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La Chine met en scène un panda pour promouvoir la Route de la Soie comme « un chĹ“ur de nations Â» – orchestrĂ© par elle

Chine panda Route Soie nations
 
Le gouvernement communiste qui sĂ©vit en Chine adore ce genre de vidĂ©os de propagande, oĂą germe nĂ©anmoins l’impression, pour le spectateur un peu informĂ©, d’ĂŞtre vraiment pris pour un bleu… Le Quotidien du peuple vient d’en publier une nouvelle, mardi, pour faire la promotion de son initiative, la fameuse Route de la Soie ou OBOR (One Belt One Road). Un panda de dessin-animĂ© surnommĂ© « Pan Pan Â» nous explique que ce projet va vĂ©ritablement enrichir les nations du monde entier qui se dĂ©velopperont de concert.
 
Heureusement qu’il n’oublie pas de prĂ©ciser que « le projet du siècle Â» comme on l’appelle Ă  PĂ©kin est quand mĂŞme « la Route de Xi Jinping Â» – on aurait presque oubliĂ© le dictateur chinois (et son idĂ©ologie).
 

Un gros panda doux comme la soie…

Comme le rappelle le mĂ©dia en ligne Breitbart, OBOR n’est ni plus ni moins qu’une tentative mondiale et mondialiste de prise en charge de la plus grande infrastructure du monde. La Chine avait initialement proposĂ© ce plan comme moyen de reconstruire l’ancienne route de la soie et de relier Beijing Ă  l’Europe occidentale par le biais de nouvelles routes, ports et voies ferrĂ©es. Mais depuis lors, elle a Ă©tendu ses opĂ©rations de construction Ă  des pays vulnĂ©rables d’Afrique et a affirmĂ© que l’AmĂ©rique latine faisait « traditionnellement Â» partie de la Route de la soie prĂ©colombienne.
 
Parce qu’Ă©videmment, le monde entier doit en « profiter Â»…
 
C’est ce que veut nous faire comprendre ce deuxième volet de la mini-sĂ©rie intitulĂ©e « Understanding Xi’s Way Â» (Comprendre la manière de Xi [Jinping]), qui compare le dĂ©veloppement international Ă  la composition musicale.
« Les personnes qui aiment la musique savent qu’un solo est un bon moyen de mettre en valeur le brillant d’un seul artiste, alors qu’un chĹ“ur est une collaboration de voix et d’instruments. Chaque participant met en jeu sa propre expertise, explique Pan Pan. L’initiative Belt and Road est comme un chĹ“ur de nations. Â» Une mĂ©taphore qui avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© utilisĂ©e par Xi Jinping lors d’un rĂ©cent forum international : « Ce sera un concert de toutes les nations le long des itinĂ©raires, pas une performance en solo de la Chine. Â»
 

« Tous ensemble, tous ensemble Â»… l’Internationale des nations du XXIe siècle ?

 
Sauf que ce chĹ“ur s’avère plutĂ´t ĂŞtre un orchestre. Et qu’en l’occurrence, les illustrations le montrent clairement, le chef qui bat la mesure et oriente les voix, c’est la Chine, illustrĂ©e par ce dĂ©licieux petit panda Ă  qui on donnerait pourtant volontiers une bonne pousse de bambou (un dĂ©tail : les autres pays sont, eux, reprĂ©sentĂ©s par des humains, habillĂ©s selon leur pays d’origine).
 
Cette gigantesque entreprise commune est comme un puzzle auquel chacun apporterait sa pièce. Ressources naturelles, Ă©nergie, savoir-faire, technologie… Une utopie toute socialiste Ă  laquelle Pan Pan consacre mĂŞme un poème final : « Amis du monde entier de la Ceinture et de la Route/Le dĂ©veloppement commun dĂ©pend de tous/Travaillons ensemble pour rĂ©aliser le projet/Parce que notre chĹ“ur profite Ă  tous Â».
 
Une vraie Internationale… qui doit s’Ă©tendre ! Il suffit de voir Ă  quel point PĂ©kin s’attache Ă  exporter son projet. Pas une semaine, en septembre, sans que la presse officielle aux ordres du gouvernement ne rapporte tel accord ou tel investissement, Ă  l’Ă©tranger, qui attestent et du bien-fondĂ© de cette Route, et de l’engagement des uns et des autres dans le projet.
 
