Malgré la forte opposition des agriculteurs européens (la France n’était pas seule) qui relevaient les failles de l’accord de libre-échange avec le Mercosur (le marché commun d’Amérique latine), Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a imposé en force l’entrée en vigueur du traité signé le 17 janvier. Nos paysans déploraient un texte déséquilibré, faussant la concurrence, car les producteurs américains (de viande notamment) ne sont pas soumis aux mêmes normes, cette distorsion engendrant des dangers : par exemple celui d’importer des produits qui ne respectent pas nos règlements sanitaires. En d’autres termes, une injustice débouchant sur un désordre grave, ce qui devait mener à suspendre l’accord.
La viande du Mercosur est souvent dangereuse
Et c’est ce qui est arrivé. L’immanquable s’est produit. Des lots de viande impropres à la consommation (bourrés d’antibiotiques en particulier) venant du Brésil ont tenté d’entrer dans l’Union (ce n’est pas la première fois), de sorte que l’accord avec le Mercosur a dû être suspendu le 31 août. Ursula von der Leyen est restée muette, mais un porte-parole de l’UE a déclaré : « Le Brésil est un partenaire important de l’UE, et nous travaillons étroitement, de manière constructive et positive, avec les autorités brésiliennes afin d’assurer leur conformité à ces exigences. » Question : pourquoi ce silence, et pourquoi cette suspension tardive ?
Von der Leyen prévenue depuis plusieurs mois
En novembre 2025, la Commission européenne avait déjà dû ordonner le retrait du commerce de détail et l’interdiction à la vente de lots de viande de bœuf commercialisés par le géant brésilien JBS. Pourquoi Von der Leyen a-t-elle ordonné d’appliquer sans délai l’accord ? Et, dès le 8 mai 2026, l’eurodéputé de Pologne Mme Jadwige Wiśniewska (ECR), interpellait la Commission européenne par une question écrite faisant état de découverte de salmonelles dans 80 % des échantillons testés sur un lot de trois tonnes de volaille brésilienne. Elle demandait comment Bruxelles comptait « garantir la sécurité sanitaire des citoyens de l’UE face à l’augmentation des importations alimentaires en provenance des pays du Mercosur ». Et pourquoi la Commission imposait-elle la libéralisation du commerce avec des pays qui ne respectent pas les normes sanitaires de l’UE, mettant en danger les consommateurs européens tout en sapant la compétitivité des agriculteurs de l’UE ?
Suspendre, oui, mais mille questions demeurent
Ces questions n’ont toujours pas reçu de réponse compréhensible de Mme von der Leyen. Et il a fallu à celle-ci quatre longs mois pour suspendre l’accord avec le Mercosur. La Chine a été plus rapide : fin mai dernier, Pékin a suspendu l’importation de bœuf brésilien venant d’un site JBS, après détection d’une hormone de croissance dans les lots contrôlés. Cette extrême lenteur contraste avec sa précipitation à signer l’accord, comme si les élites européennes avaient décidé, par préjugé idéologique, que, dans la division internationale du travail, la production de viande revenait à l’Amérique, alors que l’Europe peut se suffire à elle-même.











