Deux rencontres « macro-régionales » ont réuni au mois d’août des représentants des causes indigènes au Pérou : celle de Cusco, dont le premier acte fut une cérémonie païenne de « paiement à la terre », n’a pas fini de faire couler de l’encre, et il en sera ainsi jusqu’à ce qu’on obtienne enfin une clarification de Rome car plusieurs prélats catholiques y étaient présents et on a la preuve qu’ils ne se sont pas contentés d’êtres spectateurs. La cérémonie a pris la forme traditionnelle des offrandes à la Terre mère, la Pachamama, celle qui avait déjà pollué le synode sur l’Amazonie en 2019 à travers les statuettes d’une indigène nue et enceinte, objets d’un rituel dans les jardins du Vatican et d’expositions et de procession dans l’église Santa Maria in Traspontina sur la Via della Conciliazione à Rome. Au Pérou, il n’y avait pas de statuette, mais on a bien entamé la rencontre des 13 et 14 août par une cérémonie chamanique d’offrande dont le film a été diffusé par InfoVaticana ici.
La rencontre était organisée par l’ONG CNDDH (Coordination nationale des droits humains au Pérou), dont un organisme de la Conférence des évêques du Pérou, CEAS, se trouve être membre fondateur, aux côtés de nombreuses autres associations indigénistes qui luttent pour les droits des autochtones : cela va d’une cause aussi indiscutable la dénonciation des stérilisations forcées qui ont été réalisées sur des indigènes quechuaphones, à la mobilisation contre les effets des métaux lourds liés à l’industrie minière sur la population et la dénonciation des assassinats des défenseurs des droits des Indiens et des « violences étatiques » dans l’esprit de la théologie de la libération, très présente au Pérou.
Des évêques ont participé au Pago a la tierra en honorant la Pachamama
Cette coordination fondée il y a quarante ans a ajouté d’autres cordes à son arc : la propagande et le militantisme pro-avortement, la défense des droits LGBTQ, la promotion de l’idéologie du genre, le lobbying en faveur de l’éducation sexuelle à l’école, la préoccupation environnementale, en particulier en Amazonie, au nom d’un « bien commun » très élastique.
Sous le titre « Entrelacer les voies pour la dignité, pour les droits humains et le bien commun », la réunion de Cusco comportait la présence de plusieurs prélats catholiques : Mgr Jordi Bertomeu, commissaire pontifical pour la liquidation de la conservatrice Sodalicio de Vida Cristiana, qui est sous le coup d’accusations d’abus physiques et sexuels sur mineurs, venu en tant que représentant du Dicastère pour la doctrine de la foi : il se rend fréquemment au Pérou. Mais aussi Mgr Lizardo Estrada Herrera, président de la conférence des évêques de l’Amérique latine, et Mgr Miguel Ángel Cadenas, évêque d’Iquitos, qui a accueilli, il y a quelques jours, une deuxième étape de ces rencontres macrorégionales.
La présence de l’Eglise était, à travers ces prélats, pleinement assumée et a d’ailleurs fait l’objet d’un article sur Vatican News, article qui n’a pas fait la moindre mention de la cérémonie païenne qui a inauguré la réunion.
Scandale au Pérou : à quand une clarification ?
Pourquoi ? Parce que le site d’information du Vatican n’en avait pas connaissance ? Par volonté d’occulter un événement pour le moins scandaleux ? Parce que l’un ou l’autre ecclésiastique présent s’est organisé en ce sens ? On sait en tout cas, Infovaticana a publié la vidéo, que Mgr Bertomeu n’a pas voulu qu’on le filme. A un moment où il était présent à la tribune pour évoquer le cas de Sodalicio qui se mobilisait notamment contre la théologie de la libération, on l’entend dire : « A partir de maintenant, vous pouvez filmer », alors que la caméra tournait déjà depuis un petit moment : il retourne alors le panneau comportant son nom avant de quitter précipitamment la scène. Cela aussi demande une explication.
Sur une autre vidéo publiée par Infovaticana dans le même article, on voit Mgr Bertomeu jeter à la suite d’autres participants une feuille de coca sur le tapis rassemblant les offrandes à la Terre-Mère. Il est traditionnel, dans les religions chamaniques et idolâtres précolombiennes, d’en faire ainsi au mois d’août pour remercier la Terre-Mère de la nourriture qu’elle donne et lui en « rendre » une part. Dans ces religions, les sacrifices d’enfants étaient aussi la norme, comme en attestent des découvertes archéologiques ; ils étaient destinés à apaiser la déesse cruelle à qui il fallait payer ce qu’on lui avait pris. Largement rendue obsolète par la conversion massive des autochtones en Amérique latine grâce à l’œuvre évangélisatrice de l’Espagne et du Portugal, le « pago a la tierra », le paiement à la terre, est redevenu à la mode sous l’impulsion de l’indigénisme de gauche dans la cordillère des Andes. Mgr Estrada Herrera semble aussi avoir fait partie des participants au rituel.
