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Le Brexit selon Theresa May : libre-échangisme forcené

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Le nouveau Premier ministre britannique, Theresa May, la pro-européenne préposée à la négociation de la sortie le Royaume-Uni de l’Union européenne, commence à dévoiler son plan d’action pour le Brexit. Son objectif tient en quelques mots : libre-échangisme forcené. Les Britanniques sortiront peut-être de l’UE mais ils n’échapperont pas au globalisme, quoi qu’il arrive. Il appartiendra à sa nouvelle équipe de mettre cela en œuvre.
 
Theresa May s’est vite débarrassée du chancelier de l’échiquier, George Osborne : son successeur Philip Hammond s’engagera résolument dans une logique plus socialiste. Rompant avec « l’austérité » imposée par Osborne, il a laissé entendre qu’il s’engagerait dans une politique d’emprunts massifs pour investir dans les infrastructures pour relancer l’économie. Il a imputé d’ailleurs la cause de ces nouveaux endettements au vote des Britanniques en annonçant que le gouvernement de Theresa May « empruntera et investira avec sagesse » après le « choc » causé par le Brexit.
 

Quitter l’Union européenne pour aller vers plus de libre-échangisme

 
Les négociations de sortie seront semble-t-il parcellaires. Le Royaume-Uni souhaite retrouver l’entier contrôle de ses frontières tout en gardant l’accès au marché unique. C’est ce qu’a indiqué David Davis, nouveau secrétaire d’Etat pour le Brexit, fidèle à une tradition d’appartenance modulable qui a déjà assuré au Royaume-Uni un statut privilégié au sein de l’Union européenne, tradition qui n’a pas suffi cependant à convaincre le peuple britannique de l’intérêt d’y rester.
 
Mais il est vrai que Theresa May a pris possession de son nouveau portefeuille en indiquant qu’elle serait le Premier ministre de tous les Britanniques et de la « diversité », autrement dit : elle ménagera les désirs des quelque 48 % désirant « rester ». Cela annonce bien des petits arrangements.
 
David Davis a pour sa part indiqué que le Royaume-Uni commencera le processus de désengagement de l’article 50 avant la fin de 2016, non sans avoir consulté les administrations de l’Écosse, du pays de Galles et de l’Irlande du Nord, ainsi que des associations professionnelles et les syndicats. Manière de tempérer le vote pro-Brexit ?
 

Brexit : Theresa May a choisi la fuite en avant

 
La sortie définitive de l’Union européenne interviendra au plus tard en décembre 2018, a-t-il indiqué. Elle se fera, espère-t-il, dans le cadre d’un accord avec l’UE sur le modèle de celui qui existe déjà avec le Canada, fondé sur l’absence de droits de douane pour les biens mais un droit de contrôler la circulation des personnes, afin de maîtriser le flux migratoire depuis les pays membres de l’Union.
 
Parallèlement, le Royaume-Uni cherchera à établir de nouveaux accords de libre-échange « aussi vite que possible avec les marchés potentiels les plus importants ». David Davis souhaite également « accélérer » l’adoption du Traité transatlantique (TTIP) avec les États-Unis. Ce que l’on défait d’un côté, on le refera de l’autre : est-ce simplement une manière de redessiner la régionalisation du monde, un changement de point d’ancrage ou de point d’équilibre ?
 
Dans l’esprit de David Davis, il s’agit en tout cas de donner une nouvelle impulsion aux accords commerciaux avec le reste du monde, avec une priorité pour la Chine, les États-Unis, le Canada et Hong Kong. Viendraient ensuite l’Australie, le Brésil, l’Inde, la Corée du Sud, le Japon, le Mexique et l’Afrique du Sud.
 
Lorsqu’on sait que les traités en cours d’adoption, tels le TTIP ou le Partenariat transpacifique, tout comme l’Union eurasiatique ou l’Union africaine, répondent à une logique très semblable à celle de l’Union européenne, on se demande si les Britanniques ne vont pas tomber de Charybde en Sylla.
 

TTIP, Chine, Afrique du Sud : libre-échangisme tous azimuts

 
Le projet de David Davis de « sevrer progressivement » les agriculteurs et les pêcheurs britanniques des subventions européennes, en mettant en place des subventions directes de la part du gouvernement britannique montre certes une volonté de rompre avec la bureaucratie de Bruxelles, mais on reste dans une logique dirigiste qui cadre bien avec le globalisme.
 
Le Royaume-Uni profitera-t-il financièrement du Brexit ? David Davis en est convaincu : il prévoit les premières retombées d’ici à la fin de 2018. Mais dans le système libre-échangiste à outrance qui a sa faveur, rien ne dit que les emplois des Britanniques en tireront les dividendes.
 
De son côté, Boris Johnson, nouveau secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, entend « redessiner le profil global et l’identité du Royaume-Uni ». Mais le porte-drapeau du Brexit veut « intensifier » la relation de son pays avec le continent au cours des mois et années à venir. « A propos de l’Europe, nous devons clairement donner effet à la volonté du peuple exprimé par referendum. Mais cela ne signifie d’aucune manière qu’on quittera l’Europe. Il y a une différence massive entre le fait de quitter l’UE et [notre vision de] nos relations avec l’Europe qui seront plutôt intensifiés et construites à un niveau inter-gouvernemental », a-t-il déclaré.
 
Bref, on fera la même chose, mais un peu différemment.
 

Anne Dolhein