Botanique : l’inclusion va exclure 200 noms de végétaux

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Erythrina Caffra

 

L’université et la recherche sont infestées d’idéologie arc-en-ciel, dont la propagande se fait dans les pays anglosaxons sous le sigle DEI : diversity, equity, inclusion, qu’il n’est pas nécessaire de traduire. Et l’arc-en-ciel pourchasse, en science, les noms qui s’opposent selon lui aux canons de sa morale sans frontière. Alors que le 20e congrès international de botanique se tient à Madrid jusqu’au 27 juillet, une motion a été votée pour exclure d’ici à 2026 de la nomenclature 200 noms de végétaux, plantes, algues ou champignons dont le nom est jugé « raciste ». Une commission va être nommée à cet effet, même si d’assez nombreux scientifiques déplorent le désordre inutile ainsi engendré. Ce n’est pas hélas une lubie isolée : l’an dernier, une astronome chilienne s’attaquait au navigateur Magellan, qui a donné son nom, en dehors du détroit qui sépare l’Amérique méridionale de la Terre de feu, à plusieurs objets astraux, à de nombreux végétaux dont un hêtre et un groseiller, à des oiseaux, et même à un canidé connu en Araucanie et en Patagonie.

 

L’origine ancienne de Diversity Equity Inclusion

Dès 2021, la NASA avait examiné la dénomination des objets stellaires « du point de vue de l’engagement pour la diversité, l’équité et l’inclusion ». Le mouvement DEI est parti du mouvement des droits civiques et de l’Affirmative action, terme popularisé par un Executive Order de John Kennedy, et la notion a été transplantée en France par la loi Pleven en 1972, qui, d’extension en extension, assimile à un racisme toute distinction opérée en raison de la nationalité, de l’ethnie, de la classe, de la religion, de l’âge, de la culture, du handicap, de l’orientation sexuelle, du genre, des opinions. Suivant le programme DEI, la NASA avait débaptisé la nébuleuse de planètes NGC2392 couramment appelée « Nébuleuse eskimo », et « Galaxie des sœurs siamoises » dans l’amas de galaxies de la Vierge. Thomas Zurbuchen, alors administrateur associé à la direction de la mission scientifique de la NASA s’en était expliqué sans ambiguïté : « Notre but est que toutes les dénominations s’alignent sur nos valeurs de diversité et d’inclusion, et nous allons y veiller activement avec la communauté scientifique pour y arriver. » Son appel a été manifestement entendu avant le congrès international de botanique de Madrid.

 

La botanique accusée d’être « raciste » 

Parmi les plantes débaptisées, on trouve les 150 espèces de l’Hibbertia, genre d’arbustes vivaces de la famille des Dilleniaceae, portant des fleurs jaunes à cinq pétales que l’on trouve en Australie, à Madagascar et dans les îles du Pacifique. Ici, comme dans le cas Magellan, c’est un homme qui est visé, Georges Hibbert, botaniste britannique dont la famille a fait fortune dans les plantations de sucre des Indes occidentales, autrement dit les Antilles, où travaillaient des esclaves. Une grande partie des autres est attachée à un nom commun, il s’agit de l’adjectif caffra (la nomenclature internationale en botanique est rédigée en latin). Plusieurs végétaux le portent, par exemple Erythrina Caffra arbre de la famille des légumineuses à la belle fleur rouge, Dovyalis Caffra arbrisseau épineux qui donne de petits fruits rouges savoureux et acides appelés communément Pommier Kei dans le Sud-Est de l’Afrique, ou Protea Caffra. Gideon Smith et Estrela Figueiredo, de l’université Nelson Mandela à Port Elizabeth en Afrique du Sud, ont demandé qu’elles soient débaptisées parce que le mot « caffre », en afrikaans « kaffer », aurait désigné les Noirs de manière péjorative pendant l’apartheid, il s’agit pour eux d’une « insulte raciste ».

 

Les noms de végétaux et la belle cafrine

Gideon Smith a exprimé sa satisfaction au Times : « Nous sommes contents de voir que plus de 60 % de la communauté mondiale des botanistes se soit exprimée en faveur de notre proposition. » Disons plus simplement une majorité des votants lors de la réunion de préparation du congrès. Mais sans préjudice du désordre que cette décision va jeter dans la nomenclature et de la précipitation qu’elle manifeste, c’est le principe qui paraît ahurissant. Doit-on modifier un outil scientifique parce que quelques individus concentrés sur leur propre nombril en font la demande ? En effet, le mot caffre a peut-être servi à désigner des Noirs avec mépris pendant l’apartheid, mais il est employé dans d’autres langues, et notamment en français, depuis fort longtemps sans aucune nuance péjorative, la Cafrerie désignant au XVIIème siècle le Nord-est de l’Afrique australe, et les Noirs de l’île de la Réunion manifestant aujourd’hui leur admiration pour une belle femme noire en la nommant « cafrine ».

 

Des négriers arabes à l’origine du « racisme » botanique ?

En encourageant l’obsession maladive de quelques-uns, l’université crée une nouvelle inégalité, au détriment de ceux pour qui cafre n’a jamais été une insulte. Qui plus est, les Afrikaners étaient en Afrique du Sud avant les « Cafres » (un peu dans la situation du premier occupant Kanak en Nouvelle-Calédonie) et n’ont jamais songé à mettre ces Noirs en esclavage, à la différence des négriers arabes de la côte est de l’Afrique qui ont inventé le mot, car le mot Cafir vient de Kafir, ou Koufar, qui signifie infidèle, dont se servaient les marchands d’esclaves musulmans pour désigner les hommes qu’ils vendaient et qui n’étaient pas convertis à l’islam. Une question très sérieuse se pose donc : doit-on supprimer l’adjectif « caffra » des plantes incriminées à cause du « Kaffer » de l’apartheid, qui dura quelques décennies, ou du Kafir de l’esclavage, qui dura des siècles ? Et pourquoi s’en tenir à la nomenclature latine ? Que faire de l’Hesperantha coccinea, sorte de belle iridacée incarnat qui ressemble à l’ixia en plus grand, que le vulgaire nomme « Lis des Cafres » ? Et pourquoi s’en tenir aux plantes ? Quid de l’Apus caffer, le martinet cafre, qu’on voit voler le soir au sud du Sahara ?

 

Passer les noms de végétaux au peigne fin : et les animaux ?

Mais même si l’on s’en tient au seul règne végétal, qui occupe les botanistes réunis cette semaine à Madrid, si l’on considère l’éventail des exigences morales DEI, et le très grand nombre des chercheurs ayant donné leur nom à une algue, un myxomycète, une angiosperme, une rosacée, un Boletus ou quelque lichen oublié, il est fatal qu’on tombe sur quelque brebis galeuse, comme on dit au RN. Et plutôt deux fois qu’une. Il ne doit pas manquer de mycologues grossophobes, de spécialistes islamophobes des sphaignes, de découvreur de solanacées transphobes, l’homme est faillible, prompt à offenser les minorités et lent à l’inclusion. Il va falloir passer tout ça au peigne fin. Cela prendra peut-être quelques décennies et rendra toutes les nomenclatures incompréhensibles mais la morale arc-en-ciel et l’inclusion seront sauves.

 

Pauline Mille