Des coiffeurs pour répandre le discours sur le changement climatique : l’initiative gagne du terrain

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Des chercheurs en psychologie du comportement de l’université de Bath en Angleterre ont tiré argument du fait que les coiffeurs sont des « influenceurs » méconnus, mais hors pair. Ils recommandent de les former à la tenue de conversations sur le « changement climatique » savamment suscitées par les représentants de la profession. L’étude a été publiée par Nature dans une version non définitive. La recherche, soutenue par l’université d’Oxford, a été financée par le UK Energy Research Centre Phase 4 Programme.

A quel prix ? Et n’y a-t-il pas là un double emploi ? Après tout, l’Irlande a recours aux coiffeurs pour parler climat avec les clients depuis près d’un an : le Département de l’Education irlandais finance ce projet pilote mis en place au printemps dernier avec le soutien du « Research Ireland Discover Programme » et du Bureau de la durabilité et de l’action climatique de University College à Cork. A l’époque, ils avaient dégagé un budget de 63.000 euros pour favoriser la propagande à travers des jeux de rôle avec les coiffeurs et en évaluer l’efficacité.

 

Les coiffeurs doivent prêcher sur le changement climatique

Il paraît que lorsqu’on remet sa tête entre les mains du merlan, on est particulièrement ouvert aux idées nouvelles parce qu’on se trouve en sécurité et « relaxé ». Les comportementalistes proposent donc d’en profiter pour endoctriner les clients sur le changement climatique, mais aussi sur les « habitudes durables » en matière d’utilisation de l’eau et de l’énergie ou encore quant au choix d’une banque ou du régime alimentaire.

Ils ont acquis cette conviction en faisant des tests dans 25 salons de coiffure où des autocollants comportant des « astuces écolos » étaient placés sur les miroirs pour faciliter le déclenchement de conversations en ce sens.

Par exemple : « La plupart d’entre nous utilisons trop de shampooing, trop souvent. » Ou encore : « Faire couler de l’eau chaude, c’est l’activité la plus chère et la plus consommatrice d’énergie que nous puissions faire dans nos maisons. » Au coiffeur, ensuite, fort de son capital confiance « en or » souvent acquis au cours de longues années avec ses clients habituels, de prêcher la bonne parole. C’est ce qui s’appelle de l’influence durable – et surtout, manipulée.

Les coiffeurs sont paraît-il séduits. Après tout, chez eux, on parle du temps qu’il fait – de là au « changement climatique », il n’y a guère que le cliquetis d’une paire de ciseaux (il faut reconnaître que le sèche-cheveux s’y prête moins). Et puis ça élargit leur champ des possibles : jadis, les coiffeurs était formés à éviter les sujets qui fâchent, comme la politique, la religion ou l’orientation sexuelle… La religion du climat est désormais un sujet recommandé. Elle s’est révélée utile pour susciter également des échanges sur « l’utilisation du plastique ou des différents moyens de transport ».

 

Le discours des coiffeurs bientôt à surveiller ?

L’étude de l’université de Bath (qui veut dire bain, c’est mal !) a montré que trois quarts des clients soumis à ce régime ont déclaré qu’ils allaient « probablement » changer la manière dont ils prennent soin de leurs cheveux, en particulier en réduisant l’usage du shampooing.

Et pour être dans… l’hair du temps, la Fédération nationale du cheveu et de la beauté britannique s’est montrée enthousiaste, tout en affirmant que les désirs des clients devaient être respectés. On peut leur masser le cuir chevelu, mais le massage de cerveau ne saurait être obligatoire.

Les 61.000 coiffeurs du Royaume-Uni se verront peut-être proposer des formations continues pour mieux jouer leur rôle d’agents de transformation sociale et tirer pleinement profit de cette situation unique que leur confère le temps passé avec des clients fidèles qui sont bien obligés de leur faire confiance, ou avec de nouvelles têtes qu’ils parviennent à jauger rien qu’à leur allure. Il paraît d’ailleurs que sont les plus vieux qui sont les moins enclins à suivre et à vouloir changer leurs habitudes : la meilleure cible serait celle des 25-45 ans…

Je suggère qu’une fois cette habitude bien installée, les salons de coiffure élargissent leurs domaines d’intervention : le climat, l’antiracisme, la glorification d’un leader politiquement correct, et pourquoi pas la promotion de telle ou telle marque puisque leurs capacités d’influenceurs ne sauraient être négligées par les acheteurs d’espace publicitaire, et surtout qu’ils soient surveillés en temps réel, micros et caméras à l’appui. On n’est jamais trop prudent.

 

Jeanne Smits