Plusieurs responsables politiques, de la droite radicale au socialisme bon teint, ont déploré que le ministre de l’Economie, Roland Lescure, ait autorisé la vente à une entreprise américaine de LMB Aerospace, pépite high tech française qui travaille avec la défense nationale et fournit en ventilateurs Rafale et le Charles De Gaulle, contre l’avis de la direction générale de l’armement. Jean-Luc Mélenchon fait partie de ces protestataires et l’on peut se réjouir qu’il s’inquiète ainsi de la souveraineté stratégique de la France. Mais, comme souvent les néophytes, il ne semble pas bien comprendre pourquoi l’Amérique rachète ainsi de belles entreprises françaises.
Depuis Macron, l’Amérique rachète nos entreprises sensibles
La vente de LMB Aerospace n’a hélas rien d’exceptionnel. En ce moment, par exemple, Mara Holdings vient de racheter 64 % d’Exaion, pépite high tech d’EDf, qui elle aussi a des implications stratégiques, pour 168 millions de dollars. Et l’on se souvient qu’en 2014, Emmanuel Macron, qui venait d‘être nommé ministre des Finances, avait autorisé la vente de la branche énergie d’Alstom à la General Electric : elle comprenait les turbines Arabelle, utilisées tant dans nos centrales nucléaires que dans nos sous-marins SNLE. Une gaffe monumentale si l’on reste attaché à la souveraineté nationale ou un souverain mépris de celui-ci, et en fin de compte une grosse erreur économique : General Electric ne créa pas les emplois promis et il fallut racheter dix fois plus cher les fameuses turbines, sans récupérer toutefois ni les brevets ni de nombreux contrats. Une commission d‘enquête parlementaire présidée par Olivier Marleix (« suicidé » depuis) a conclu au scandale d’Etat et actionné la justice.
Le cas Exaion, pépite du minage des bitcoins
Le cas d’Exaion vaut d’être détaillé. EDF naguère prospère et puissante est grevée par plusieurs facteurs, dont la politique européenne du prix de l’énergie et le lobbying des énergies dites renouvelables, en particulier les énergies intermittentes, éolienne et solaire. Elles compliquent la gestion du parc nucléaire, l’usent prématurément, et amènent en plus une surproduction chronique, la désindustrialisation faisant stagner la consommation. Or, il n’est possible ni de stocker l’électricité produite ni de stopper les centrales pendant les heures creuses. C’est là qu’Exaion peut être utile. Elle s’occupe du « minage des bitcoins ». En gros, ce « minage » consiste à mettre à disposition du réseau Bitcoin une puissance de calcul informatique colossale pour sécuriser les transactions. En échange de ce service, les « mineurs » reçoivent des bitcoins. Cette activité de calcul intensif peut absorber les surplus d’électricité produite quand la demande est faible et s’interrompre instantanément en cas de tension sur le réseau. Autrement dit, à défaut de stocker l‘électricité, c’est un moyen de fluidifier le marché et de vendre l’énergie quand personne n’en demande. Donc, Exaion peut être d’une importance capitale pour EDF et pour notre souveraineté énergétique.
Hou, Mélenchon, les pépites fuient le socialisme en Amérique !
Alors, on voit bien qu’est venue au pouvoir derrière Macron une bande de liquidateurs pour qui les questions de souveraineté n’importent pas, ce qui permet à Jean-Luc Mélenchon de faire des effets de tribune anticapitalistes, mais cela ne nous dit pas pourquoi les acheteurs de nos pépites se déplacent d’Amérique. Même Sébastien Lecornu voit un peu plus loin et déplore que les investisseurs français et européens « manquent ». Toutefois, son cerveau s’arrête à ce stade de l’observation, sans relier le fait observé à sa propre politique. Faisons le pas suivant. Prenons un autre cas, celui de Total, grosse société pétrolière qui n’a pas été vendue, mais dont les actionnaires principaux sont désormais américains et qui s’éloigne plus en plus de la France. Elle a été l’objet, comme EDF d’ailleurs, de nombreuses attaques écolo-socialistes depuis des décennies. Elle est aussi l’objet de tracasseries réglementaires et d’une fiscalité exagérée : elle s’en va vers New York. On peut crier, comme Sophie Binet, de la CGT, contre « les rats qui quittent le navire ». Il serait plus efficace d’en finir avec le socialisme qui fait fuir ceux qui le peuvent et met les autres en position d’être rachetés par des entreprises opérant dans un pays où il est plus profitable de travailler : l’Amérique.











