L’apprentissage du langage des tout-petits souffre du temps d’écran

apprentissage langage temps écran
 

Le temps passé devant les écrans pourrait nuire au développement du langage chez les tout-petits, selon une étude commandée par le gouvernement britannique, la première du genre. Elle montre que les enfants de deux ans qui passaient cinq heures par jour devant un écran connaissaient nettement moins de mots que ceux qui regardaient moins d’une heure et propose des investigations approfondies pour établir si cette corrélation est le signe d’un lien de cause à effet.

Elle a également révélé que 86 minutes par jour constituaient le seuil à partir duquel « le lien entre une utilisation prolongée des écrans et un vocabulaire plus limité devenait particulièrement marqué ». Les enfants britanniques de deux ans regardent en moyenne plus de deux heures de télévision, de vidéos et de contenus numériques par jour santé. Seuls 2 % des petits de cet âge ne regardent pas quotidiennement un écran. Un sur cinq jouent déjà à des jeux vidéo à cet âge, avec une moyenne de temps d’écran qui atteint alors 140 minutes par jour.

Les enfants participant à l’étude ont été testés sur leur connaissance de 34 mots. Ceux qui regardaient environ cinq heures par jour en connaissaient en moyenne quatre de moins que ceux qui ne passaient que 44 minutes devant les écrans.

 

Les tout-petits passent des heures devant les écrans

Ce n’est pas seulement l’apprentissage du langage qui apparaît plus faible chez les petits accros de l’écran : selon l’étude, 39 % des enfants ayant cinq heures et plus de temps d’écran pourraient avoir des problèmes émotionnels et comportementaux, contre 17 % « seulement » des enfants dont le temps d’écran est de 44 minutes quotidiennes.

C’est dans les familles les plus pauvres, et parmi les enfants ayant des parents noirs ou asiatique que la probabilité d’avoir des temps d’écran élevés s’est révélée la plus forte : ce temps était près de deux fois plus important chez les 20 % les moins riches par rapport aux plus riches (179 minutes contre 97), tandis que c’est dans les familles les plus riches que les parents lisaient le plus souvent des histoires à leurs enfants.

L’étude se poursuit. Elle suit 8.500 enfants qu’elle a évalués à 9 mois et à 2 ans ; ils le seront de nouveau à 3, 4 et 5 ans.

 

L’apprentissage du langage, une étape qui mérite protection

On suggère à ses auteurs de s’intéresser aux travaux d’Elisabeth Nuyts, qui a constaté que les écrans qui mobilisent principalement la vue, au détriment de la parole – comme les jeux vidéos fonctionnant uniquement par l’« action-réaction », sans verbalisation – empêchent le développement du « cerveau gauche » et des circuits auditifs, inhibant les capacités d’analyse et de réflexion.

Dès 2017, le regretté Jean-Pierre Dickès signalait dans nos colonnes un ouvrage mettant en garde contre l’utilisation des écrans par les enfants, TV Lobotomie ; il ne craignait pas de dire que « la télévision est un esclavage qui détruit le cerveau » et pointait particulièrement le retard de langage associé à l’utilisation prolongée des écrans dans la petite enfance.

 

Anne Dolhein