Bébés, bonne bouffe : la République nounou totalitaire

Bébés bouffe République totalitaire
 

L’augmentation continue des dépenses de l’Etat et du nombre de fonctionnaires alors que la dette commande des économies signale une chose : l’extension d’un domaine régalien en pleine mue. Si la police et la justice régressent dans les préoccupations et les budgets de la République, l’Education nationale depuis 1901, la santé et la sécurité sociale depuis 1945 en font partie désormais, et depuis le Grenelle de l’environnement, celui-ci régit toutes les politiques publiques. L’Etat materne les citoyens qu’il infantilise pour mieux les asservir à ses objectifs. L’actualités récente en fournit trois illustrations. La Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC) préconise une baisse de la consommation de protéines animales. Le ministre de la Santé va envoyer d’ici à l’été un message aux Français de 29 ans (?) pour relancer la natalité. Et l’Assemblée nationale vient d’adopter le 16 février une proposition de loi rendant « l’enseignement à l’alimentation obligatoire à l’école ». L’Etat transformé en nounou totalitaire nous apprend à faire des bébés et de la bonne bouffe.

 

Macron veut des bébés pour la République mais n’en fait pas

La natalité française est en berne, le phénomène n’est pas neuf mais s’aggrave, le solde naturel de la population est négatif depuis 2025, et l’on ne peut en vouloir à Emmanuel Macron d’appeler les Français au « réarmement démographique », mais en cette manière l’exemple vaut mieux que le prêche et le président n’y brille pas. Surtout, il n’a pas compris les causes profondes du phénomène, s’arrêtant à des considérations purement matérielles, logement, crèches, coût de la vie, quand les vraies raisons en sont la perte du sens, le massacre de la famille traditionnelle, le sentiment de devenir étranger et écrasé dans son propre pays. Le caractère administratif jusqu’à l’absurde du « plan national en 16 mesures » dont est issue la lettre aux gens de 29 ans montre ce décalage tragique. Pourquoi 29 ans, d’ailleurs ? Parce que c’était l’âge moyen de la première grossesse en 2023 – alors qu’un des moyens d’améliorer les choses serait de faire baisser cet âge. L’Etat va expliquer qu’il faut une bonne santé sexuelle et que l’horloge biologique de la femme n’est pas la même que celle de l’homme, etc. Comme s’il ne suffisait d’enlever les bambins à leur nounou pour leur donner cours d’éducation sexuelle, on fait des piqûres de rappel de Lapalissades aux trentenaires. L’Etat totalitaire donne dans le ridicule et le minuscule.

 

L’Etat nounou contre la mauvaise bouffe

Une fois qu’elle nous a dit comment et pourquoi faire des bébés, la République nounou nous dit ce qu’il faut manger. Trois ministères ont publié ensemble les recommandations de la SNANC le 11 février. Issue des propositions de la Convention citoyenne pour le climat, la SNANC trouve son fondement dans la loi Climat et Résilience de 2021, qui associe alimentation, nutrition et climat. « Cette stratégie nationale marque une nouvelle étape dans la transition vers un modèle alimentaire plus juste, plus sain et plus durable, en rassemblant pour la première fois les politiques de nutrition, d’alimentation et de climat au sein d’un cadre unique, cohérent et ambitieux ». Voici clairement exposé le rôle central de l’écologisme dans la république totalitaire.

 

Marcher, manger de la salade, boire de l’eau, la République pense à tout

Monique Barbut, Ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité, et des Négociations Internationales sur le Climat et la Nature l’explique : « Mieux manger, c’est agir pour la planète, notre santé, et soutenir une agriculture de qualité : en choisissant des produits locaux et durables, nous réduisons notre empreinte carbone, protégeons la biodiversité et valorisons le travail de nos agriculteurs. Avec cette stratégie, l’écologie s’invite concrètement dans nos assiettes. » Et Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, ajoute : « La prévention, c’est le cœur de notre action pour améliorer durablement la santé des Français. Agir sur les déterminants de santé, c’est agir pour prévenir l’apparition de la maladie. L’alimentation, l’activité physique ou encore la lutte contre la sédentarité sont des leviers puissants pour réduire les risques de maladies chroniques et préserver l’autonomie tout au long de la vie. Avec la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat, nous affirmons une ambition : permettre à chacun d’adopter des comportements favorables à sa santé, tout en protégeant notre environnement. »

