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DRAME HISTORIQUE Cézanne et moi ♠


 
Cézanne et moi a pour objet central l’amitié, sur plusieurs décennies, entre l’écrivain Emile Zola et le peintre Paul Cézanne. Cette amitié, remontant aux années communes de collège à Aix-en-Provence, a été rompue brusquement suite à la parution du roman de Zola l’Œuvre (1886), décrivant le destin d’un artiste raté, odieux envers son entourage et suicidaire. Cette rupture est mise en valeur dans l’intrigue. Zola a-t-il effectivement transposé de manière trop visible les mésaventures de son ami Cézanne, qui n’a en effet été reconnu que très tardivement, ou le peintre a-t-il eu la faiblesse et le manque de discernement de se reconnaître, à tort, dans un ouvrage de pure fiction ? Il y a certainement du vrai dans les deux hypothèses. Le problème est que pour reconstituer la vie de Cézanne, les scénaristes ont transposé des passages entiers de l’Œuvre, traitée en biographie fidèle du peintre. Or si la délicatesse n’a certainement pas été la qualité majeure de Zola, il n’avait tout de même été aussi grossier envers un vieil ami.
 
Cézanne et moi cumule tous les défauts du téléfilm de la télévision française publique d’aujourd’hui. La politique, sous le prisme de gauche, n’est jamais loin : le collégien Zola, demi-italien par son père, aurait été victime de la xénophobie des autres collégiens, et sauvé d’une agression collective par le jeune Cézanne, ouvert précocement au migrant…Cette scène plus que douteuse historiquement sent la lourde propagande ; et comme explication fondamentale d’une amitié durable, elle est ridicule. La dimension historique est systématiquement approximative.
 

Cézanne et moi : un ratage complet

 
Les caractères manquent complètement de subtilité. Zola est traité en saint laïque, témoignant d’une patience véritablement angélique, incompréhensible, face à Cézanne absolument insupportable. Cézanne est brossé à gros traits comme un personnage de roman de Zola, nul, cumulant donc tous les défauts, capricieux, instable, prétentieux, sale, alcoolique, obsédé sexuel, absolument odieux envers autrui, y compris ses rares amis ou sa compagne et mère de son enfant. Il avait effectivement refusé de l’épouser durant plus de quinze ans, attitude particulièrement scandaleuse moralement et socialement à son époque. La grossièreté à l’écran est insupportable, particulièrement quand elle afflige systématiquement tout le film. Il est possible que les dialogues de Zola et Cézanne n’aient pas toujours été élégants, mais s’exprimaient-ils toujours, ou quasiment, de manière ordurière? Il y a quand même lieu de supposer que non.
 
L’art de peindre de Cézanne est très peu montré, ce qui est un comble. Les magnifiques paysages de Provence, les panoramas uniques de la Sainte-Baume ou les côtes de l’Estaque, sont trop peu filmés, et jamais dans leur ampleur, ce qu’aurait pu apporter précisément le cinéma. Cézanne et moi est donc un ratage complet.
 

Hector JOVIEN

 
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