Le cardinal Fernandez a racheté et détruit son livre scandaleux – mais il y a d’autres écrits aux relents érotiques

cardinal Fernandez détruit livre
 

Dans un entretien accordé à OSV News (Our Sunday Visitor, revue catholique américaine fondée en 1912) le 5 février, le cardinal Victor Manuel Fernandez a déclaré que son scandaleux livre La Pasión mística, spititualidad y sensualidad pouvait être considéré comme « inconvenant… selon les normes actuelles » et qu’il avait « racheté les quelques exemplaires disponibles en librairie pour les détruire ».

Les trois derniers chapitres du livre analysent longuement « l’orgasme » et son « rapport à Dieu » ; un autre passage raconte une « rencontre passionnée avec Jésus sur la plage » prétendument relatée par une adolescente de 16 ans, décrivant des caresses et des baisers sur la bouche.

Il se trouve que deux victimes d’abus de la part de prêtres, sans accuser le cardinal lui-même, ont pris contact avec OSV peu après la mise au jour de ce livre dérangeant, en expliquant qu’ils avaient été « troublés » par sa lecture ; l’une d’elles a qualifié le livre d’« absolument nauséabond ».

 

Le cardinal Fernandez a détruit le livre qui gênait son ascension

Le cardinal, à qui le texte complet des réactions de ces deux femmes a été soumis, a répondu qu’il s’était rendu compte lui-même il y a 25 ans, quelques mois après la publication du livre en 1998, de son inconvenance, et qu’il avait ordonné son retrait : « Il me semblait qu’il n’avait pas l’utilité que j’avais imaginée, et qu’il pouvait semer la confusion chez des très jeunes ou les très vieux. »

On a su par la suite que ses déboires avec la Congrégation pour la Doctrine de la foi au moment où le cardinal Bergoglio voulait le nommer recteur de l’Université catholique d’Argentine en 2009 étaient liés à ce livre.

« C’est pourquoi je regrette que les secteurs ultra-conservateurs qui ne m’acceptent pas aient utilisé ce livre et l’aient largement diffusé. Cela est totalement contre ma volonté et ne fait aucun bien. Aujourd’hui, j’écrirais quelque chose de bien différent », s’est-il plaint à OSV.

Il a ajouté que l’histoire de l’adolescente de 16 ans était bien le récit d’une personne qu’il connaissait mais qu’il n’avait pas voulu donner son âge véritable afin qu’elle ne puisse être identifiée dans la petite paroisse dont il était le curé à l’époque.

Dossier clos ? Pas vraiment… Alors que « Tucho » Fernandez a voulu minimiser l’affaire de son livre en le reléguant au statut d’œuvre de jeunesse (écrit à 38 ans tout de même – un Mozart est mort à 35 ans), reniée au demeurant, on a découvert d’autres œuvres qui révèlent de la part de l’actuel préfet de la doctrine de la foi une certaine constance de cette ligne « théologique » pour le moins surprenante.

 

Une ligne constante découverte dans des livres et essais postérieurs

Il s’agit de livres et d’essais théologiques postérieurs à 1998, compulsés par La Nuova Bussola. On rencontre plusieurs fois ce rapprochement entre le plaisir charnel suprême et l’union mystique, et dans un écrit de 2004, une insistance sur le ressenti de chaque organe « sans juger si ses sensations sont bonnes ou mauvaises mais en essayant que cet organe se relaxe et se repose ».

Un autre essai publié en 2002, ¿Por qué no termino de sanarme? (« Pourquoi je n’arrive pas à me guérir ? »), contient un chapitre intitulé « Quand la sensualité m’embrouille ». Le futur cardinal y parlait de la sensualité éveillée par certains corps dès lors qu’ils portent « des vêtements adéquats, qui accentue les formes intéressantes, selon les corps ». Ainsi, écrivait-il, « la sensualité des épaules et des bras bronzés s’accentuent en utilisant une chemisette » ; « le cou dénudé se révèle plus sensuel si on porte une chaîne ». « Si à cela nous ajoutons une certaine dose d’imagination de la part du spectateur, en un moment d’insatisfaction, quand il a besoin de s’exciter ou de jouir de quelque chose, alors un corps peut apparaître comme quelque chose d’impressionnant, de merveilleux, de basique », ajoutait Tucho, en des termes décidément très personnels.

Curieux langage, pour un homme de Dieu !

 

Jeanne Smits