 

L’obsession totalitaire de l’écologisme planétaire contre la viande

Tous ces ministres, et la SNANC, entendent faire notre éducation alimentaire, pour notre bien et celui de la planète. Jusque dans le moindre détail. Il nous faudra procéder à « une limitation de la consommation de viande et de charcuterie, ainsi que de poissons et produits laitiers » dans le cadre d’une alimentation fondée sur « une augmentation de la consommation de fruits et légumes, de légumineuses, de fruits à coque et de céréales complètes ». Pas moins ! L’obsession totalitaire se manifeste dans le détail des 14 « actions phares », comme celle-ci : « Encadrer réglementairement pour la première fois la qualité nutritionnelle des repas servis dans les établissements de la petite enfance, EHPAD, en cohérence avec les nouvelles recommandations nutritionnelles. » Ou celle-là : « Promouvoir les mobilités actives durables notamment pour les jeunes, intégrant la pratique de la marche et du vélo comme vecteur de bien-être physique et mental, dans une approche globale d’alimentation saine et de modes vie durables. »

 

L’Assemblée nounou veut former les bébés à la bonne bouffe

Hélas, il ne faut pas croire que cet élan totalitaire soit le seul fait d’une bureaucratie naturellement invasive ou d’un gouvernement qui vit en symbiose avec elle : le corps législatif y concourt, c’est tout le système des élites de la République qui y participe. Témoin cette proposition de loi sur l’éducation obligatoire à l’alimentation votée à l’unanimité. L’exposé des motifs dégouline de Lapalissades et de bons sentiments. La France, « où l’art de la table fait partie du patrimoine, où le repas est un moment de partage, de transmission et de culture (…) connaît aujourd’hui une crise aussi silencieuse que profonde : celle du rapport à l’alimentation. Près d’un adulte sur deux est en surpoids, et un sur cinq souffre d’obésité. En trente ans, ces chiffres ont doublé chez les adultes et quadruplé chez les 18‑24 ans. Ce bouleversement des habitudes alimentaires ne relève pas du hasard : il traduit une perte de repères, une méconnaissance croissante de ce que l’on mange, et une déconnexion grandissante entre alimentation, santé et environnement ».

 

La République dénonce le problème social de l’obésité

Et de poursuivre : « Les conséquences sanitaires sont majeures. L’obésité et les maladies associées, diabète, pathologies cardiovasculaires, troubles métaboliques, représentent un coût estimé à 125 milliards d’euros par an pour nos finances publiques. Mais au‑delà des chiffres, c’est la santé de toute une génération qui est en jeu. A huit ans, un enfant a déjà consommé davantage de sucre que ses grands‑parents en une vie. (…) Cette crise est aussi sociale et territoriale. L’obésité est quatre fois plus fréquente chez les personnes défavorisées, et les écarts entre catégories sociales se creusent : 1 % d’enfants obèses dans les familles de cadres, contre 6 % chez les ouvriers. » La mauvaise bouffe est un fléau social et civilisationnel.

 

La République totalitaire a produit les maux qu’elle demande à l’Education totalitaire de combattre

En conclusion, « l’alimentation ne peut pas se réduire à un acte biologique. (…) Elle dit quelque chose de notre rapport à la société, aux autres, à la nature et à nous‑mêmes ». Aussi faut-il « former nos enfants à comprendre ce qu’ils mangent, à connaître les saisons, les produits et les territoires. C’est leur donner les clés d’une autonomie éclairée et d’un rapport plus juste au monde. C’est aussi leur transmettre un savoir essentiel pour leur santé, leur avenir et leur citoyenneté ». Clap et musique de fin. Tout cela est assez vrai mais n’est pas du ressort de l’Etat – sauf un Etat totalitaire qui s’occupe de tout sauf de ce qui le regarde, ce que devient de plus en plus la République française. Cela relève des familles. Et la République, au lieu d’imposer l’éducation alimentaire à l’école, ferait bien de se demander si les « progrès » qu’elle a promus, fin de la famille traditionnelle, industrie agro-alimentaire, hyper-concentration urbaine, immigration de masse, etc., n’a pas contribué à détacher les enfants des saisons, des produits et des territoires.

 

Pauline Mille