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Rétablissement des exportations de bœuf français vers la Chine : les Chinois se rassasient de viande quand les Français s’en privent

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La visite d’Edouard Philippe, Premier ministre français, à Pékin, aura permis de débloquer les exportations de bœuf français en Chine. La rencontre avec le président chinois Xi Jinping a mis fin à un embargo vieux de dix-sept ans lié à la crise de la vache folle mais souligne surtout l’explosion des besoins chinois alors que la consommation de viande baisse en France. L’ouverture des frontières, qui a appauvri les classes moyennes françaises et fait exploser le chômage, surtout en milieu ouvrier, explique pour une large part la récession de la consommation de viande, un indicateur clé du bien-être. L’annonce de la levée de l’embargo date de mars 2017 mais il aura fallu des négociations pour finaliser la décision, avec inspection sanitaire des entreprises de transformation en particulier. Notons que Pékin limitera ses importations de bœuf français à de jeunes mâles non castrés.
 

La Chine importe 1,4 millions de tonnes de bœuf par an bien qu’il y soit 2,4 fois plus cher que le porc

 
Tandis qu’en France la consommation de viande rouge ne cesse de baisser depuis les années 1990, en partie à cause de son prix et du pouvoir d’achat de la population, la Chine communiste voit sa demande bondir depuis cinq ans. Pourtant, elle y est 2,4 fois plus chère que le porc et 12 % plus chère que l’agneau. La Chine importe 1,4 millions de tonnes de viande bovine par an, contournant même l’interdiction de commerce avec l’Inde en passant par le Vietnam.
 
En France au contraire, seule la consommation de volaille connaît une hausse depuis une vingtaine d’années, semblant compenser pour partie la baisse tendancielle des autres viandes. En prenant une base 100 en 1990, la viande de volaille était de 125 environ en 2014, celle des agneaux, moutons et chèvres avait plongé à 50, celle des bœufs et veaux à environ 85, des porcs à 90. Ce dernier chiffre est aussi le niveau moyen de l’ensemble des viandes cette année-là, soit une baisse globale malgré la hausse de la volaille.
 

En France, la consommation de bœuf est passée de 33 kg/an/habitant à 24,1 kg en 14 ans

 
Selon FranceAgriMer, la consommation de viande bovine en France est passée d’un pic à 33 kg/habitant et par an en 1979 à 24,1 kg en 2013 soit une chute de 27 %. Parmi les raisons ce cette tendance française invoquées par les spécialistes du laboratoire Alimentation et sciences sociales de l’Inra, l’effet prix est le premier cité. FranceAgriMer relève pour sa part « une hausse générale des prix des produits entre 2003 et 2013 », en particulier pour les viandes bovines et ovines, avec « une accentuation depuis 2008 ». La hausse des prix n’a pas été suivie par le pouvoir d’achat, le libre-échange ayant entraîné la délocalisation de productions industrielles – d’abord vers la Chine – qui a amoindri le revenu global des populations françaises moins favorisées. La chute notée en France est plus ou moins partagée par le reste de l’Europe. Elle s’accompagne – raison ou prétexte ? – de campagnes et de modes végétariennes voire véganes, sur fond de violent antispécisme idéologique. Les pratiques insoutenables révélées dans certains abattoirs, tout comme l’extension des abattages rituels (« halal », « kasher ») sans étourdissement de l’animal, ont probablement influé aussi, même si un chercheur de l’Inra cité par Le Monde se garde d’évoquer ce tout dernier point. Il préfère citer la prise de conscience « des conséquences de l’élevage industriel (…) sur le changement climatique ».
 

La consommation de viande par les Chinois est passée de 20 kg/an en 1985 à 59,5 kg en 2010

 
La Chine communiste n’a pas ces préventions, malgré ses « engagements » climatiques. Un Chinois ne consommait en moyenne que 20 kg de viande par an en 1985. Il en consommait 59,5 kg en 2010, bien plus que la moyenne mondiale. La consommation globale de viandes en Chine est passée de 8 millions de tonnes en 1975 à 72 millions de tonnes en 2012 malgré une hausse des prix au détail. Aux Etats-Unis, les chiffres sont passés de 23 à 33 millions de tonnes sur la même période. Mais la viande de bœuf reste moins consommée en Chine, et bien moins produite en raison de ses coûts élevés de production et du manque de pâturages. La Chine dépend entre 20 et 25 % des importations de viande pour sa consommation. Jusqu’ici, ses frontières étaient ouvertes aux importations de viande bovine en provenance de quinze pays, pour l’essentiel le Brésil, l’Australe, l’Uruguay, le Canada, l’Argentine et la Nouvelle-Zélande.
 

Les éleveurs de bœuf français, qui exportent peu, visent le haut de gamme

 
Face à ces « puissances bovines », la production française devra travailler dur pour conquérir des parts de marché. D’ores et déjà, les exportateurs hexagonaux, qui comme les autres pourront exporter sous forme surgelée, évoquent le haut de gamme. Il leur faudra aussi privilégier les viandes grasses, préférées des Chinois. La filière bovine française juge qu’une exportation annuelle de 30.000 tonnes serait « formidable ». La France, dont la consommation intérieure chute, n’exporte que 16 % de sa production de bœuf bien que son cheptel soit le premier de l’UE, et presque exclusivement (93 %) en Europe. Il est vrai que la baisse des importations françaises de bœuf, conséquence de l’obligation d’étiquetage de l’origine dans les plats préparés, a provisoirement soulagé les producteurs hexagonaux sur leur marché intérieur.
 
Notons que l’exportation de volailles françaises vers la Chine reste bloquée par Pékin. L’Empire du Milieu sait conserver des cartes pour les prochaines négociations commerciales.
 

Matthieu Lenoir