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La Chine ne craint pas la chute de sa population active, selon des démographes officiels

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La Chine peut être tranquille pendant les trente années à venir puisque ce n’est pas dans cet avenir proche qu’elle risque de souffrir d’une pénurie de main-d’œuvre, ont déclaré des démographes officiels de ce pays communiste mercredi dernier. Des déclarations dont l’objectif est de rassurer semble-t-il, alors que les mesures prises depuis 2016 pour faire augmenter une natalité en berne et pour contrer les nombreux effets pervers de la politique de l’enfant unique ont manifestement échoué. Elles visaient à faire augmenter la population active de la Chine – eh bien, comme cela ne se produit pas, on affirme que le problème n’existe pas.
 
Selon le bureau national des statistiques, 17,23 millions d’enfants sont nés en 2017, soit 630.000 de moins qu’en 2016, malgré la possibilité pour les couples chinois d’accueillir un deuxième enfant. Une tyrannie maquillée en droit puisque le contrôle de la population reste d’actualité et que les contrevenants continuent de risquer stérilisations et avortements forcés, amendes et vexations.
 

La chute de la population active n’est pas un problème, selon des démographes

 
Le nombre des naissances de deuxième rang – on a compté 8,83 millions de deuxièmes enfants en 2017, soit 51,2 % du total et 11 % de plus que l’année précédente – manifeste l’efficacité de la mesure, selon le directeur du département population et emploi de l’office national des statistiques chinoises. Mais Li Xiru a bien dû reconnaître que les naissances de premier rang étaient à la baisse en 2017 : 7,24 millions en 2017, cela représente 2,49 millions de premières naissances de moins qu’en 2016.
 
La raison en est terrifiante sur le plan démographique : la Chine compte de moins en moins de femmes d’âge fertile, la baisse étant particulièrement forte chez les femmes de 20 à 29 ans, les années les plus fécondes. En 2016, leur nombre a chuté de près de 6 millions. Globalement, le nombre des femmes en âge de procréer (15 à 49 ans) a rétréci de 4 millions en 2017.
 
L’article ne le dit pas, mais cela est dû à la politique de l’enfant unique qui a fait diminuer le nombre des naissances depuis 1980, et plus encore celui des naissances de filles du fait de la sélection prénatale : il manque 30 millions de femmes victimes de l’avortement massif des filles à naître.
 

La Chine compte de moins en moins de femmes en âge de procréer

 
Un chercheur chinois en économie domestique, Gan Li, précise cependant que les femmes nées après 1990, qui ont le plus de chances actuellement de donner naissance à leur premier enfant, sont moins enclines à donner la vie en raison du coût élevé du logement et de l’entretien d’un enfant.
 
Cela n’empêche pas le démographe Yuan Xin de l’université de Nankai d’assurer que la Chine n’a rien à craindre parce que sa population active (15 à 59 ans) dépassera toujours les 700 millions jusqu’aux années 2050, et ce malgré le déclin entamé après le pic de 2013, où elle s’établissait à quelques 940 millions. Pour lui, le problème est plutôt celui d’une formation inadéquate de futurs cadres et employés intermédiaires.
 
Gan Li est moins optimiste : alors que le taux de fécondité chinois tourne entre 1,5 et 1,6 enfants par femme, la « ligne rouge », il est tout de même urgent de stimuler la natalité selon lui, étant donné que la population se rétrécit de 800.000 unités (on ne parle pas d’âmes à propos de la Chine communiste !) par an et que par ailleurs elle vieillit, alourdissant la charge sur ceux qui travaillent.
 

Ne pas craindre la chute de la population active – qu’il faut quand même combattre, et vite !

 
« Donner naissance coûte aux femmes : pas seulement de l’argent, mais aussi de l’énergie et du temps, et certaines d’entre elles doivent même abandonner une carrière prometteuse pour faire du baby-sitting », note Gan avant de proposer une solution purement socialiste : mettre en place davantage de crèches en Chine, gérées par l’Etat qui plus est. Il faudrait également selon lui en finir avec les amendes frappant les naissances hors mariage et réduire les intérêts sur les emprunts immobiliers pour les familles plus nombreuses.
 
Ou l’art de montrer qu’il y a un problème grave tout en affirmant le contraire.
 

Anne Dolhein