Rapport Alloncle : enquête sur un audiovisuel public au-dessus de tout soupçon

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Le rapport Alloncle sur l’audiovisuel public paraît aujourd’hui. Enfin. Il faudra plusieurs jours pour l’analyser. Ce qui est urgent, c’est d’esquisser l’histoire de cette commission d’enquête exceptionnelle depuis octobre 2025. Un vrai film qui rappelle celui d’Elio Petri, Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, où Gian-Maria Volonte donnait toute la mesure de son talent, et son personnage celle de son cynisme. Un commissaire assassine sa maîtresse et dispose sur la scène du crime les indices nécessaires à remonter à lui : malgré leur masse, les enquêteurs ne concluront pas. Ainsi responsables de l’audiovisuel public, politiques, journalistes, ont-ils affiché sans complexe collusions, conflits d’intérêts, dépenses somptuaires, orientation politique, etc. Mais, cette fois, un mauvais coucheur est venu troubler l’entre-soi de ces citoyens au-dessus de tout soupçon : le rapporteur Charles Alloncle, cible pour cette raison de toutes les attaques imaginables. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a ainsi attaqué la commission d’enquête dont elle est la protectrice naturelle, et le Premier ministre Sébastien Lecornu en a fait tout autant.

 

Comment jeter le soupçon sur le rapport Alloncle

Vous êtes rentré au printemps d’un an de marche dans le Sahara, vous ignorez que Patrick Cohen et Thomas Legrand, tous deux journalistes de l’audiovisuel public, ont été filmés à leur insu en 2025 dans un café avec des pontes du PS en train de dessiner un plan de travail, notamment à propos de Rachida Dati, alors candidate à la mairie de Paris. Vous ignorez que cela a provoqué une commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public. Mais vous lisez les journaux depuis un peu plus d’un mois. Vous savez par tous les grands médias que le ciottiste Charles Alloncle se sert de l’enquête comme d’une tribune, qu’il instruit à charge, avec des attaques ad hominem insupportables, que plusieurs membres de la commission jugent son rapport faiblepartial, que les auditions ont été l’occasion de fake news. Tout, absolument tout, a été fait pour discréditer son travail et le résultat de celui-ci. Y compris les réserves du président de la commission, le centriste Jérémie Patrier-Leitus, qui s’est opposé à lui en séance et pris à plusieurs reprises ses distances.

 

Grande bouffe et grande esbroufe pour l’audiovisuel public

Cette esbroufe extraordinaire a permis au monde médiatique et politique de mener une inversion de l’accusation particulièrement spectaculaire, qui rappelle la dernière scène d’Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon où l’on voit magistrats et politiques déchirer le rapport d’enquête établissant la culpabilité du commissaire : la réalité, on la déchire et on la jette à la poubelle. Ainsi un histrion tel Nagui, qui s’est grassement servi de l’audiovisuel public, refuse-t-il de donner les chiffres en traitant l’enquêteur de « raciste », ainsi le banquier Pigasse, qui se sert ouvertement de ses médias au profit de la gauche, reproche-t-il à Alloncle son « orientation politique ». Ainsi Xavier Niel, patron d’entreprise qui vend des programmes à France Télévisions, refuse-t-il de donner tout éclaircissement sur ce mécanisme en hurlant : « Vous ne me ferez pas taire. » Ainsi Delphine Ernotte, coupable à la fois de discrimination idéologique contre le mâle blanc de plus de cinquante ans et de gestion catastrophique (dépenses somptuaires, versement d’indemnités à des salariés qu’on reprend ensuite comme prestataires de service, etc.), a-t-elle pu se poser en victime.

 

Le tout-Paris audiovisuel au-dessus de tout soupçon

Dans ce cirque permanent où ceux qui sont l’objet de l’enquête jouent l’indignation (Moi ? Membre du tout Paris médiatique et politique, qu’on puisse nourrir un soupçon à mon égard ! Quel est donc ce fasciste qui se le permet ?), Alloncle a dû en prime compter sur l’opposition explicite de son président de commission. Patrier-Leitus l’a repris plusieurs fois en séance, a suspendu les travaux, faisant perdre plusieurs semaines d’enquête et d’audition, restreignant le temps nécessaire à la rédaction du rapport. Il a interdit à Alloncle d’interroger François Hollande, Gérard Larcher, président du Sénat, et Caroline Lang, fille de Jack Lang, gravement mise en cause dans l’affaire Epstein, même si elle reste naturellement présumée innocente. Et ce même Patrier-Leitus a organisé une sorte de contre-rapport, avec son propre avant-propos et la contribution des groupes. En somme, tout est fait non seulement pour brouiller l’image de l’enquête, mais pour noyer ensuite les faits observés dans un magma d’opinions et de considérations diverses où le jugement finira par se perdre. Selon la méthode de Charles Pasqua, orfèvre en la matière, quand une affaire vous gêne, lancez une autre affaire à l’intérieur de l’affaire, et si besoin une autre, pour compliquer et que personne ne s’y retrouve.

 

Rapport sur le rapport pour embrouiller l’esprit public

Dernier de ces artifices en date, pour l’instant, les « fuites », organisées par un député socialiste, mais d’abord attribuées à Alloncle lui-même pour mieux l’accabler, qui donnent du rapport une image fallacieuse et lui prêtent des préconisations qu’il ne fait pas. Elles visaient entre autres à justifier un vote contre la publication du rapport. Autre attaque, venue cette fois d’une association AC!!!Anti-corruption : une plainte a été déposée contre Alloncle pour « prise illégale d’intérêt ». Or, quel que soit la véracité des faits et le destin de la plainte, l’intitulé de celle-ci vise clairement à troubler les esprits : ce qui lui est reproché est d’avoir reçu du groupe Lagardère une liste de questions à poser aux auditionnés, et d’en avoir tenu compte. Or il a peut-être ainsi reçu une aide à l’investigation, mais ce n’est aucun cas une « prise illégale d’intérêt », ce terme n’étant choisi que pour le discréditer et faire oublier ainsi les questions de gros sous qui agitent l’audiovisuel public.

 

Comment brider l’enquête de la commission d’enquête 

En toute hypothèse, qu’un groupe comme Lagardère « souffle » des questions n’a rien de choquant si elles sont justifiées. Ce qui l’est en revanche c’est qu’Aya Hadizadeh, député NFP, membre de la commission d’enquête, qui a voté contre le rapport et qui déclare : « Le rapport de Charles Alloncle est un tissu de mensonges, d’approximations et de diffamations », est l’exemple type du conflit d’intérêts. Elle a été directrice générale adjointe de la Fondation Mozaïk qui a bénéficié d’une aide de Radio France : son partenariat avec Mozaïk a permis de recruter plus de 240 étudiants entre 2014 et 2024. Un tiers des postes de Radio France ouverts à l’alternance ont été confiés à Mozaïk RH, des « nouveaux profils issus des QPV ». La députée n’aurait jamais dû faire partie de la Commission d’enquête. Le cas de Jérémie Patrier-Leitus n’est pas meilleur : il a été administrateur à Radio France en 2023 et 2024, et de France Média Monde. Juge et partie, c’est un art.

 

Pauline Mille