Canada : une euthanasie express approuvée à la va-vite sur un trottoir entraîne des sanctions très modérées

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On aurait pu en faire une vidéo façon sketch pour dénoncer l’euthanasie légale, mais l’histoire vraie qui est arrivée au Canada dépasse tout ce qu’on peut imaginer dans la dérive de cette pratique, au pays qui possède l’une des lois les plus libérales au monde sur « l’aide médicale à mourir » (AMM ou MAID en anglais). C’est au terme d’un entretien express sur le trottoir devant un café de la chaîne Tim Hortons qu’un médecin canadien, James MacLean de London, Ontario, a euthanasié en 2024 un homme de 45 ans souffrant de la maladie de Crohn et de dépression. Il n’était pas du tout en fin de vie mais éligible, selon le médecin, à la procédure « AMM Volet 2 » autorisée pour les personnes dont la mort n’est pas « raisonnablement prévisible » mais qui souffrent de manière « intolérable » du fait d’une « affection grave et incurable ».

Ledit médecin est aujourd’hui sous surveillance pour plusieurs cas d’euthanasie menés de manière contestable. On dira que cela prouve que l’affaire constituait un simple abus et que la loi n’est pas aussi mauvaise qu’elle en a l’air. Mais les sanctions imposées sont minimes, et le cas de cette euthanasie express montre à quel point les prétendues sauvegardes sont essentiellement décoratives.

 

Au Canada, rien n’empêche a priori une euthanasie express

L’homme de 45 ans qui a été euthanasié en un temps record, Thomas Dillon, souffrait d’une maladie inflammatoire des intestins, assortie de complications avec sa poche de colostomie, toutes chose qui l’empêchaient d’avoir une vie sociale normale. Il avait du mal à conserver un emploi stable et dépendait de sa famille pour son logement et sa subsistance, et avait présenté des épisodes de maladie mentale assortis de pensées suicidaires ; il abusait régulièrement d’alcool et d’opioïdes de telle sorte qu’il avait perdu son permis de conduire.

Thomas Dillon n’avait pas pensé tout seul à l’aide médicale à mourir : cette « option » lui avait été présentée lors d’une évaluation psychiatrique. C’est alors qu’il a rencontré le Dr MacLean , qui a aussitôt évalué, entre deux portes en quelque sorte, sa demande d’euthanasie confirmée par un infirmier dans des conditions au sujet desquelles il n’y a pas de détails. Puis le médecin et son patient ont échangé de nombreux textos de nature très personnelle dans lesquels Dillon évoquait notamment l’opinion de sa famille sur l’aide médicale à mourir. Celle-ci n’a été consultée à aucun moment, alors même que son opposition à l’euthanasie du patient était connue.

Comme Dillon refusait de monter en voiture avec sa sœur devant le café où le médecin et son patient s’étaient de nouveau retrouvés le jour J, c’est le Dr MacLean lui-même qui a décidé de conduire son malade au lieu d’exécution de l’aide à mourir. Selon le journal The Globe and Mail qui a eu accès au dossier, il s’agissait d’un établissement de type industriel où l’on prépare les corps en vue des obsèques, en clair : une morgue.

 

La famille d’un malade euthanasié à la va-vite réclame des sanctions

La famille du défunt ayant publiquement accusé le médecin, celui-ci a fait l’objet d’une enquête indépendante qui a mis au jour non seulement son manque répété de respect des pratiques déontologiques de sa profession, mais aussi cinq autres cas d’euthanasie sur vingt exécutés de manière douteuse.

Dans une de ces affaires, un homme malade du cancer avait renoncé à la procédure du consentement final permettant de se faire euthanasier dès lors que sa fin naturelle serait « raisonnablement » prévue, même en l’absence de capacité de donner son consentement au moment de la mort. Il était inconscient lorsque MacLean vint administrer l’« aide médicale à mourir » ; le médecin lui donna un sédatif, puis du propofol qui induit des comas et, à haute dose, fait cesser la respiration, mais il omit de lui donner un médicament paralysant qui empêche la respiration, parce qu’il n’en avait pas dans son kit d’euthanasie. Ayant constaté qu’il n’entendait plus le cœur du malade, il l’avait déclaré mort et avait quitté la maison, mais ses proches devaient constater que le patient recommençait à respirer. MacLean, rappelé sur la scène, ajouta des doses des médicaments initiaux, accompagnés cette fois de l’agent paralytique et, de nouveau, constata la mort du patient. Il devait se défendre en expliquant qu’il avait été appelé en urgence pour cette aide à mourir et que le patient était entouré de nombreux proches, parmi lesquels la tension était palpable.

 

Sanctions minimes pour un médecin qui euthanasie en dehors des règles

Depuis lors, le médecin a comparu devant le comité des plaintes du Collège des médecins et chirurgiens de l’Ontario pour s’y voir adresser une « mise en garde » verbale. On lui a notamment reproché de n’avoir pas choisi un lieu plus confidentiel et conforme à la gravité de la décision à prendre pour approuver l’euthanasie de son malade – pas la décision en elle-même. Il a accepté une surveillance de sa pratique clinique pendant six mois au moins. Son engagement comprend la surveillance des dossiers médicaux de ses patients AMM (aide médicale à mourir), une formation spécifique portant sur le consentement, la consignation des détails de chaque cas, les frontières professionnelles et le comportement professionnel. Mais rien, absolument rien ne l’empêche de continuer à pratiquer des euthanasies. Tout au plus risque-t-il une action de la part du Collège si les six mois de surveillance ne sont pas satisfaisants.

Il faut noter la réaction inquiète du Dr Ramona Coelho, ancien membre du bureau du coroner en chef du comité de suivi des morts par AMM de l’Ontario : « Ce qui est frappant, ce n’est pas seulement la gravité des problèmes identifiés dans ces affaires, mais la réponse réglementaire limitée. »

La réponse à des pratiques singulièrement scandaleuses montre en effet qu’en matière d’aide médicale à mourir, les autorités sont prêtes à laisser passer beaucoup d’irrégularités. Leur indulgence est bien le signe que l’objectif recherché est l’accès facile à la mise à mort par un médecin compréhensif, et non un encadrement strict dont l’évocation sert surtout à faciliter l’adoption des lois d’euthanasie.

 

Jeanne Smits