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Le gouvernement de Theresa May en crise après la démission fracassante de David Davis, ministre du Brexit et de Boris Johnson

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Trop, c’est trop. Ainsi que le clamait lundi matin le chef de file des partisans du Brexit au sein des Tories, Jacob Rees-Mogg, « Les rênes du Brexit ont été confiées à ceux qui n’ont jamais voulu partir ». C’est effectivement le cas du Premier ministre Theresa May, qui avait milité pour le maintien du Royaume-Uni dans l’UE pendant la campagne pour le référendum. En revanche, la nomination de David Davis au poste de ministre pour la Sortie de l’Union européenne, chargé de mener les négociations avec l’UE, avait manifestement pour but de rassurer les électeurs et de donner de la consistance aux mots de Mme May : « Brexit veut dire Brexit. » Après des mois marqués par les reculades devant l’intransigeance du négociateur de la Commission européenne, le Français Michel Barnier, plus soucieux de dissuader les prochains candidats à une sortie de l’UE que de rechercher un compromis mutuellement bénéfique, le Premier ministre avait réuni son gouvernement dans sa résidence de campagne de Chequers pour lui présenter son plan, préparé dans le dos de Davis. Un plan que le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson, qui avait lui aussi milité pour le Brexit avant le référendum, qualifia pendant la réunion de « turd », c’est-à-dire de « merdique », pour dire les choses crûment. Boris Johson a démissionné a son tour, lundi après-midi.
 

Le nouveau plan de Theresa May, entre abdication et trahison, fait partir Boris Johson

 
Ce plan, c’est une nouvelle version de l’union douanière dont Mme May avait assuré ne pas vouloir mais qu’elle re-propose régulièrement sous une nouvelle forme. La nouvelle proposition du Premier ministre, censée être désormais la base de négociation du Royaume-Uni, c’est d’adopter les règles de l’UE pour les biens et les produits agricoles, et donc de conserver tout « l’acquis » communautaire, et d’accepter que lorsque le Parlement britannique refusera certaines règles du Marché unique, cela pourra avoir des conséquences sur l’accès des produits britanniques au marché européen. Cela veut dire que, dans les faits, Westminster, soumis comme tous les parlements à la pression des lobbies, ne refusera jamais aucune règle européenne et la souveraineté du Royaume-Uni restera très relative. Pour préserver la libre circulation des biens et l’absence de frontière en Irlande, Mme May remet en outre sur la table son idée de prélever les droits de douanes pour le compte de l’UE aux frontières du Royaume-Uni avec les pays tiers. C’était un des éléments essentiels de son « nouveau partenariat douanier » déjà rejeté par les partisans du Brexit au sein de son gouvernement et de son parti et moqué par le négociateur européen Michel Barnier.
 

David Davis claque la porte : il n’ira pas négocier le Brexit à Bruxelles sur la base du plan proposé par son Premier ministre

 
Dimanche peu avant minuit, un peu plus de 48h après que Mme May eut créé l’illusion d’avoir obtenu l’adhésion de son gouvernement autour de son plan, son ministre pour le Brexit a jeté l’éponge, refusant d’aller négocier à Bruxelles avec de telles propositions. Il a été immédiatement suivi par deux secrétaires d’Etat, ce qui alimentait lundi les spéculations sur d’autres démissions possibles, dont celle du ministre des Affaires étrangères qui serait sans doute un coup fatal pour Theresa May. Au Parlement, le Conservateur Jacob Rees-Mogg, qui est à la tête d’un groupe d’une soixantaine de députés pro-Brexit, a déjà annoncé qu’il voterait contre le plan du Premier ministre.
 
C’est une séance houleuse au Parlement puis avec les députés de son parti qui attendait Theresa May lundi. Son poste est clairement dans la balance aujourd’hui, même si Dominic Raab, qui a accepté de remplacer David Davis, a lui aussi fait campagne pour le Brexit avant le référendum. La lettre de démission de Davis, par laquelle il accuse les choix politique du Premier ministre de rendre improbable un Brexit conforme à la volonté des électeurs exprimé dans le référendum de 2016 et conforme à ses promesses, enlève malgré tout beaucoup de sa crédibilité à Theresa May.
 

Olivier Bault