Que le football soit devenu pour beaucoup une religion, voire la seule religion qui les mobilise encore le dimanche, c’est entendu. Mais de là à en faire une occasion d’invocations satanistes, il y a un pas qui ne pouvait sans doute être franchi que dans une société post-chrétienne, qui a tourné le dos à la foi catholique. C’est ce qui s’est passé lors du match qui a opposé l’équipe allemande du FC Kaiserslautern, qui jouait à domicile, à Fortuna Düsseldorf le 29 mars, où des fans ont exécuté une chorégraphie satanique qui avait tout de l’invocation rituelle du démon.
L’affaire était très organisée puisque, dès le coup d’envoi, tous les spectateurs de la « fan-zone » des ultras du Kaiserslautern ont brandi des films noirs ou colorés qui laissaient apparaître un grand pentagramme doré sur toute la hauteur de la tribune ouest, puis surgissait une immense toile à l’effigie d’un démon ricanant, tandis qu’au raz des publicités jouxtant la pelouse, deux banderoles de 40 mètres de long étaient successivement déployées.
La première ne laissait aucun doute quant au propos des supporters : « Exaudi nos, Lucifer, et surge ex abysso, sume animas nostras ! » (« Exauce-nous, Lucifer, surgis de l’abîme, prends nos âmes ! »). Puis : « Ad lucem nos trahe, orbem mundi regna, surge ex flammis et appare » (« Amène nous à la lumière, règne sur le monde, sors des flammes et apparais »).
Le diable aurait-il une préférence pour le latin, pour mieux singer la liturgie divine ?
Une invocation publique à Satan a tendance à le faire venir
Tout finissait avec des feux d’artifice – pour donner un avant-goût de l’enfer ?
Plaisanterie de mauvais goût ? Simple jeu de mots et d’images sur le sobriquet de l’équipe de Kaiserslautern, les « diables rouges » ? On aimerait le croire, mais quand on invoque le démon, il a pour habitude d’arriver… Et là, il n’y avait pas d’ambiguïté dans le message.
Si le FC Karlslautern a remporté le match par 3 contre 1, nous n’allons pas dire que c’est grâce à ce « pacte » imposé à l’ensemble d’un public dont une partie au moins – on l’espère – aura été gênée par le numéro.
En revanche, l’entraîneur du club victorieux, Markus Anfang, a qualifié la chorégraphie de « moment chair de poule » qu’il a visiblement trouvé plaisant : « C’était tout simplement sympa d’être ici dans ce stade aujourd’hui. »
Le quotidien catholique allemand Die Tagespost a tout de même réagi à cette noire provocation en donnant la parole à un philosophe catholique, Sebastian Ostritsch, qui n’a pas voulu la minimiser. Satan n’est-il pas notre « adversaire par excellence », comme il l’a souligné ?
En Allemagne, certains prennent au sérieux la provocation
« Il serait absurde de penser que des dizaines de milliers de véritables satanistes s’y sont rassemblés. Au contraire, nous pouvons supposer que les supporters qui ont participé à cet événement ne croient pas à l’existence du diable et, par conséquent, ne comprennent pas ce qu’il pourrait y avoir d’offensant, voire de dangereux, dans leurs actions. Pour la plupart des gens, le diable est à peu près aussi réel que le nain Tracassin ou Harry Potter. Le diable n’est qu’une métaphore pour désigner le football dangereux et sauvage, et s’accorde particulièrement bien avec les maillots rouges du club », a-t-il concédé.
« Cependant, en tant que chrétien, on ne peut pas être d’accord avec cette théorie du divertissement inoffensif », a ajouté Ostritsch : « Tout chrétien sait non seulement que le diable et l’enfer existent réellement, mais aussi que les batailles décisives que les gens doivent mener dans leur vie sont spirituelles. »
La religion du football se prête aux pires excès
Il a également cité la Lettre aux Ephésiens sur la nécessité de revêtir l’armure de Dieu, commentant : « Celui qui ne croit pas en l’existence de l’ennemi est sans défense face à lui. Quiconque – pour parler métaphoriquement – l’invite à portes grandes ouvertes ne doit pas s’étonner de le voir vraiment entrer. »
Et de rappeler, pour finir, la phrase de Baudelaire : « La plus belle des ruses du Diable est de vous persuader qu’il n’existe pas. »
Et sa satisfaction – si tant est que Satan puisse être satisfait – est assurément de se voir honoré comme un dieu et maître du monde. Que cela puisse être fait à si grande échelle, aux yeux et au su de tous, autour de quelque chose d’aussi anodin que le sport, est un signe. Si les chrétiens ne protestent pas, qui le fera ?