
A quelques jours des élections municipales, la gauche, très bas dans les sondages, est en outre divisée. Une partie estime avec Olivier Faure, premier secrétaire du Parti Socialiste, que « les propos antisémites intolérables » de Jean-Luc Mélencon servent les intérêts « de la droite et de l’extrême droite », et décide avec François Hollande de ne pas faire alliance avec LFI au second tour. Mais Manuel Bompard, coordinateur national des Insoumis, déplore « une cabale malhonnête » contre son parti et déplore la position « irresponsable » du PS. Pour lui, la gauche doit former « un front antifasciste » au deuxième tour, même si, faute d’un programme commun, LFI ne gouverne pas avec ses alliés après les municipales. L’aveu est de taille : LFI, ne s’étant jamais désolidarisé de la Jeune Garde, pouponne « l’antifascisme » qui tue, en même temps qu’elle demande à « l’antifascisme » réflexe de la gauche une majorité propre à conserver des mairies et à décider qui a le droit de gouverner ou non.
Bompard prône la « fusion technique » par l’antifascisme
Les propos, la proposition, l’appel pressant, de Manuel Bompard, sont l’aveu d’une urgence. Il y a le feu à la baraque de la gauche française. « Je pense qu’il est de la responsabilité de la gauche de se rassembler au second tour », a-t-il affirmé, sans quoi l’addition sera lourde, les mairies vont tomber comme à Gravelotte. Alors, pour sauver les meubles, il ajoute : « On n’est pas toujours d’accord sur les propositions programmatiques qui sont faites, et donc ça veut dire qu’on ne s’engage pas à participer à la gestion de la ville aux côtés des autres. Mais ça veut dire qu’on organise en quelque sorte un front “antifasciste” au second tour de l’élection. C’est le principe de ce qu’on a appelé fusion technique. » Un terme du jargon politicien, « fusion technique » sert à faire avaler une réalité toute simple : des gens qui s’avouent sans projets ni principes communs s’allient pour garder leurs postes au nom d’une obligation morale bidon. No pasarán, y gardarem lou Plazam au chaud.
L’aveu de Jospin : l’antifascisme est du mauvais théâtre
On notera d’abord que Bompard donne dans la comédie, et une comédie pas neuve. Lionel Jospin, ancien Premier ministre socialiste et candidat à la présidence de la République avait eu un aveu tardif, après la présidentielle de 2002 où Jean-Marie Le Pen avait accédé au second tour : il n’y avait « jamais eu » de danger fasciste avec l’homme de la Trinité, et l’antifascisme agité pour le combattre relevait donc du théâtre. Et pourtant Lionel Jospin n’était pas un modéré radical-socialiste, il venait de l’OCI, l’organisation communiste internationale lambertiste, groupe trotskiste autrement extrémiste que Reconquête ou l’Action Française – quant au RN et Marine Le Pen et Bardella, n’en parlons pas ! Le fascisme monté en mayonnaise pour justifier l’antifascisme, celui qui tue dans la rue comme celui qu’on invoque dans les urnes, n’existe donc tout simplement pas.
A l’origine, c’est le PC qui décide ce qu’est l’antifascisme
Mais il est encore plus utile de préciser ce qu’est l’antifascisme auto-proclamé de Manuel Bompard, de la Jeune Garde, des « groupes d’auto-défense » antifascistes, des antifas. Certains à droite citent l’ancien Premier britannique Churchill : « Les fascistes de demain s’appelleront eux-mêmes antifascistes », et jugent que la phrase s’applique aujourd’hui à la Jeune Garde et à ses émules. C’est abusif, pour au moins deux raisons. La première est que les antifas se sentent et se veulent antifascistes, qu’ils haïssent et combattent ce qu’ils nomment fascistes. En pleine domination du ressenti existentialiste, il faut en tenir compte. Et surtout, si l’on s’intéresse aux faits plus qu’aux mots, par fasciste, on désigne le violent qui préfère l’action directe au vote démocratique. On dira donc des méthodes de sicaires, et si l’on se réfère aux années vingt et trente où la violence paramilitaire de toutes les couleurs envahit l’Europe, on notera que les antifascistes d’alors avaient déjà les mêmes méthodes, reçues du parti communiste, qui fut le premier à se lancer dans la violence de masse organisée.
L’antifascisme tue mais surtout il fait vivre et survivre
Cela précisé, la fusion technique antifasciste préconisée par Bompard commence à se préparer, et elle aura lieu, malgré les exhortations vertueuses d’un Faure et d’un Hollande, partout où la gauche pensera pouvoir sauver ses miches. Bruno Retailleau a dressé une première liste de 112 villes où le PS, les écologistes et le PCF ont décidé : ils s’allient dès le premier tour avec LFI. Ailleurs, dans le Sud-Ouest en particulier, de nombreux candidats encartés à LFI ou sympathisants se portent sans étiquette sur des listes dites « citoyennes ». Le tour de passe-passe est gros mais il marche toujours. Il arrive même qu’un insoumis fraîchement repeint en « sans aucun parti » mène la liste, comme Thomas Bouysonnie à Villeneuve-sur-Lot. Si demain Sarah Knafo déchire sa carte de Reconquête, deviendra-t-elle fréquentable pour Olivier Faure ? Dans la gauche française, la vie continue, simple et tranquille. La morale est un argument de campagne qu’on tire de son cabas ou qu’on y remet selon les nécessités du marché, avec les carottes et les poireaux. Depuis le meurtre de Quentin Deranque, Raphaël Arnault se tait, tandis que Panot, Mélenchon et les autres tressent sa louange en chargeant la victime de la responsabilité de sa propre mort. C’est à vomir, me direz-vous ? Vous êtes trop sensible. La gauche, elle, le moment venu, se résoudra à la fusion technique, les plus délicats en se bouchant le nez peut-être : c’est une question de survie.