Le scandale des évêques à la cérémonie païenne n’était pas en soi un préparatif à la venue de Léon XIV
La réunion a été présentée comme un événement préparant la venue du pape Léon XIV au Pérou au mois de novembre. Ce lien ne semble pas établi : il s’agit plutôt d’une réunion s’inscrivant dans les activités habituelles du CNDDHH, auquel des ecclésiastiques ont participé dans le cadre de l’attente du voyage pontifical. A l’issue la rencontre, il a cependant été rédigé un document devant être présenté à Léon XIV lors de sa venue pour faire état des revendications des participants. Des revendications de toutes sortes, y compris sur l’égalité de genre, les personnes LGBTQI et « l’éducation sexuelle intégrale dans les écoles », y sont notamment exprimées et on y lit : « Malgré les menaces, nous continuerons de prendre soin de la vie, de l’eau, de la Pachamama et de la communauté. » Ce passage est illustré par une image de femmes indigènes entourant Mgr Cadenas Cardo, Prêtre augustinien très engagé dans la lutte contre les mines illégales et leurs répercussions sur le fleuve alimentant Iquitos.
On voit sur la page Facebook de la Coordination des droits de l’homme des militants expliquer qu’il est intéressant d’avoir des liens avec l’Eglise catholique afin de renforcer la lutte pour des objectifs dont on aura compris qu’ils sont nombreux à être radicalement opposés à la doctrine de l’Eglise.
Voilà beaucoup de questions posées auxquelles ni le Saint-Siège ni les intéressés ecclésiastiques n’ont à ce jour répondu. Si rien ne pointe une quelconque responsabilité du pape Léon XIV dans l’affaire, la confusion créée est suffisante pour qu’une réponse soit donnée, de préférence hiérarchique, face au scandale de la participation à une cérémonie païenne qui est moins folklorique qu’objectivement idolâtre.
Vénérer la Pachamama est en soi idolâtre et scandaleux
Tout au plus a-t-on vu une sénatrice péruvienne présente à l’événement, Ruth Luque, se plaindre de ce que la participation de ces prélats ait pris le pas sur les revendications des indigènes. Elle dénonce une « indignation sélective » au détriment des « victimes » défendues par le CNDDHH, assurant également que « le geste symbolique d’introduction, relatif à l’expression culturelle andine de la Pachamama, permet des interprétations diverses et ne peut pas se réduire automatiquement à un acte de culte païen ». Et d’expliquer que la gratitude devant les fruits de la terre n’est pas une attitude relevant exclusivement d’une cosmovision païenne, mais se comprend aussi dans la tradition chrétienne elle-même.
Et de parler de « provocations médiatiques », d’« indignation fabriquée » au détriment de toute enquête sereine, en laissant les victimes découvrir que leur souffrance compte moins qu’une « guerre idéologique ».
Mais ce n’est pas en défendant la vérité qu’on fait du tort aux victimes. Outre que la réunion n’aurait certes pas été évoquée sur le plan international si le scandale n’avait pas eu lieu, ce dernier est le témoin du véritable danger du syncrétisme que Mme Louquet exprime finalement fort bien.
Le CNDDHH Pérou a pour sa part publié le 19 août un communiqué affirmant que Mgr Cadenas, Mgr Estrada et Mgr Bertomeu y ont assisté en tant qu’« invités et observateurs ». Voire. Comme on l’a vu, au moins deux d’entre eux ont effectivement participé à la cérémonie. Ils étaient d’ailleurs présents à la tribune et sont intervenus au cours des discussions, tandis que l’Eglise, à travers son rôle de fondateur de la coordination via le Comité épiscopal d’action sociale, est véritablement partie prenante.
Le communiqué poursuit : « Le geste symbolique réalisé au cours de l’acte d’introduction correspondait à une expression de respect vis-à-vis de la tradition culturelle et de la cosmovision andine et ne constituait pas un rituel religieux. Il est préoccupant que cette assistance ait été décontextualisée ou que l’on prétende utiliser la douleur des victimes pour engendrer une controverse étrangère aux objectifs de la rencontre. »
Mais alors, pourquoi avoir dérangé une chamane ? Comment prétendre qu’il n’y ait pas de signification rituelle alors que les uns et les autres ont accompli le rituel et y ont participé ? D’où peut-on tirer que la douleur des victimes ait été ici instrumentalisée ? C’est hors sujet. La réunion était ce qu’elle était ; le scandale relatif aux hommes d’Eglise doit être réglé indépendamment de ce que ce groupe a décidé de faire.
Face à la Pachamama, la Vierge enceinte de Guadalupe
On nous parlera bien sûr d’inculturation, du devoir de respecter ces peuples dont aujourd’hui certains disent qu’ils ont été victimes de la colonisation, y compris à travers la perte de leur religion traditionnelle.
C’est ainsi que la Pachamama a dû venir sur le devant de la scène en notre XXIe siècle si hostile à la foi. La statuette qu’on a promenée à Rome et le Pago a la Tierra qu’on a célébré au Pérou en présence d’évêques disent au fond exactement la même chose : il faut renouer avec les croyances d’antan abîmées par la foi des Européens
Il existe pourtant une vraie image de l’inculturation de la foi catholique en Amérique latine : c’est l’image miraculeuse de la Vierge de Guadalupe, qui parlait aux autochtones à travers leurs représentations, leurs codes et leur langage visuel. Elle est la Vierge enceinte, la Mère de Dieu, humble et de miséricordieuse, l’exacte inverse des divinités avides de sang qui régnaient sur ces peuples. C’est sa venue qui a provoqué la conversion de près de 9 millions d’âmes en 8 ans, elle a christianisé la culture latino-américaine de manière spectaculaire. 500 ans après, le retour à la Pachamama est aussi absurde que décalé.











