L’Angleterre et le pays de Galles seront prochainement consacrés au Sacré-Cœur de Jésus à une date qui reste à déterminer, à l’image de la consécration des deux pays au Cœur Immaculé de Marie qui s’était faite en 2017 à l’occasion du centenaire des apparitions de Notre-Dame de Fatima, quatre ans après le lancement d’une pétition à cet effet. Cette décision de la Conférence des évêques a été obtenue grâce à la mobilisation des laïcs et, en l’occurrence, d’une seule femme : Sarah Scott. Elle a tout déclenché en écrivant un simple courriel à la conférence des évêques des deux pays.
Forte du soutien de nombreux catholiques qui avaient signé la pétition lancée en ligne par ses soins, elle a réussi à toucher plusieurs évêques. A la réception de son message, ces derniers ont décidé de confier l’affaire au secrétaire général des évêques catholiques d’Angleterre et du Pays de Galles, le chanoine William Agley, qui fut chargé de lui répondre.
La consécration de l’Angleterre et du pays de Galles au Sacré-Cœur n’a jamais été faite
Loin de lui opposer un refus, ce dernier lui a expliqué qu’il fallait vérifier si une telle consécration n’avait pas déjà eu lieu depuis l’émancipation catholique en 1829. L’enquête révéla qu’il n’en avait rien été, et les évêques ont discuté de la question à l’occasion de leur réunion plénière suivante. Après quoi, le chanoine Agley écrivit à Mme Scott :
« Je suis heureux de pouvoir confirmer que les évêques sont d’accord pour que l’Angleterre et le Pays de Galles soient consacrés au Sacré-Cœur de Jésus. Ils vont à présent réfléchir au moment et au lieu les plus propices pour cette cérémonie. Dès qu’une décision aura été prise à ce sujet, les détails seront rendus publics. »
Le secrétaire général ajoutait qu’il était reconnaissant à Mme Scott d’avoir porté cette question à l’attention de la Conférence, et qu’il priait pour que la consécration de l’Angleterre et du Pays de Galles au Sacré-Cœur soit source de nombreuses bénédictions pour ces deux pays.
Si l’histoire de la dévotion au Sacré-Cœur a connu son point d’orgue en France avec les apparitions de Notre Seigneur à sainte Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial au XVIIe siècle, la Grande-Bretagne a également joué un rôle à travers saint Claude de la Colombière. A sainte Marguerite-Marie, Notre Seigneur montra son Cœur blessé et brûlant d’amour. Attristé par la froideur réservée à son amour, Il demanda qu’une fête soit instituée en son honneur, ainsi que la dévotion de la communion du premier vendredi, associée à une heure de prière de réparation.
L’Angleterre et le Sacré-Cœur, une longue histoire commune
Le confesseur jésuite de sainte Marguerite-Marie, saint Claude de la Colombière, devait répandre ces demandes en Angleterre lorsqu’il vint à Londres en 1676 comme aumônier de Marie de Modène, duchesse d’York, et catholique. Grâce à sa résidence à la cour de St. James, il put prêcher pendant trois ans l’amour du Sacré-Cœur dans une ville ouvertement hostile à la foi, rappelle EWTN.
Accusé d’avoir participé à un prétendu complot papiste par Titus Oates, il fut emprisonné puis expulsé vers la France, mais la dévotion qu’il avait prêchée se poursuivit discrètement pendant les années de persécution des catholiques qui s’ensuivirent, pour être renforcée au XVIIIe siècle avec l’arrivée de nombreux prêtres fuyant la Révolution française.
C’est après l’émancipation catholique en 1829, alors qu’on put de nouveau élever des églises, que de nombreux sanctuaires furent ainsi dédiés au Sacré-Cœur en Grande-Bretagne.
Dans la demande adressée aux évêques d’Angleterre et du Pays de Galles, Sarah Scott écrivait ceci :
« Nous, les fidèles, ressentons un appel profond à revenir à la source de tout amour et de toute miséricorde. Nos nations ont une riche histoire de foi, mais aujourd’hui, beaucoup de personnes se sentent perdues. Nous croyons que, grâce à la consécration solennelle de nos pays, de nos familles et de notre avenir au Cœur du Christ, un véritable renouveau spirituel peut s’amorcer. En ces temps de peur et de division, nous avons besoin de ce “foyer ardent d’amour” pour guérir nos communautés et guider nos dirigeants. »
La consécration au Sacré-Cœur commença avec sainte Marguerite-Marie Alacoque, et le père de la Colombière fut le premier à se consacrer après sa pénitente. Au XIXe siècle, le bienheureux Pie IX devait inviter tous les fidèles à se consacrer au Cœur de Jésus à l’occasion du deuxième centenaire des apparitions à Paray-le-Monial. La dévotion continua de se répandre, y compris au niveau familial avec l’acte de consécration des familles au Sacré-Cœur promu par saint Pie X.
