Droit à l’amitié : un explosif arc-en-ciel contre la société

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Député LFI, bras droit de Mélenchon, vice-présidente de l’Assemblée nationale, Clémence Guetté vient de publier au mois d’août Pour une politique de l’amitié. Le titre dit ce qu’il veut dire : elle entend faire de l’amitié un sujet et un objet politique afin de changer la société française. Elle y propose notamment que des amis « unis » par un « partenariat social » bénéficient des mêmes droits qu’un couple marié. C’est une réédition du Pacs. Il n’échappe à personne qu’elle entend ainsi réduire le rôle de la famille traditionnelle. Mais ce n’est qu’une première étape. Il s’agit au bout du compte de créer un homme nouveau dans un monde nouveau. Et malgré le ton tranquille du titre du livre, le projet est un véritable explosif au service de l’arc-en-ciel. La demoiselle a en effet une solide formation d’apparatchik consacrée à la révolution.

 

Championne de l’arc-en-ciel contre la société

Sous des dehors avenants, Clémence Guetté est une idéologue. Elle vient de la classe moyenne de province, née en 1991 à Bressuire dans les Deux-Sèvres d’une mère qui enseigne l’anglais. Il n’y avait qu’un seul salaire dans le ménage, le père étant homme au foyer, occupé à planter son jardin d’hybrides de mûres et de framboises, chacun son goût. Sérieuse en classe, boursière, Clémence fait des études politiques, laisse tomber l’UNEF qu’elle juge trop PS et molle, et trouve son bonheur au Parti de gauche. Mélenchon la repère et c’est parti. Elle n’avait « pas appris Marx à la maternelle » mais reconnaît à l’extrême gauche ses « valeurs ». Elle phosphore, pour les programmes présidentiels de 2017 et 2022. Elle est élue député (NUPES) en 2022 et réélue en 2024, où elle devient vice-présidente de l’Assemblée nationale. Elle préside l’Institut La Boétie, laboratoire d’idées de LFI et coordonne Les Phrygiens, ce réseau de hauts fonctionnaires anonymes qui noyautent les ministères pour LFI.

 

Le droit à l’amitié explosif politique

Pour une politique de l’amitié ne doit pas se comprendre comme un élément du programme LFI 2027 mais comme une réflexion à l’usage des militants qui gambergent d’une part, et comme une façon d’habituer l’opinion à d’autres formes de relations humaines que celles que nous a léguées l’histoire de France. Le premier objectif, évident, est d’abaisser la famille traditionnelle (que Gide « haïssait » de son temps et que des malheureux plus modernes, tel Lagasnerie, jugent rétrograde et fasciste) au rang de choix parmi d’autres. Prenons l’exemple du « partenariat social » entre amis, passé pour donner un cadre légal, calqué sur le pacs. Il ouvrirait les mêmes droits que le mariage alors qu’il ne repose pas sur les mêmes engagements : le Pacs peut être dissous par simple déclaration et n’engage pas les individus qui l’ont souscrit. Cette dissymétrie, contraire à l’esprit des lois et au simple bon sens, a pour objet d’abaisser le mariage.

 

La haine de la famille, tradition arc-en-ciel

La haine de la famille est donc le premier étage de l’usine à gaz que constitue l’érection de l’amitié en projet politique. Clémence Guetté l’a apprise dans le milieu un peu déjanté où elle a grandi. Elle écrit : « Nombreux sont celles et ceux qui subissent le resserrement de la vie autour de la famille biologique, son écrasement. » On songe à Maxime le Forestier :

« On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille
On choisit pas non plus les trottoirs de Manille. »

On songe aussi à Vincent Peillon qui, au nom de la religion de la République, entendait « soustraire les enfants à leur déterminisme familial ». Cela rappelle également Giscard, la société déterminée par « l’épanouissement de l’individu » déterminé par son propre désir. On choisit en effet ses amis, comme on choisit les valeurs républicaines. Et c’est ainsi que Melle Guetté préconise de nouveaux congés, en cas de mort d’un ami ou de naissance d’un enfant d’un ami.

 

Les Trissotins de l’amitié sont des ingénieurs en révolution

Mais il faut creuser un peu profond l’intention de la présidente de l’Institut La Boétie, qui se réclame en l’espèce d’un nom surprenant. La Boétie et son ami célèbre, Montaigne (« Parce que c’était lui, parce que c’était moi »), auraient été bien surpris en effet qu’on prétende légiférer sur l’amitié. Une surprise qu’aurait partagée La Fontaine, ami délicat qui écrivit de merveilleux vers sur l’amitié, et resta fidèle à Nicolas Fouquet quand Louis XIV l’eut envoyé en prison. Une question se pose de fait devant le projet de Clémence Guetté : comment décrire ceux qui prétendent rédiger le droit de l’amitié ? Des sots, des veaux, des étudiants en socio, essentiellement lourds, sourds à la musique des êtres, inattentifs à la vie ? Ce serait réduire le problème. Ils le sont aussi. Mais ce sont d’abord des ingénieurs de la révolution arc-en-ciel.

 

L’amitié régie par l’Ecole des hautes études en sciences sociales ?

Saint-Just, l’horrible Saint-Just, le flamboyant démon de la Révolution française, prétendait imposer que tout citoyen déclarât ses amis publiquement. LFI le continue. Il s’agit de détisser la tapisserie du monde telle que l’a produite l’histoire pour lui faire suivre une autre trame. Et pour cela, de mettre la main sur les rapports humains, de les conformer à la rêverie arc-en-ciel et aux analyses prétendument scientifiques des études sociologiques. D’enfermer la vie dans des manuels, des éprouvettes et des règlements, selon la superstition que tout fait crée un droit, que tout doit être encadré par l’Etat. Et c’est ainsi que les vieux partisans de l’amour libre préconisent l’amitié remboursée par la sécurité sociale, et les rapports humains organisés par l’Ecole des hautes études en sciences sociales.

 

Pauline Mille