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Brexit : l’ancien commissaire Peter Mandelson conseille l’UE en vue d’empêcher la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne

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Peter Mandelson – pardon, Lord Peter Mandelson puisqu’il a été fait baron – est à la fois un travailliste de stricte observance, qui a commencé sa carrière politique au Royaume-Uni à la Ligue des jeunes communistes, ancien ministre et ancien commissaire européen, et richissime « conseiller » en affaires globales. C’est lui qui a été sollicité pour conseiller, bénévolement dit-on mais surtout secrètement, Jean-Claude Juncker et son équipe pour affiner leur stratégie de communication destinée à empêcher le Brexit. La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne est perçue comme possible depuis que Cameron s’est vu électoralement contraint à promettre un référendum. L’ancien ministre travailliste est à la tâche depuis près d’un an, d’après le Telegraph qui publie des documents exclusifs sur la mobilisation de Mandelson au service de Bruxelles, lui qui a lancé l’an dernier la campagne « British Influence » pour assurer le maintien du Royaume-Uni dans l’UE.
 
La Commission de Bruxelles est en lien étroit avec Peter Mandelson depuis une première rencontre à cette fin du travailliste avec Martin Selmayr, chef de cabinet – ou plutôt l’ombre du président Juncker – en septembre dernier. Dès novembre, dans une lettre obtenue par le Telegraph, il écrit : « Vous avez mentionné que vous seriez heureux que je puisse collaborer avec vous au moment où vous développez la communication de la Commission en direction (mais pas uniquement) du public britannique. » Et se dit « évidemment très heureux de donner suite ». Maldelson ajoute qu’il avait un peu plus tôt « parlé sur le thème de la reconnexion entre l’Europe et ses citoyens à la demande de Romano Prodi », et qu’un nouveau rendez-vous devait avoir lieu en décembre 2014 pour « discuter avec des amis et des collègues de la manière d’approcher un éventuel référendum britannique sur l’appartenance à l’UE ». Tout en notant qu’il est encore un peu tôt pour une rencontre.
 

Peter Mandelson en lien avec Martin Selmayr, très proche de Juncker, pour promouvoir l’UE

 
Au mois de juin, une lettre de Selmayr, par qui tout passe à la présidence de la Commission, salue « Dear Peter » et le remercie de venir parler à l’équipe de porte-paroles de l’organisme bruxellois.
 
« Vous êtes toujours une inspiration, un modèle d’action politique et de communication efficaces. (…) Il est bon de compter sur vous. »
 
Que des commissaires et d’anciens commissaires européens s’entendent ainsi pour faire avancer leur projet, cela n’a somme toute rien d’étonnant. Plus invraisemblable, cette assurance de la part d’un porte-parole (encore un) selon laquelle Lord Mandelson « ne conseille pas la Commission en matière de communication ». Ah bon ? « Il n’a pas été payé. Les visites ont été rendues publiques par le biais du site “transparence” de la Commission européenne », a-t-il ajouté.
 
Le site de la transparence est par . Un océan de données récentes ou archivées, mais de date récente : il faut n’avoir rien d’autre à faire pour trouver une information aussi pointue. Ce n’est pas mon cas. Passons…
 

La Commission européenne fait sa propagande pour contrer le Brexit

 
Ce qui frappe beaucoup plus, c’est le parcours de Peter Mandelson. Fasciné par les idées de gauche, il faisait partie de l’importante délégation britannique qui a rejoint le Festival mondial de la jeunesse et des étudiants à La Havane, en 1978. L’événement, organisé par l’Union soviétique, devait rassembler plusieurs figures actuelles du Parti travailliste. Il s’y est distingué avec quelques autres en empêchant le vote d’une résolution sur la jeunesse dans les pays capitalistes présentée l’Union soviétique, mais au demeurant il est resté résolument à gauche – de cette gauche qui, comme au fond le communisme soviétique, travaille main dans la main avec « le grand capital ».
 