La consécration au Sacré-Cœur avec Pie IX, Léon XIII et Pie XI
Le 25 mai 1899, sous l’influence des demandes d’une religieuse allemande Marie du Divin Cœur, béatifiée depuis lors, Léon XIII consacra le genre humain au Sacré-Cœur. Il qualifia cet événement de « plus grand acte de (son) pontificat ». Il s’y résolut seulement après avoir posé des questions théologiques sur la consécration des non-chrétiens au Sacré-Cœur. Par la suite, Pie XI devait renouveler l’acte en demandant dans Quas primas instituant la fête du Christ-Roi que la consécration du genre humain eût lieu désormais tous les ans.
L’Equateur fut le premier pays à être consacré au Sacré-Cœur de Jésus, à l’initiative de son président Gabriel García Moreno ; elle fut renouvelée en juin dernier par le cardinal Cabrera dans les mêmes termes que ceux utilisés par ce président très catholique en 1874.
Suivirent la Colombie en 1902 par décret présidentiel, et le Mexique en 1914, mais cette fois sans le concours des autorités. Cette consécration a été plusieurs fois renouvelée. En Espagne, la consécration eut lieu en 1919, là encore, à partir d’une initiative laïque ; le roi Alphonse XIII y prit part.
En 1920, la Pologne fut consacrée par ses évêques face à la menace bolchevique, et l’acte a été renouvelé en 1921, 1951, 1976, 2011 et 2021.
Les pays latino-américains en tête des consécrations au Sacré-Cœur
Puis ce fut le tour du Costa Rica en 1921 et de la Bolivie en 1925. Une demande de renouvellement adressée aux évêques par les présidents des conseils des laïcs et à l’initiative des laïcs péruviens a abouti en 2018 au renouvellement de la consécration du pays au Sacré-Cœur de Jésus et au Cœur Immaculé de Marie.
En 1931, le Brésil était consacré au Sacré-Cœur de Jésus à l’occasion de l’inauguration de la statue du Christ Rédempteur à Rio de Janeiro. Le renouvellement eut lieu en 2020 au pied du même monument.
L’Argentine devait suivre en 1945 et le Honduras en 1959, les deux événements étant marqués par des messages pontificaux.
Il faut ensuite attendre le XXIe siècle pour la consécration du Pérou, en présence du Président et d’autres personnalités politiques, en 2016. L’année suivante, plusieurs Eglises catholiques orientales (maronite, melkite, syriaque et arménienne notamment) ont conjointement consacré la Syrie aux Cœurs de Jésus et de Marie, et des chrétiens orthodoxes se sont joints à l’initiative.
Il faut y ajouter l’Irlande, la Croatie, la Turquie…
A l’occasion de la crise du covid, dès le 25 mars 2020, le cardinal Marto, évêque de Leiria-Fatima, a consacré le Portugal et l’Espagne au Sacré-Cœur de Jésus et au Cœur Immaculé de Marie, en y ajoutant les noms de 22 autres pays à la demande des présidents de leurs conférences épiscopales : l’Albanie, la Bolivie, la Colombie, le Costa Rica, Cuba, la Slovaquie, le Guatemala, la Hongrie, l’Inde, le Mexique, la Moldavie, le Nicaragua, le Panama, le Paraguay, le Pérou, la Pologne, le Kenya, la République dominicaine, la Roumanie, la Tanzanie, le Timor oriental et le Zimbabwe.
Avant l’Angleterre et le pays de Galles, les Etats-Unis se sont consacrés au Sacré-Cœur en juin
Les Etats-Unis auront été le dernier pays en date à être officiellement consacré au Sacré-Cœur de Jésus. L’acte fut accompli par les évêques des Etats-Unis à l’occasion du 250e anniversaire de la déclaration d’indépendance, le 11 juin dernier.
Le Royaume-Uni va donc rejoindre cette liste… où la France est également présente, mais sans le concours des autorités, en raison du caractère laïque de la République. Deux consécrations eurent lieu à l’occasion des guerres mondiales, en 1915 et en 1945. La consécration a été renouvelée le 27 juin 2025 à Paray-le-Monial, à l’occasion de la clôture du jubilé du Sacré-Cœur par les évêques présents, mais seulement de l’Eglise de France.
Les rois de France ne l’avaient pas fait, malgré les demandes de sainte Marguerite-Marie Alacoque – Louis XIV s’y refusa en 1689, cent ans exactement avant le déclenchement de la Révolution française. Ce n’est que le 21 juillet 1792 que Louis XVI remit son vœu au Sacré-Cœur de Jésus par l’intermédiaire du P. Hébert. Trop tard, malgré les efforts de Madame Elisabeth, sa plus jeune sœur : il était déjà dépouillé de son pouvoir, emprisonné, et sa consécration ne put être que privée et secrète.
Le jansénisme avait éloigné le pays de cette dévotion voulue par le ciel, ridiculisée comme la « superstition cordicole » trop axée sur l’amour et la miséricorde ; et même les papes du XVIIIe qui ne s’y montraient pas favorables, pas plus qu’à celle du Cœur Immaculé de Marie promue depuis le siècle précédent par saint Jean-Eudes…
La résistance aux demandes de Jésus et de sa Mère n’est décidément pas nouvelle. Un mouvement plus docile aux injonctions du Ciel semble s’être amorcé en ce qui concerne la dévotion au Sacré-Cœur et au Cœur Immaculé de Marie, mais rien ne se fait dans ce domaine sans la mobilisation et la prière des fidèles.











