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Des étudiants de Lyon notaient les filles sur leur physique : pourquoi il faut les pendre !

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A l’école de management de Lyon, des garçons notaient des filles sur leur physique. Et relevaient leurs adresses. Pour les féministes, c’est un fait révélateur de sexisme qui tend à se répandre. Allons jusqu’au bout de la logique, pourquoi ne pas pendre les fautifs, pour y mettre le holà ?
 
Le scandale ayant été rendu public, le directeur, Bernard Belletante (sic) s’est reconnu « choqué » par ces « pratiques inadmissibles » et a promis une « enquête interne ». Ces messieurs avaient en effet monté un groupe Facebook où l’on entrait sur invitation. Ils y recueillaient le plus possible de données sur 450 de leurs camarades féminins, dont l’adresse électronique dans la moitié des cas. Pour 120 d’entre elles, une note de zéro à 20 (en pratique 2 à 19) sanctionnait leur aspect extérieur, avec quelques commentaires moraux du genre fausse blonde surmaquillée, créature de Frankenstein ou cavalière cherchant sa monture (de mon temps, ils auraient plutôt écrit pouliche cherchant son dresseur, cette inversion me paraît caractéristiques d’une évolution des mœurs sexuelles).
 

A Lyon ou ailleurs, les étudiants ont toujours été insupportables

 
Je sais bien ce qu’ils diront pour leur défense : que cela s’est toujours fait, dès le collège, dans tous les établissements de France, de Navarre, d’Europe, d’Asie, d’Amérique et d’Afrique, depuis au moins Mathusalem. Naguère, plusieurs de mes copines gloussaient même avec une veule complaisance quand elles interceptaient tel bout de papier. D’autres diront qu’il n’y a pas de quoi pendre un chat, que c’est de leur âge, qu’un étudiant est fait pour déparler, depuis au moins Villon et Rabelais, que si leurs commentaires sont assez ordinaires ils sont tout aussi anodins. Oui, je sais, mais c’est l’été, et, entre les jeux instructifs de Télérama et la lecture de La délicatesse du homard, il est temps de prendre au sérieux les questions dont la réaction voudrait nous forcer à sourire. Car si l’on se met à rire de tout, Hitler finira par avoir un côté humain et Macron lui-même aura droit à une deuxième chance.
 

Ils notaient les filles sur leur physique : ils risquent 5 ans ferme

 
La presse ne rit donc plus. Comme l’écrit Muriel Florin dans Le Progrès de Lyon, « les langues se délient ». Une brève revue des nombreux articles consacrés à cette affaire permet de mesurer à quel point elle est grave. Il faut avant d’y entrer régler un point que les défenseurs hypocrites de la liberté d’opinion mettent en avant. Le fichier Excel Mur Pipas 2k17, puisque tel est son nom, était tenu par un groupe privé, il entrerait donc selon eux dans le champ de la conversation privée dont personne n’a à connaître. L’argument est fallacieux. L’article 8 de la loi Informatique et libertés du 6 janvier 1978 est formel : « Il est interdit de traiter […] des données concernant la vie sexuelle ou l’orientation sexuelle d’une personne physique. » Quand les étudiants de Lyon écrivaient « Bimbo maquée, elle veut du cul », ils étaient donc dans l’illégalité manifeste. Il est bon que l’un d’entre eux les ait dénoncés. « L’écœurement » qui l’a mu est civique. Il faut savoir que, après l’article 226-16 du Code pénal, ils sont passibles de cinq ans d’emprisonnement et 300.000 euros d’amende.
 

