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Wikileaks : le FMI menace de faire éclater la dette grecque

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Christine Lagarde, présidente du FMI, le 3 avril 2016 à Paris.


 
Wikileaks vient de publier une conversation interne entre hauts fonctionnaires du Fonds Monétaire International : dans les négociations sur la dette grecque, la menace est le défaut de paiement et la banqueroute d’ici juin. Le premier ministre grec Alexis Tsipras et la présidente du FMI Christine Lagarde sont à couteaux tirés, mais le torchon brûle aussi entre l’UE et le FMI.
 
La planète menace aujourd’hui de faire eau de toutes parts, il n’y a pas un jour sans fuites, et celle que vient de révéler Julien Assange est plus inquiétante que les Panama Papers. Dans un article du 2 avril, Wikileaks transcrit la conversation entre le Danois Poul Thomsen, directeur de la section Europe du FMI et la Roumaine Delia Velculescu, chef de mission du même FMI pour la Grèce. Au menu, la dette grecque, bien entendu, et un agacement très net des hauts fonctionnaires contre à la fois l’inertie du gouvernement grec et la rigidité des créanciers européens.
 

Le FMI menace de ne plus financer la dette grecque

 
Le FMI exige de l’Europe qu’elle consente à un  « allègement de la dette grecque » et des Grecs qu’ils rendent effectives leurs réformes de structures (touchant notamment les retraites et les impôts) faute de quoi il sortirait du jeu et provoquerait « un événement de crédit », entendez, faute d’argent, une banqueroute. La position du FMI est politiquement dictatoriale mais juridiquement compréhensible : ses contributeurs non européens s’étonnent qu’il fasse, pour la dette grecque, une exception à son principe de ne pas participer au renflouement des pays dont le plan de désendettement n’est pas sain.
 
Mais pour Wolfgango Piccoli, analyste économique à Teneo Intelligence, le principal obstacle aux négociations sur la dette grecque est la « dispute entre le FMI et l’UE ». Ils ne sont en effet d’accord sur rien, ni sur la façon de négocier, ni sur les prévisions économiques sur lesquelles ils fondent leur stratégie (la Commission table sur une croissance de la Grèce de 0,5 % en 2016, le FMI sur une décroissance du même ordre), ni sur les concessions à faire pour obtenir de la Grèce qu’elle mène ses réformes de structures. Angela Merkel et les autres créanciers européens estiment avoir fait assez de concession et ne veulent pas réduire le montant de la dette grecque exigible, le FMI exige un allègement de la dette.
 

La fuite de Wikileaks met le FMI en position de force

 
Interpellée par Alexis Tsipras sur la fuite révélée par Wikileaks, Christine Lagarde, la patronne du FMI, a répondu une lettre extraordinairement sèche. Elle y affirme que la fuite « ne vient pas du FMI mais du gouvernement grec », exige de celui-ci « bonne foi et confiance » sans lesquelles – la menace est à peine voilée – les négociations ne sauraient aboutir. Le FMI va envoyer une nouvelle mission à Athènes pour reprendre la négociation de la dette grecque, mais Christine Lagarde exige la « discrétion » et parle cette fois en maître tant à l’UE qu’à la Grèce, comme si la fuite de Wikileaks l’avait paradoxalement mise en position de force.
 

Pauline Mille