Espionnage chinois des Etats-Unis depuis Cuba

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Le Wall Street Journal rapportait jeudi dernier que la Chine avait conclu un accord de plusieurs milliards de dollars pour mettre en place une « installation d’écoute » à Cuba afin d’espionner l’armée américaine. Assertion aussitôt démentie par la Maison Blanche et par Cuba… Mais depuis lors, un autre officiel de l’administration Biden a déclaré sous couvert d’anonymat que les installations chinoises existent bien sur l’île communiste, située à moins de 160 km de l’extrémité méridionale de la Floride, Key West.

Le rapport cité par le Wall Street Journal, et qui s’appuie sur les propos de responsables des services du renseignement américain, affirme que la base d’espionnage commanditée par la Chine – autrement dit le Parti communiste chinois – permet la collecte d’informations sur les bases militaires du sud-est des Etats-Unis ainsi que sur les navires circulant dans la zone.

Des responsables de l’administration Biden ainsi que des membres du gouvernement cubain ont aussitôt contesté le rapport, affirmant qu’il était inexact et même, selon le vice-ministre cubain des affaires étrangères Carlos Fernandez de Cossio, « mensonger ». Le porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche, John Kirby, ajoutait pourtant en répondant aux questions de l’agence Reuters qu’il existe une « réelle préoccupation » aux États-Unis au sujet des relations entre Pékin et La Havane.

 

Des dispositifs d’écoute chinois surveillent les Etats-Unis depuis Cuba

Même réserves chez le porte-parole du ministère américain de la défense, le général de brigade Patrick Ryder, qui a déclaré : « Nous n’avons pas connaissance du fait que la Chine et Cuba développent un nouveau type de station d’espionnage. »

Où l’on devine quelque restriction mentale. Il semble en effet que les démentis de autorités américaines aient pu porter sur la présence d’une « nouvelle » installation, comme le suggèrent les précisions du responsable anonyme confirmant que le gouvernement chinois possède des « installations de collectes d’information à Cuba » depuis des années, et que celles-ci ont bénéficié d’une « mise à niveau » pas plus tard qu’en 2019. Il ne semble pas que le « grand frère » russe y ait trouvé à redire…

Le même fonctionnaire anonyme assure que l’administration Biden dont il fait partie a engagé des « démarches diplomatiques » peu après l’entrée de cette dernière à la Maison Blanche en 2021, en vue de freiner les efforts d’espionnage chinois, alors que la Chine cherchait, selon des informations américaines, à « étendre sa logistique, ses bases et son infrastructure de collecte à l’étranger afin de permettre à l’armée de projeter et de maintenir sa puissance militaire à une plus grande distance », et estime que cette volonté de renforcer sa présence, notamment à Cuba ne s’est pas relâchée.

Les informations concernant la présence chinoise à Cuba font suite à la découverte d’un ballon espion chinois flottant au-dessus des Etats-Unis au début de l’année. L’incident a suscité une controverse après que l’administration Biden avait initialement déclaré qu’elle n’abattrait pas l’aéronef et affirmé que le ballon n’espionnait probablement pas les États-Unis.

 

L’espionnage chinois surveille l’armée, mais vise aussi les Chinois aux Etats-Unis

Plusieurs mois après que le ballon a finalement été abattu au-dessus de l’océan Atlantique, en février dernier, les autorités ont reconnu que l’aéronef était équipé d’une technologie de surveillance et qu’il avait survolé des installations militaires américaines sensibles au début de l’année, recueillant des informations pour les transmettre en temps réel à la Chine.

L’« intérêt » de la Chine pour les Etats-Unis gêne manifestement l’équipe de Joe Biden qui semble chercher à la fois à masquer son incapacité à contrer cette surveillance chinoise et à montrer au public qu’elle s’y oppose activement.

Cependant, de nombreux « incidents » impliquant la Chine émaillent l’actualité aux Etats-Unis. En avril, deux New-Yorkais ont été arrêtés et mis en examen pour « l’ouverture et l’exploitation d’un poste de police étranger illégal » dans le quartier chinois de Manhattan pour le compte du ministère de la sécurité publique (MPS) de la Chine communiste. Ils sont soupçonnés d’avoir « harcelé » et « menacé » des dissidents chinois réfugiés aux Etats-Unis, en lien étroit avec les forces de l’ordre de leur pays.

Ces derniers mois, des dirigeants républicains, parmi lesquels le gouverneur de Floride Ron DeSantis et le gouverneur du Dakota du Sud Kristi Noem, ont cherché à interdire à la Chine d’acquérir des terres agricoles aux États-Unis, alors que les Chinois ont acheté pour un montant record de 6,1 milliards de dollars de biens immobiliers aux États-Unis en 2021.

 

Anne Dolhein