On entend pis que pendre sur les traditions des étudiants de Lyon

 
D’après les informations rapportées par la presse, ce type d’appréciations est « dans la tradition » des étudiants de l’école de management de Lyon. La tradition a bons dos. La presse locale et nationale a heureusement su lui opposer un vocabulaire critique. Là où ils disent commentaires plaisants ou innocents, elle écrit « graveleux ». Là où ils évoquent de simples préférences, elle repère un regard « sexiste ». Là où ils parlent d’opinion privée, de liberté, de flicage, elle sait dénoncer au contraire « l’Omerta » autour d’un groupe qui « divulgue » à tous ses membres des données personnelles. Là où ils parlent hit-parade, liste, palmarès, elle accuse : les filles étaient « fichées », et ce mot rappelle à lui seul les heures les plus sombres de notre histoire. Là où ils prétendent relativiser, (« Ce n’était qu’une liste raisonnée des filles en fonction de leur look pour faciliter les rencontres »), elle sait voir la dangereuse perversion qui se cache derrière l’anodin, elle note que, dans la foulée de l’aspect physique, étaient parfois notée l’origine ethnique et politique des jeunes filles.
 

Sélection, binarisation, discrimination : le langage est dangereux

 
Ce qu’il y a de profondément répugnant et dangereux dans le fichier des étudiants de Lyon et dans leur démarche, c’est l’esprit : un esprit de sélection (contraire à la loi Faure sur l’orientation des étudiants, et avec des notes, en plus !) sexiste qui mène immanquablement à la discrimination. Et la forme, qui autorise à nommer, donc à figer un être humain dans une catégorie. La fameuse binarisation. Ces mecs qui écrivent, c’est un thon, ou un canon, comme Daniel Schneidermann disait d’Arnaud Gauthier-Fawas qu’il est un homme. C’est inadmissible.
 
Pour prendre un souvenir personnel, il y avait dans ma classe deux cageots qui n’y pouvaient rien, trois professionnelles de l’aspect, qui, si vous voulez mon avis n’avaient pas grand-chose dans le ciboulot (mais il est vrai que ce n’est pas le ciboulot qui intéresse les garçons en premier), et puis tout le reste, nous, les intéressantes, les variées, les sourires uniques, etc. La sélection, la nomination, la numérotation ne peuvent conduire qu’à une société d’aigreur et de conflit. Une fois libérée la parole sexiste, jusqu’où n’ira-t-elle pas : oie blanche, allumeuse, dinde, mijaurée, fausse vierge, donzelle, paillasse à nègres, p… à fascistes, viragos, gigot à l’ail, pintade, linotte, morue ? Le sexisme pense pis que pendre des femmes, il ne faut pas lui donner l’occasion d’extérioriser ses catégories mentales.
 

Marlène Schiappa et Daech la main dans la main : il faut les pendre

 
Cette affaire de Lyon entre en résonance avec la loi Schiappa sur le harcèlement de rue prévue pour l’automne. A partir de la rentrée, les machos n’auront non seulement plus de droit de nous suivre, de nous siffler, de faire des remarques sur notre cambrure ou l’ourlet de notre jupe, mais un seul regard appuyé qui nous déplairait suffira à verbaliser. Il faudra remastériser Quai des Brumes. – T’as de beaux yeux, tu sais ? – Monsieur l’agent, vous pouvez lui coller une amende de 750 euros ?
 
Dernière remarque, un féminisme réfléchi se réjouira de la présence d’un islam fort sur notre sol. Sans doute brime-t-il la femme. Mais nous formons avec lui un couple que Germaine Tillion nommait, durant la guerre d’Algérie, Les ennemis complémentaires. Notre opposition dialectique permet de régler son compte à la tyrannie machiste. Nos rigorismes synergiques minent de conserve la domination masculine occidentale moderne. Nous sommes les deux jambes de la révolution sociétale. Notre diversité est le meilleur masque et le meilleur instrument de notre lutte commune. Certains reprochent à Marlène Schiappa d’écrire des bouquins cochons à la maison et de défendre la dignité de la femme au ministère. Ils ne comprennent rien à la casuistique. Pour être ministre on n’en est pas moins femme. L’important est l’intention révolutionnaire. Dans l’islam aussi. Pour casser les codes du mâle blanc dominateur, la femme voilée lancera avec habileté des œillades assassines par la fente de son niqab. 
 

Pauline Mille