Tout dĂ©but septembre, l’AlgĂ©rie mais aussi le Togo ont signĂ© un mĂ©morandum d’entente sur leur adhĂ©sion Ă  l’initiative chinoise, en marge du 7e Forum sur la coopĂ©ration sino-africaine. Le 9 septembre, le Pakistan s’est engagĂ© Ă  promouvoir la construction du Couloir Ă©conomique Chine-Pakistan. Le 13 septembre, la Bosnie-HerzĂ©govine a redit, lors d’un symposium, toutes les opportunitĂ©s de ses projets avec la Chine. Le 18, c’Ă©tait le Myanmar qui promettait de renforcer sa coopĂ©ration dans ce cadre. Le 22, c’Ă©tait au tour du Guyana de se dĂ©clarer « prĂŞt Ă  travailler avec la Chine Â» pour concrĂ©tiser ce consensus bilatĂ©ral. Mais aussi Malte, le Liban, l’Australie, la Croatie, la Syrie et j’en passe…
 
Peu Ă  peu, mĂ©diatiquement mais surtout politiquement et très concrètement, la Chine tisse sa toile. Et c’est loin d’ĂŞtre le fruit d’un altruisme benĂŞt.
 

La Ceinture et la Route : processus mondialiste fait en Chine

 
Comme le rappelait Breitbart, le rĂ©sultat a Ă©tĂ© extrĂŞmement dĂ©stabilisant pour les pays en dĂ©veloppement qui se retrouvent maintenant lourdement endettĂ©s envers la Chine et contraints de cĂ©der le contrĂ´le de leurs infrastructures critiques Ă  un parti communiste Ă©tranger. Chaque annĂ©e, ce sont des milliards que la Chine investit, en Afrique et ailleurs. Si les pays « bĂ©nĂ©ficiaires Â» applaudissent, les Occidentaux interrogent de plus en plus sur les consĂ©quences de ces prĂŞts si gĂ©nĂ©reux…
 
La situation au Kenya est emblĂ©matique, oĂą PĂ©kin participe Ă  la construction d’un chemin de fer reliant Nairobi Ă  plusieurs capitales rĂ©gionales : les travailleurs kĂ©nyans autochtones ont Ă©tĂ© repoussĂ©s et la dette du pays s’est agrandie. Au Sri Lanka, Xi Jinping a fait mieux encore : sous la pression financière, le gouvernement a dĂ» cĂ©der le port d’Hambantota aux Chinois pour quatre-vingt-dix-neuf ans, avec 6 000 hectares de terrains autour.
 
La petite vidĂ©o prend l’exemple de la BiĂ©lorussie oĂą la Chine a créé, près de Minsk, le gigantesque parc industriel Great Stone. « Cela crĂ©e des emplois, de l’argent, des produits, du talent et de la technologie dans la rĂ©gion Â» affirme Pan Pan. Mais quel est le prix de cette dĂ©pendance ? La dette est une arme, quoiqu’en disent les dirigeants chinois, dĂ©fendant un programme « ouvert, transparent et inclusif Â». Et cette approche que certains ont qualifiĂ© de « nĂ©o-coloniale Â» est profondĂ©ment mondialiste, en ce sens qu’elle conditionne l’enrichissement au contrĂ´le – qui pour se plaindre ?
 
Alors peut-ĂŞtre qu’en janvier dernier, Macron s’opposait Ă  une « nouvelle hĂ©gĂ©monie qui transformerait en vassaux les pays qu’elle traverse Â». Mais l’Europe va bien finir par regarder vers l’Asie. Il y a quelques jours, le sĂ©minaire « l’Initiative ‘la Ceinture et la Route’ de la Chine Â» rĂ©unissait Ă  Rome des responsables chinois et des analystes venus d’Italie, de France, du Royaume-Uni, de Grèce et de Pologne. La Chine veut aussi de l’Union europĂ©enne, « un rĂ´le constructif Â», le consensus doit ĂŞtre mondial – cette dernière aura-t-elle le choix ?
 
Clémentine Jallais