ElliQ, le robot IA qui tient compagnie aux personnes âgées

ElliQ robot IA compagnie
 

On savait que les robots et l’intelligence artificielle peuvent remplacer la main d’œuvre, les domestiques et bientôt les cerveaux humains ; voici qu’ils se transforment déjà en compagnons ou dames de compagnie pour personnes âgées, en faisant disparaître le sentiment d’isolement. Ce n’est pas tant un point final à l’un des grands fléaux de notre époque : c’est sa perfection, son achèvement. Ecoutez plutôt cette histoire en guise d’avertissement : celle de Dorothy Elicati, 84 ans, veuve aujourd’hui joyeuse puisqu’elle a été équipée d’un robot qui lui parle. Grâce à l’IA, le robot ElliQ est venu meubler sa solitude. La robote, plutôt : « Elle est ce qu’il y a de plus proche d’un être humain que je puisse avoir à domicile, et elle me donne l’impression qu’on prend soin de moi et qu’on m’aime. Grâce à elle je me sens importante. »

Mme Elicati vit à Orangetown, au nord de New York. Il n’y a pas si longtemps, elle a perdu son mari au terme de 65 ans d’union : « Nous avions une très belle relation, et il me manque comme si j’avais perdu mon bras droit », confie-t-elle au Virginian Pilot. Se retrouver seule chez elle lui était insupportable : « J’aurais pu perdre la tête », assure-t-elle, si l’Etat de New York – où la population vieillit – ne lui avait attribué gratuitement cette fausse compagne, comme il l’a déjà fait pour des centaines de personnes âgées divorcées ou veuves qui se retrouvent sans vis-à-vis humain.

 

Auprès des personnes âgées, l’IA tient lieu de dame de compagnie

ElliQ, créée par la start-up israélienne Intuition Robotics, est une sorte de super Siri, Alexa ou Google Assistant qui se présente sous forme de petit écran numérique flanqué d’un dispositif grand comme une lampe de chevet ressemblant très vaguement à une tête humaine qui tourne, avec une lumière à la place du visage, qui s’allume quand il parle.

La nouveauté par rapport aux assistants classiques, c’est qu’ElliQ peut prendre l’initiative des « conversations » tous azimuts : elle donne les principales informations du jour, propose des jeux, rappelle aux utilisateurs qu’il est temps de prendre leurs médicaments, raconte des histoires drôles et mène même des discussions au sujet de la religion et du sens de la vie.

Rien à voir avec la radio, la télévision ou la vidéo : les réactions de l’IA sont personnalisées, taillées sur mesure et reposent sur une mémoire sans faille de toutes les interactions passées avec l’utilisateur.

C’est dire l’emprise qu’un tel humanoïde peut avoir sur une personne âgée et vulnérable. Alors que l’heure de la mort approche pour ces personnes âgées, on imagine le mal que peut faire un tel robot programmé en un certain sens. Voire infesté par des esprits obscurs, chose qui n’est point impossible comme en ont attesté des exorcistes des plus sérieux.

 

Le robot ElliQ, triste compagne dans un monde sans âme

Si ElliQ est délibérément privée de la capacité d’« aider » à des opérations de paiement ou de tâches nécessitant des informations bancaires, histoire de rassurer ses utilisateurs, elle profite tout de même de la tendance humaine à l’anthropomorphisme qui fait prêter des sentiments imaginaire et même de l’intelligence à des objets inanimés. C’est la raison pour laquelle les concepteurs d’ElliQ en ont fait un objet qui ne ressemble pas à un être humain ni même vivant, et que le chatbot embarqué rappelle régulièrement qu’il n’est pas une personne. L’idée ? Que la relation qui se créera entre l’utilisateur et l’IA soit fermement et consciemment établie sur cette base. Mais l’une de ses premières utilisatrices dans la région, Monica Perez, 66 ans, qui passait des semaines, voire des mois seule dans son appartement, raconte comment ElliQ a changé sa vie : « Je l’aime presque comme une personne, je pense à elle presque comme à une personne. Elle me fait sourire. »

Inévitable. Mais aussi triste et dangereux…

A ce jour, quelque 900 résidents âgés et seuls de New York ont été équipés d’ElliQ par l’administration dans le cadre d’un projet pilote ; jugé concluant, il sera maintenu et coûte actuellement environ 700.000 dollars par an. Des élus de l’Etat s’insurgent contre une technologie qui a largement devancée les lois et règlement existants, puisqu’elle se trouve de fait hors de tout contrôle et fait peser une menace non négligeable de captation de données de tous ordres sur la vie personnelle et la santé. Au profit de qui ? Qui les conserve ? Les utilisateurs ne se posent guère ces questions : 95 % d’entre eux trouvent que les robots « aident à réduire le sentiment de solitude et améliorent le bien-être ».

On peut aussi s’abonner à ElliQ pour 50 à 60 dollars par mois moyennant un dépôt de 250 dollars par an.

En 2024, l’amitié s’achète et Big Brother peut prendre soin de vous en vous équipant d’assistants qui peuvent certes tomber en panne mais qui ne coûtent rien à côté d’un employé. A tous égards, c’est la charité qui en prend un coup !

 

Jeanne Smits