Les victimes de Trappes et le mensonge présidentiel

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Vendredi matin, Kévin T., 39 ans, a tué par arme à feu un jeune homme noir de 26 ans et blessé quatre autres personnes « issues de l’immigration », parmi lesquelles une petite fille de 12 ans, gravement atteinte. Interpellé rapidement au cours de son horrible virée criminelle, le tireur présumé a été placé en garde à vue avant d’être transféré vers un hôpital psychiatrique, dimanche : il est présenté comme schizophrène et cocaïnomane. La réaction des pouvoirs publics était toute trouvée : c’est un « déséquilibré ». Ne l’entend-on pas au moindre attentat perpétré aux cris de « Allahu Akhbar » ?

Mais non ; ce n’est pas ce qui s’est passé. L’œil noir mais cachant mal une certaine gourmandise, le président de la République s’est précipité à Trappes dès vendredi – on ne savait rien des motivations, des connexions ou de l’état psychique du tueur – pour y déclarer :

« C’est un tournant parce que c’est la première fois qu’il y a un acte terroriste planifié pour tuer nos compatriotes, nos enfants, en raison de leur couleur de peau ou de la religion qu’on leur donne. Ce qui s’est passé aujourd’hui, c’est un attentat terroriste, raciste. Nous n’avons rien à céder aux idées qui s’installent dans la République et qui peuvent justifier ce genre de comportement ou qui créent une atmosphère qui pourrait les justifier. »

Ce n’est pas Kévin T. que le président avait dans le viseur, ni LFI, ni l’extrémisme de gauche : en filigrane de son propos, on entendait la charge contre les responsables politiques et leurs partis qui dénoncent la politique d’immigration et que l’on qualifie, en un raccourci cristallisé dès 1972 par la loi Pleven, de racistes et d’islamophobes. Mais la mariée était trop belle – à lui en faire perdre la raison.

Pour une fois la contestation est venue de toutes parts – le RN, Bardella, Bellamy, Knafo mais aussi le PS et tous ceux dont les communautés ont véritablement été visés par de terribles attentats racistes : Macron compterait-il pour rien les chrétiens, les juifs, les Français, tués en haine de leur nationalité ou de leur foi ? Depuis des décennies ? Par des réseaux islamistes ? Du Père Hamel au Bataclan en passant par les attentats de Toulouse, Nice… et tant d’autres ?

La réponse est visiblement oui, puisqu’ils ne servent pas ses objectifs et préférences politiques.

 

Les victimes de Trappes instrumentalisées par le discours présidentiel

Mais c’était trop gros. Emmanuel Macron a dû (ou en tout cas son équipe de communication) rétropédaler sur son compte X ; tard, trop tard : « Je veux aussi rappeler une vérité essentielle et éviter toute polémique : notre pays a connu, ces dernières années, des attentats qui ont frappé des chrétiens parce qu’ils étaient chrétiens et des juifs parce qu’ils étaient juifs. Aucune de ces victimes ne doit être oubliée. Aucune douleur ne doit être hiérarchisée. Et je veux que rien, ce soir, ne vienne ajouter à la peine des familles, à la tristesse du pays et au recueillement de la nation. »

L’Elysée précisait dans un communiqué lamentable que « le chef de l’Etat parl[ait] bien évidemment du premier attentat raciste sur le fondement de la couleur de peau commis dans [le] pays, ainsi qu’il l’a précisé au début de son intervention ».

Et Thomas, le jeune rugbyman de Crépol mort d’un coup de couteau par une bande de jeunes « racisés » hurlant qu’ils voulaient « planter des Blancs » ? Ils devront répondre de « racisme » à l’encontre des Blancs et des Français, ainsi qu’en a décidé un juge d’instruction. Mais la couleur de peau n’a sans doute d’intérêt que selon un nuancier présidentiel dont Emmanuel Macron connaît les secrets.

 

Le mensonge présidentiel au service de la lutte des classes antiraciste

Du moins aura-t-il fait comprendre que dans la triste litanie des morts d’attentats qui ont ensanglanté la France depuis des décennies, il attendait celle qui attesterait de la haine à l’égard des immigrés « racisés », ès-qualités. L’attente a été longue ; et le président a dégainé trop tôt. Il semble en effet, si la maladie mentale de Kévin T. se confirme, que celui-ci puisse échapper à toute sanction pour cause d’irresponsabilité pénale. Ce ne serait même pas un « loup solitaire »…

Le délire présidentiel n’est pas effacé par son rattrapage tardif. Jamais Macron n’a été à ce point hors-sol, aussi insensible à la douleur et aux souffrances d’un pays fracturé par ceux – lui et ses prédécesseurs – qui l’ont érigé en modèle multiculturel. Ils ont attisé, en toute connaissance de cause, une nouvelle lutte des classes et ne raisonnent plus que par elle.

La pauvre victime innocente, Pengo Bossio Wangi, ce jeune homme chrétien, fou de MMA, et sa famille en deuil, ont-ils récolté les fruits amers que des années de politique délibérée ont semés ? Ils méritent justice, ils méritent la vérité. Cette vérité dont on se demande si elle a encore droit de cité dans un pays où le mensonge est roi.

 

Jeanne Smits