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Eloge de Béatrice Dalle et Simone Veil, autorités morales et leaders d’opinion

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L’une est entrée au Panthéon, l’autre a salué la sortie de prison de Redoine Faïd. L’une est un objet d’éloge universel, l’autre est réprouvée par l’opinion. Mais toutes deux sont les agents d’un système d’information qui cherche des leaders et des autorités morales pour encadrer le peuple.
 
Essayez de dire du mal de Simone Veil dans un salon et vous comprendrez votre douleur. A moins qu’il ne soit pur catho-tradi, et encore : il se trouvera bien une Marie Béatrice quelconque pour observer qu’elle n’avait pas pris la mesure des conséquences de sa loi lorsqu’elle la fit voter, que d’ailleurs il existait une situation d’urgence, et qu’enfin elle a fini plutôt Manif pour tous.
 

Simone Veil sauvée par le désir qu’elle inspirait aux Kapos homos

 
Simone Veil, c’est l’icône universelle, à tel point que certains lui mettent un W. Elle plaît aux femmes, elle plaît aux hommes (ses yeux), aux féministes, même aux antisémites. Elle est inattaquable. Intouchable. Et pourtant, qu’a-t-elle fait ? Une loi qui, quels que soient les prétextes et intentions évoqués, a légalisé le massacre des innocents, donnant à la mère un droit de vie et de mort indu sur son enfant, et réduit la natalité française. Elle fut aussi un fonctionnaire intègre mais sectaire, qui a bien vécu de la république avec son mari, toujours partisane des leaders progressistes. Elle fut enfin une jolie jeune fille emportée en déportation durant la seconde guerre mondiale, qui y perdit une partie de sa famille et fut à plaindre pour cela : mais en quoi cela en fait-il une autorité morale, un exemple ? Elle dut de survivre, elle le raconte dans sa bonne autobiographie Une vie, au désir qu’elle inspirait aux kapos homosexuelles. Ce n’est ni mal, ni bien. C’est une leçon de chose sans doute, mais ne mérite ni éloge ni condamnation.
 

Béatrice Dalle danse le Mia et s’excuse

 
Béatrice Dalle, elle, s’est attiré les foudres de l’opinion pour avoir exprimé la sienne sur Redoine Saïd, ou plus exactement sur sa cavale en hélicoptère : « Que Dieu te protège. Bravo Redoine Faïd, toute la France est avec toi, enfin moi en tout cas c’est sûr (…) Bordel, je vais danser le Mia pendant des heures pour fêter ça. » La maman de la policière qu’a tué ledit Redoine Saïd n’a pas apprécié, et, après quelques heures d’indécision entretenue par les médias, l’opinion française dans son ensemble non plus. Tant et si bien qu’au bout de vingt-quatre heures Béatrice Dalle a retiré son message et s’est excusée : « Si j’ai heurté des gens j’en suis désolée (…) C’est juste un message sur Instagram qui a été mal interprété. » Waouh ! Mal interprété ! Béatrice Dalle devrait faire de la communication politique, elle en a déjà le vocabulaire.
 

Immunité pour les leaders d’opinion du Tout Paris déjanté

 
Certains font valoir qu’elle est obèse, n’a plus de dents ni de rôle, et qu’il lui fallait faire fort pour trouver le buzz. D’autres, qu’après tout chacun est libre de dire ce qu’il lui plaît, on est en république tout de même. C’est ici qu’il leur manque un élément d’analyse du système – et à Béatrice Dalle. Cette brave fille a commencé à défrayer la chronique avec un rôle agressif dans 37°2 le matin, et depuis a choisi d’être l’égérie du cinéma d’auteur grunge porno qui pense. Elle a beaucoup consommé de provocation (en racontant notamment une scène de cannibalisme) et de drogue, bien qu’elle n’ait été sanctionnée que deux fois, l’une pour vol de bijoux, l’autre pour transport de trop de cocaïne. Elle croyait donc naïvement jouir de l’immunité du Tout Paris déjanté, un peu comme Bertrand Cantat. Nous sommes des artistes de gauche, nous avons droit au privilège d’extra-citoyenneté.
 

Comment sont promues les autorités morales

 
Mais il faut comprendre comment marche le schmilblick. Les médias, pour faire passer les ordres de leurs commanditaires, ont besoin d’autorités. Autorités morales, bien sûr, comme le pape François ou le président du MRAP, mais aussi des autorités moins voyantes. Des footballeurs. Des héros de télé-réalité. Des experts de toute spécialité. Si ma crémière et moi-même disons : « Le Pen est un monstre », ou « Il faut accueillir les migrants », ça nous intéresse, ma crémière et moi-même, mais si c’est Sophie Marceau ou Benzema (avant la sextape, aujourd’hui plutôt Mbappé), alors ç’a une autre portée, même les membres de l’Institut doivent s’incliner. A un moment donné, avant la vogue des politologues et des experts, la presse recherchait et choisissait les leaders d’opinion dans le vivier du show-bizz borderline : en tant qu’actrice complètement starbée, Béatrice Dalle jouissait d’une certaine autorité.
 

Eloge d’une idiote complètement fêlée

 
Cela explique sa méprise sur Redoine Saïd. Elle a cru de bonne foi qu’elle avait une opinion, qu’elle avait le droit d’en avoir une et que celle-ci intéressait l’opinion. Elle s’est prise pour une personne humaine, alors qu’elle n’avait jamais été qu’un instrument du grand orchestre d’infomusement des médias. Pour cela je ferai son éloge. C’est une idiote complètement fêlée, mais elle a le droit de l’être et ne devrait pas s’excuser pour cela. Elle a simplement oublié que le monde évolue. Fugit irreparabile tempus. Le Mia a vingt-cinq ans, Goldorak quarante cette année. Plus personne ne prend Yann Moix au sérieux, même Laurent Ruquier. Le job de leader d’opinion ou d’autorité morale est terriblement usant, presque autant que président. En deux, trois saisons, on est bon à jeter. Voyez Bernard Henri Lévy, le Jeanne Calment des leaders d’influence, tout le fric, le taffe et les réseaux qu’il met là-dedans, l’énergie qu’il dépense, et il est quand même complètement démonétisé.
 

Simone Veil au Panthéon, Béatrice Dalle au Pandémonium

 
Béatrice Dalle est une ingénue. Elle a continué à dire des bêtises, comme d’habitude, mais au lieu d’être reçue comme le Messie, on l’a conspuée. Pauvre mignonne. Il ne faudrait pas qu’elle récidive, sinon elle finirait comme Gérard Depardieu. Quand une autorité médiatique commence à dire des choses qu’il ne faut pas dire, alors, le sens du courant s’inverse. Depardieu était digne d’éloges du temps des Valseuses, c’est devenu un anti-modele. Un ogre, un père fouettard, un petit Belzébuth ventru, un leader de la collaboration avec le mal. Il fait pipi sur la moquette des avions, il est copain de Poutine. Aucune classe. Le contraire de Simone Veil. Bon à mettre au pandémonium.
 

Pauline Mille