fbpx

La Chine met en scène un panda pour promouvoir la Route de la Soie comme « un chœur de nations » – orchestré par elle

Chine panda Route Soie nations
 
Le gouvernement communiste qui sévit en Chine adore ce genre de vidéos de propagande, où germe néanmoins l’impression, pour le spectateur un peu informé, d’être vraiment pris pour un bleu… Le Quotidien du peuple vient d’en publier une nouvelle, mardi, pour faire la promotion de son initiative, la fameuse Route de la Soie ou OBOR (One Belt One Road). Un panda de dessin-animé surnommé « Pan Pan » nous explique que ce projet va véritablement enrichir les nations du monde entier qui se développeront de concert.
 
Heureusement qu’il n’oublie pas de préciser que « le projet du siècle » comme on l’appelle à Pékin est quand même « la Route de Xi Jinping » – on aurait presque oublié le dictateur chinois (et son idéologie).
 

Un gros panda doux comme la soie…

Comme le rappelle le média en ligne Breitbart, OBOR n’est ni plus ni moins qu’une tentative mondiale et mondialiste de prise en charge de la plus grande infrastructure du monde. La Chine avait initialement proposé ce plan comme moyen de reconstruire l’ancienne route de la soie et de relier Beijing à l’Europe occidentale par le biais de nouvelles routes, ports et voies ferrées. Mais depuis lors, elle a étendu ses opérations de construction à des pays vulnérables d’Afrique et a affirmé que l’Amérique latine faisait « traditionnellement » partie de la Route de la soie précolombienne.
 
Parce qu’évidemment, le monde entier doit en « profiter »…
 
C’est ce que veut nous faire comprendre ce deuxième volet de la mini-série intitulée « Understanding Xi’s Way » (Comprendre la manière de Xi [Jinping]), qui compare le développement international à la composition musicale.
« Les personnes qui aiment la musique savent qu’un solo est un bon moyen de mettre en valeur le brillant d’un seul artiste, alors qu’un chœur est une collaboration de voix et d’instruments. Chaque participant met en jeu sa propre expertise, explique Pan Pan. L’initiative Belt and Road est comme un chœur de nations. » Une métaphore qui avait déjà été utilisée par Xi Jinping lors d’un récent forum international : « Ce sera un concert de toutes les nations le long des itinéraires, pas une performance en solo de la Chine. »
 

« Tous ensemble, tous ensemble »… l’Internationale des nations du XXIe siècle ?

 
Sauf que ce chœur s’avère plutôt être un orchestre. Et qu’en l’occurrence, les illustrations le montrent clairement, le chef qui bat la mesure et oriente les voix, c’est la Chine, illustrée par ce délicieux petit panda à qui on donnerait pourtant volontiers une bonne pousse de bambou (un détail : les autres pays sont, eux, représentés par des humains, habillés selon leur pays d’origine).
 
Cette gigantesque entreprise commune est comme un puzzle auquel chacun apporterait sa pièce. Ressources naturelles, énergie, savoir-faire, technologie… Une utopie toute socialiste à laquelle Pan Pan consacre même un poème final : « Amis du monde entier de la Ceinture et de la Route/Le développement commun dépend de tous/Travaillons ensemble pour réaliser le projet/Parce que notre chœur profite à tous ».
 
Une vraie Internationale… qui doit s’étendre ! Il suffit de voir à quel point Pékin s’attache à exporter son projet. Pas une semaine, en septembre, sans que la presse officielle aux ordres du gouvernement ne rapporte tel accord ou tel investissement, à l’étranger, qui attestent et du bien-fondé de cette Route, et de l’engagement des uns et des autres dans le projet.
 
Tout début septembre, l’Algérie mais aussi le Togo ont signé un mémorandum d’entente sur leur adhésion à l’initiative chinoise, en marge du 7e Forum sur la coopération sino-africaine. Le 9 septembre, le Pakistan s’est engagé à promouvoir la construction du Couloir économique Chine-Pakistan. Le 13 septembre, la Bosnie-Herzégovine a redit, lors d’un symposium, toutes les opportunités de ses projets avec la Chine. Le 18, c’était le Myanmar qui promettait de renforcer sa coopération dans ce cadre. Le 22, c’était au tour du Guyana de se déclarer « prêt à travailler avec la Chine » pour concrétiser ce consensus bilatéral. Mais aussi Malte, le Liban, l’Australie, la Croatie, la Syrie et j’en passe…
 
Peu à peu, médiatiquement mais surtout politiquement et très concrètement, la Chine tisse sa toile. Et c’est loin d’être le fruit d’un altruisme benêt.
 

La Ceinture et la Route : processus mondialiste fait en Chine

 
Comme le rappelait Breitbart, le résultat a été extrêmement déstabilisant pour les pays en développement qui se retrouvent maintenant lourdement endettés envers la Chine et contraints de céder le contrôle de leurs infrastructures critiques à un parti communiste étranger. Chaque année, ce sont des milliards que la Chine investit, en Afrique et ailleurs. Si les pays « bénéficiaires » applaudissent, les Occidentaux interrogent de plus en plus sur les conséquences de ces prêts si généreux…
 
La situation au Kenya est emblématique, où Pékin participe à la construction d’un chemin de fer reliant Nairobi à plusieurs capitales régionales : les travailleurs kényans autochtones ont été repoussés et la dette du pays s’est agrandie. Au Sri Lanka, Xi Jinping a fait mieux encore : sous la pression financière, le gouvernement a dû céder le port d’Hambantota aux Chinois pour quatre-vingt-dix-neuf ans, avec 6 000 hectares de terrains autour.
 
La petite vidéo prend l’exemple de la Biélorussie où la Chine a créé, près de Minsk, le gigantesque parc industriel Great Stone. « Cela crée des emplois, de l’argent, des produits, du talent et de la technologie dans la région » affirme Pan Pan. Mais quel est le prix de cette dépendance ? La dette est une arme, quoiqu’en disent les dirigeants chinois, défendant un programme « ouvert, transparent et inclusif ». Et cette approche que certains ont qualifié de « néo-coloniale » est profondément mondialiste, en ce sens qu’elle conditionne l’enrichissement au contrôle – qui pour se plaindre ?
 
Alors peut-être qu’en janvier dernier, Macron s’opposait à une « nouvelle hégémonie qui transformerait en vassaux les pays qu’elle traverse ». Mais l’Europe va bien finir par regarder vers l’Asie. Il y a quelques jours, le séminaire « l’Initiative ‘la Ceinture et la Route’ de la Chine » réunissait à Rome des responsables chinois et des analystes venus d’Italie, de France, du Royaume-Uni, de Grèce et de Pologne. La Chine veut aussi de l’Union européenne, « un rôle constructif », le consensus doit être mondial – cette dernière aura-t-elle le choix ?
 
Clémentine Jallais