On peut avoir des réserves sur le magazine Bitter Winter, lancé sur internet en 2018 pour suivre les questions de liberté religieuse et de droits de l’homme en Chine, et plus précisément sur son rédacteur-en-chef Massimo Introvigne, sociologue des religions italien que l’on retrouve parfois en étrange compagnie, mais la présentation par le média de ce que vivent les catholiques dans l’Empire du Milieu n’en est pas moins intéressante. On y apprend, sous la plume de Zeng Liqin (un pseudonyme pris pour des raisons de sécurité), de quelle manière les évêques de l’Eglise patriotique – seuls reconnus en Chine et désormais acceptés dans leur ensemble par le Vatican – organisent l’endoctrinement socialiste des fidèles.
Zeng détaille aujourd’hui dans ses colonnes la manière dont les évêques et le clergé ont été formés et formatés lors de la session sur la sinisation du catholicisme qui se tenait le mois dernier à l’Institut central du socialisme à Pékin. Une cinquantaine de représentants de l’Association patriotique et de la Conférence des évêques officiels y étaient réunis, « non pas pour étudier l’Ecriture sainte, la théologie ou les documents du Saint-Siège, mais pour approfondir leur alignement idéologique sur le Parti communiste chinois », souligne l’auteur.
L’Eglise catholique de Chine a suivi une session d’endoctrinement
« C’est le travail religieux de la nouvelle ère », a déclaré l’évêque Li Shan, président de l’Association patriotique, lors de l’ouverture des travaux : s’assurer que le catholicisme du pays reflète les « caractéristiques chinoises » – un euphémisme qui renvoie aussitôt à la pensée de Xi Jinping. Et c’est en effet vers les écrits de ce dernier qu’ont été renvoyés les participants, chez qui les « valeurs centrales socialistes » doivent orienter prédications et travail pastoral.
Le journaliste précise que toute mention de la doctrine catholique, des documents officiels de l’Eglise ou des déclarations du pape était absente : il parle d’un « silence structurel ». L’objectif de la formation, affirme ainsi Zeng Liqin, est de s’assurer que les « priorités intellectuelles et spirituelles du clergé soient réordonnées de manière à ce que l’idéologie du parti soit placée au-dessus de l’autorité de l’Eglise ».
Le Parti communiste exige un système théologique avec des caractéristiques chinoises
Les participants ont donc dû étudier la pensée de Xi Jinping sur la religion et sur le fait qu’il revient au Parti communiste d’assurer une « stricte gouvernance de la religion ». Dans le même temps, il leur a été expliqué qu’il fallait gérer toute activité religieuse, en ligne comme lors des « rassemblements sociaux » religieux de manière à ce qu’elle rentre bien dans le cadre des objectifs nationaux. La « tradition » dans ce contexte est définie comme celle qui renforce le nationalisme culturel et la loyauté politique.
Au bout du compte, plusieurs représentants et dignitaires catholiques – patriotiques, cela va sans dire – se sont engagés à favoriser la sinisation « en profondeur et en substance », en construisant notamment un « système théologique avec des caractéristiques chinoises », tout en contribuant à aider le Parti dans sa démarche de modernisation et de rajeunissement. C’est le Parti qui compte, et non pas les sacrements, l’instruction religieuse ou l’accompagnement spirituel des catholiques chinois sur le chemin du ciel. Le Parti veut la soumission à l’Etat et à ses horizons révolutionnaires, et l’accord secret entre le Vatican et la Chine de 2018 n’aura rien changé, sinon en accentuant la domination du communisme chinois.