L’engagement de Mandelson au parti du Labour révèle ses talents de communicant, et se montre d’emblée favorable aux différentes étapes de l’unification européenne et se rapproche de Tony Blair, qu’il conseillait au moment de son accession au pouvoir en 1997. Il devient aussitôt ministre sans portefeuille et se voit attribuer la responsabilité du Travail et de l’Industrie en 1998. Après diverses péripéties le voici, en 2004, nommé à la Commission de Bruxelles au titre du Commerce. A ce moment-là ses liens avec le monde du commerce international sont déjà solidement établis : peu avant sa prise de fonctions comme commissaire européen, il fêtait le Nouvel An sur le yacht de Paul Allen, cofondateur de Microsoft alors en délicatesse avec l’Union européenne. Jusqu’en 2008, il se distingue à Bruxelles comme un partisan inflexible du libre-échangisme mondial, notamment avec la Chine qu’il défend en pleine crise du lait frelaté, et avec la Russie. On ne sait pas si les vacances passées sur un yacht avec l’oligarque russe Oleg Deripaska à l’été 2008 y sont pour quelque chose : Mandelson assure que la décision de réduire fortement les droits douaniers sur l’aluminium, fort intéressante pour son hôte, n’a rien à voir.
 

Peter Mandelson, l’homme qui conseille l’Union européenne pour empêcher la sortie du Royaume-Uni : gauchisme et libre-échangisme

 
De retour à Londres, Mandelson rejoint le cabinet du travailliste Gordon Brown, obtient le titre de baron et le poste de secrétaire au « Business » et – tout comme Sarkozy en France – s’engage pour la protection des droits d’auteur sur Internet.
 
L’échec du Labour en 2010 le libère pour de nouvelles aventures. Fabuleusement riche désormais – Mandelson a acheté une demeure valant plus de 7 millions de livres – il fonde et devient président d’une société de conseil qui soutient les entreprises mondialistes, Global Counsel. Le site de l’organisation est aussi discret que peu fourni, mais on sait que les actifs de l’entreprise ont atteint près de 600.000 livres dès sa première année d’activité. Qui en sont les clients ? Global Counsel dévoile le moins possible ses activités mais British Petroleum en ferait partie, ainsi que Asia Pulp and Paper qu’il aide à vendre sa production en Europe occidentale, et des proches de Poutine, membres de l’oligarchie russe.
 
Bref, c’est une affaire qui marche et montre l’importance des liens entre les grosses affaires qui profitent de la globalisation et les hommes politiques qui connaissent, voire qui tirent les ficelles. Immanquablement, Mandelson est régulièrement invité par le groupe Bilderberg et présent au Forum économique mondial de Davos.
 

Ancien commissaire européen, ancien ministre travailliste, richissime homosexuel de gauche

 
Il n’est pas inutile de préciser que Peter Mandelson a eu plusieurs partenaires masculins : son homosexualité a été plusieurs fois révélée à la presse alors qu’il ne tenait pas à cet outing. Son compagnon actuel – et de longue date – est le Brésilien Reinaldo Avila da Silva avec qui il a été invité en son temps à passer la nuit à Chequers, résidence secondaire du Premier ministre, par Tony Blair.
 
Bref, le conseiller de Juncker et le promoteur de l’Union européenne a un parcours sans faute en matière à la fois de gauchisme, de libre-échangisme mondialiste et d’engagement LGBT.
 
Trevor Phillips, figure des organismes pour l’égalité raciale, travailliste lui aussi et membre de la délégation britannique à la fameuse réunion de Cuba aux côtés de Mandelson en 1978, était un grand admirateur de cet homme dont « le seul objectif est d’établir un gouvernement Labour qui s’attelle à mettre fin à la l’inégalité et à la pauvreté », comme il l’écrivait en 1997.
 
La conclusion de sa tribune (louangeuse) publiée par The Independent mérite d’être citée : « S’il y a un parallèle historique pour Peter Mandelson, c’est bien Robespierre, l’architecte de la Terreur. Sans son zèle et sa passion froide au service du droit du peuple français, l’Ancien Régime se serait quasi certainement réaffirmé d’une façon ou d’une autre. Sa défense des idéaux de la Révolution était absolue et immuable. Cela ne lui a pas valu d’amis, et en fin de compte cela l’a englouti. Il serait tragique que le parti travailliste en fasse de même pour l’architecte de sa propre révolution. »
 
C’est aussi de cette manière qu’on fait avancer l’Europe.
 

Anne Dolhein