que la chercheuse de l’INED a liées en détectant le facteur principal des deux, la perte du désir d’enfants, très perceptible dans tous les pays de l’Europe et du Nord, il faudrait cesser de se focaliser sur les causes sociales secondaires (« précarisation économique », « risques de déscolarisation », etc.) qui, l’histoire le montre amplement, n’ont jamais empêché de faire des enfants, pour se pencher sur les causes morales et spirituelles déterminantes : la peur, l’angoisse, le vide. Un sondage Odoxa récent donne une indication : 9 Français sur 10 craignent pour l’avenir de leurs enfants. Parce que la France est complètement détraquée, tout l’indique : l’invasion, l’insécurité, la dette, le pouvoir d’achat, le chômage, la peur du climat et des pandémies qu’on leur fourre dans la tête, l’école, la guerre, les menaces particulières qui pèsent sur l’enfance : le nombre de violences sur mineurs grimpe à 115.000 quand la justice ne peut en traiter que 4.000 par an.
Le pape et la faiblesse historique de nos évêques
Et puis il y a une angoisse spirituelle croissante, depuis la chute de la pratique catholique en France. Sans foi ni espérance, les Français ont perdu leurs repères, ils ne savent plus où ils sont, où ils en sont, qui ils sont. Dans ces conditions, quelle serait leur raison de se perpétuer ? Puisque, précisément, on peut copuler tout son saoul en toute tranquillité, à la charge pour la société de rembourser un éventuel avortement ? Ici, l’Eglise qui est en France porte sa part de responsabilité. Non seulement parce que nul printemps n’a eu lieu depuis Vatican II, mais parce qu’à l’inverse du pape, de tous les papes, elle n’a pas toujours été très ferme, ni claire, ni courageuse sur la question. Sous couleur de pastorale, d’écoute et de raison garder, beaucoup d’évêques ont été très conciliants sur l’avortement en 1974-1975. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Simone Veil, l’auteur de la loi sur l’avortement, qui l’écrit dans ses mémoires, Une vie (un très bon livre, historique d’une certaine manière, que le pape devrait lire). Seule tache au tableau, selon elle, « les intégristes ». Léon XIV devrait leur en être reconnaissant.











