Le Conseil d’Etat justifie le massacre politique du français

 

C’est passé comme une lettre à la poste – enfin, comme passait jadis une lettre à la poste. En pleine trêve des confiseurs, le 31 décembre 2025, le Conseil d’Etat a rejeté la demande faite par l’association Francophonie avenir (AFRAV) d’obliger la ville de Paris à modifier les plaques commémoratives situées dans l’hôtel de ville, gravées en écriture inclusive. On pourrait en rire, mettre cela sur le compte des pétroleuses d’Anne Hidalgo et de quelques juristes féministes, si la plus haute juridiction administrative ne jetait là comme le début d’une jurisprudence politique visant à imposer un usage rejeté par l’Education nationale (JM Blanquer), l’Académie française, et l’immense majorité du peuple français, jamais consulté sur le massacre de sa langue par des idéologues opérant au nom de minorités agissantes. Il s’agit d’une véritable révolution, la révolution arc-en-ciel, dont les juges de toute juridiction se font complices.

 

L’écriture inclusive, arme politique contre le français

Tout commence en 2021. Des élus d’opposition découvrent que deux plaques anciennes gravées en lettres d’or ont été modifiées. Elles honorent désormais les « président.e.s » du Conseil de Paris, et les « conseiller.e.s » ayant siégé plus de vingt-cinq ans. La mairie s’appuie sur une délibération votée à l’unanimité en 2017. Preuve que l’opposition ne fait pas vraiment attention. Quoi qu’il en soit, l’écriture inclusive dorée a coûté 18.609 euros au contribuable. De l’argent public, on en trouve toujours, disait naguère un haut fonctionnaire de la Cour des comptes européenne. L’Association Francophonie Avenir saisit le tribunal administratif pour faire cesser cette mauvaise plaisanterie, elle est déboutée. Rebelote devant la cour d’appel administrative. Et l’on arrive en 2025 au Conseil d’Etat. Avec un dossier apparemment solide.

 

Un massacre condamné par tous ceux, particuliers ou institutions, qui aiment la langue

Le massacre du français que constitue l’écriture inclusive est en effet l’objet de la réprobation générale de ceux qui s’intéressent au français hors idéologie. Outre les dictionnaires et les grammaires, le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer a exclu en 2021 l’utilisation du point médian à l’école et dans l’administration. On lisait dans sa circulaire adressée aux recteurs : « L’écriture inclusive, si elle semble participer au mouvement [de lutte contre les discriminations sexistes], est non seulement contre-productive pour cette cause même, mais nuisible à la pratique et à l’intelligibilité de la langue française. » De même l’Académie française a-t-elle estimé en 2017 que cette manière d’écrire conduisait « à une langue désunie, créant une confusion qui confine à l’illisibilité ». Et l’ancien ministre Jacques Godfrain, président de l’Alliance francophone des associations de langue française (AFAL) a rappelé dans Le Figaro qu’elle « pollue la langue au lieu de l’enrichir, et ne fait pas progresser l’égalité des sexes ».

 

Le Conseil d’Etat exprime la pensée magique de la révolution arc-en-ciel

Cette remarque de bon sens égratigne la pensée magique prévalant au PS : de même que François Hollande n’a pas fait disparaître le racisme en supprimant le mot race de la Constitution, de même l’écriture inclusive n’élimine-t-elle pas le sexisme. Mais elle massacre le français. Jacques Godfrain l’a bien vu : « Cette attitude de la part de la mairie de Paris, qui multiplie par ailleurs les anglicismes dans ses slogans et affiches – encore aujourd’hui pour ses vœux de nouvelle année – est symptomatique d’un piétinement de la langue française. » Et c’est pourquoi la décision du Conseil d’Etat est grave : elle officialise et consolide le ralliement de l’appareil d’Etat à la politique imposée par des minorités révolutionnaires qui voient dans le français un champ de bataille et une arme, non un patrimoine commun et un moyen de communication. Ce qu’on lit à l’hôtel de ville pourra se répandre demain dans la rue. Pour Régis Ravat, président de l’AFRAV, « user de l’écriture inclusive dans l’espace public, c’est prendre position pour cette écriture et cela contrevient forcément au devoir de neutralité » de l’Etat. En conséquence, cela « risque de servir désormais aux militants communautaristes du genre pour justifier partout l’emploi de cette écriture ».

 

Pauline Mille