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La Chine communiste renforce le contrôle des religions par la « sinisation »

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Le ministère chinois des Affaires religieuses vient d’annoncer la tenue prochaine d’un sommet sur les religions en Chine dans le but de revoir les normes qui les encadrent. Il sera notamment question de la formation « intensive » des chefs religieux, a annoncé l’adjoint au ministre, Chen Zhonrong. Dans le cadre de la préparation de cette réunion, les représentants des différentes religions présentes en Chine (bouddhisme, islam, taoïsme, protestantisme et catholicisme) ont tous reçu la visite de Zu Zhengsheng, membre du Politburo du parti communiste chinois. La « sinisation » visée par ce contrôle renforcé est en réalité au service de l’emprise communiste. D’ailleurs, la présence du président Xi Jinping est annoncée.
 
Le ministre chinois des Affaires religieuses, Wang Zuoan, a donné un aperçu de l’ampleur des contrôles renforcés en annonçant que les questions du droit de propriété et de l’utilisation d’Internet par les religions seront à l’ordre du jour – ainsi que d’autres, non spécifiées.
 

La Chine communiste veut contrôler l’expression des religions

 
La question du droit de propriété a toujours été une pomme de discorde entre le ministère des Affaires religieuses et les différentes communautés religieuses. Spoliées sous Mao Zedong, les biens auraient dû être rendus à leurs propriétaires selon une loi édictée par Deng Xiaoping. Dans les faits, le ministère en dispose à sa guise – pour la construction d’hôtels à l’occasion des derniers Jeux Olympiques par exemple. Pour la seule Eglise catholique, ces biens sont estimés à 13 milliards d’euros. La révision qui s’annonce risque bien d’effacer tout contentieux en passant l’éponge au profit de l’Etat.
 
Outre le droit de propriété, l’utilisation d’Internet est dans le collimateur du ministère. Les catholiques chinois estiment ainsi que la mort du père Wei Yu Heping, retrouvé dans un cours d’eau le 6 novembre dernier, est directement liée à son activité sur la Toile. Les différentes religions seraient donc traitées à la même enseigne que les dizaines de blogueurs et autres journalistes chinois arrêtés et condamnés ces derniers mois.
 
En mai, Xi Jingping a insisté lors d’une rencontre avec les organisations sociales extérieures au parti communiste, sur la nécessité pour les religions de se « siniser » et de renforcer leur indépendance par rapport à toute influence extérieure. C’est leur seule chance de survie en Chine, a-t-il clamé. Une claire menace.
 

« Sinisation » : soumettre les religions aux traditions chinoises et aux valeurs socialistes

 
Il ne s’agit évidemment pas d’inculturation au sens catholique. Pour le gouvernement chinois, la sinisation des religions revêt trois aspects : les religions doivent soutenir le gouvernement du parti communiste chinois et se conformer aux lois de l’Etat ; elles doivent agir dans l’intérêt de la nation et du peuple chinois ; elles doivent être guidées par les valeurs socialistes tout en étant imprégnées des valeurs traditionnelles chinoises. Le China National Post écrivait dès le 21 avril : Le christianisme chinois doit cesser de revendiquer sa « supériorité » et son exclusivité, il doit au contraire coexister avec les autres religions en réinterprétant l’Ecriture sainte selon la culture chinoise traditionnelle.
 
Au nom de la traque de l’« influence étrangère », le Parti cherche à vider la religion catholique en Chine de sa substance pour ne laisser qu’une vague ONG caritative dont les responsables ne seraient que quelques bureaucrates de plus au service du socialisme.
 
L’Etat chinois veut avoir la mainmise sur toutes les religions : c’est lui qui décidera qui sera le successeur du Dalaï Lama ; c’est également lui qui régit la communautés musulmanes du Xinjiang, interdisant aux femmes de porter la burqa et aux jeunes hommes de se faire pousser la barbe, l’observation du jeûne du Ramadan étant interdit dans les universités. Dans la province du Zhejiang, ce sont des milliers de croix qui ont été enlevées des clochers et des églises pour « ne pas nuire à la silhouette de la modernité communiste de la capitale aux caractéristiques si intrinsèquement chinoises ».
 

Dialogue avec le Saint-Siège : Xi Jinping veut renforcer les pouvoirs de la Chine

 
En ce qui concerne le dialogue avec le Saint-Siège, le parti communiste chinois entend également fixer le périmètre de son autorité, réduite à l’approbation de la nomination des évêques par le gouvernement : Rome ne disposerait que d’un droit veto dont elle devrait justifier pour les cas « graves ».
 
L’idéologie du Parti communiste chinois s’infiltre ainsi dans les moindres recoins de l’intimité de la vie des gens, mais à quelles fins ?
 
Certains y voient une manifestation de la pensée obsessionnelle du président Xi Jinping : il craindrait l’effondrement du parti à l’instar de la disparition du parti communiste de l’ex-URSS. Le Parti communiste chinois avait déjà accusé, en son temps Solidarnosc, la Pologne et le pape Jean-Paul II d’avoir été à l’origine de la chute du mur de Berlin, en 1989.
 
Le retour à la foi et le grand nombre de conversions effraient le pouvoir en place : si Pékin dénombre actuellement quelque 100 millions de croyants en Chine, d’autres chiffres, notamment ceux avancés par les professeurs de l’Ecole normale de Shanghai, démontraient déjà en 2007 que la Chine comptait plus de 300 millions de croyants.
 
Il serait naïf de s’en étonner : la Chine demeure communiste et le communisme est intrinsèquement hostile à la religion tant que celle-ci n’est pas à son service : de la religiosité naturelle dans son ensemble au christianisme et à la religion catholique en particulier.
 

Nicklas Pélès de Saint Phalle