Ils étaient venus, ils étaient tous là. Tous les Tartuffe, tous les bourgeois faussement gentilhommes, toutes les précieuses vraiment ridicules, toutes les femmes si peu savantes, tous les fâcheux, tous les Trissotin, il n’en manquait pas un, l’Avare lui-même était représenté par une brochette de producteurs. Le petit monde du spectacle parisien et des centres dramatiques subventionnés se congratulait l’autre soir en se remettant des statuettes, tout en tenant une sorte de meeting arc-en-ciel. Le conformisme a menacé très tôt la cérémonie des Molière, comme celle des César ou des Oscar, les saltimbanques aimant les honneurs et les idées rassurantes. Mais, en 1987 pour la première édition qu’animait François Périer, on ne faisait pas que de la politique, on s’intéressait un peu au théâtre (même si Claude Rich, Jacques Dufilho, Michel Bouquet et Michel Serrault, tous en compétition, furent battus par Philippe Clévenot). Aujourd’hui ce qui frappe, ce ne sont pas les cibles désignées au mépris du public, les Blancs hétéro, Bolloré, Alloncle, l’extrême-droite, c’est le caractère mécanique des rires et des applaudissements. Les grosses ficelles des animateurs font penser à Guignol, mais il manque la spontanéité des enfants. Cela rappelle plutôt les parades parfaitement réglées sur la place Tien-An-Men, du temps du regretté président Mao. Les militants sont à l’honneur.











