Le Forum économique mondial et Visa font la promotion de la « mobilité urbaine durable » : haro sur les voitures individuelles

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Un document publié conjointement en mai par le Forum économique mondial et par la société de gestion de cartes bancaires Visa présente un outil d’évaluation de la « mobilité urbaine durable ». Son objectif affiché : aider les grandes villes du monde à mettre en place des politiques de transport permettant de réduire les émissions carbone au nom de la lutte contre le « réchauffement climatique ». Ne croyez pas qu’il s’agisse de faire évoluer les parcs automobiles en remplaçant les voitures à essence ou à diesel par des voitures électriques ; ces architectes du futur, auto-proclamés et non élus, visent l’élimination de la majorité des voitures individuelles tout court. Au-delà, la propriété individuelle et, partant, les libertés individuelles qui sont en ligne de mire.

Tout cela est présenté sous le prétexte de « contenir la croissance de l’utilisation de la voiture privée ». On en compte aujourd’hui 1,45 milliards de par le monde ; à l’horizon 2050, affirme le World Economic Forum, et alors que 70 % de la population mondiale habitera en zone urbaine selon ses projections, le nombre de véhicules individuels atteindra 2,1 milliards si les tendances actuelles se maintiennent.

En adoptant une approche « partagée, électrique, connectée et automatisée » (SEAM : shared, electric, connected and automated) il doit être possible de réduire le nombre de véhicules individuels dans le monde à 0,5 milliard, réduire la pollution urbaine, « libérer » 75 % de l’espace urbain, réduire les coûts de déplacement de 40 % et économiser 5.000 milliards de dollars par an au niveau mondial.

 

Le Forum économique mondial veut diviser par trois les nombre des voitures individuelles

Vous avez bien lu : l’objectif est de diviser par près de trois le parc automobile de voitures individuelles circulant actuellement, pour n’en garder que 500 millions…

Adieu, bouchons, autoroutes, parkings, entretien ! Ou du moins, adieu à une grande partie d’entre eux. Nous allons être pris en charge…

« L’électrification ne peut à elle seule produire ces résultats. La clef réside dans la synergie entre l’électrification, l’augmentation de l’utilisation des transports partagés (tels que les transports publics, les véhicules partagés et la micromobilité) et la création de villes plus compactes. Le secteur des transports est responsable d’environ 60 % de la demande mondiale de pétrole, il est donc essentiel d’accélérer la transition vers les véhicules électriques (VE). La synchronisation de l’électrification et de la transition vers le transport partagé peut toutefois permettre de réduire les émissions tout en s’attaquant à des problèmes plus larges tels que la congestion de la circulation, la sécurité l’allocation inefficace de l’espace », assure le document.

Que sont les « villes plus compactes » ? Des villes où l’on multiplie les tours d’habitation ? Ce n’est pas dit, même si on l’imagine ; en revanche, l’idée est de mêler les zones d’habitation et les zones d’activité, où l’on peut se déplacer facilement à pied et en vélo, où les transports en commun sont accessibles, fréquents, sûrs, avec des modes de paiement « intégrés » (traduisez : digitaux).

 

Bannir les voitures individuelles, promouvoir les transports « partagés »

Et bien sûr, c’est une utopie. Une publicité sur papier glacé où tout est à la fois propre (voire stérile) et facile d’accès, « centré sur les gens » (tu parles !) ; délicieusement courtois enfin. Il suffit de circuler aujourd’hui dans une ville comme Paris, ville compacte s’il en est, en voiture, en métro ou à pied, pour ne pas croire en ces balivernes. Que le premier qui n’y a jamais manqué de se faire emboutir par une bicyclette lève le doigt… On y adjoindra le seul qui n’a jamais péniblement navigué sur un trottoir jonché de trottinettes.

Utopie, encore, dans la réglementation de la vie de tous les jours. Dans un tel contexte, on ne parle en fait pas seulement de sabrer dans le parc des voitures individuelles, mais de mettre le couvercle sur les individualités. Par exemple, les parents qui voudront choisir l’école de leurs enfants plutôt que de suivre le mouvement général en allant au plus près – à supposer qu’on ait réussi, d’ici-là, à maintenir ce qui reste de libertés scolaires – ne rentreront plus dans le schéma.

Comme dans toutes les utopies, en effet, on aboutit à un totalitarisme qui s’occupe de tous les aspects de la vie sans laisser libre de trouver « sa » solution à son niveau et selon ses besoins, ses goûts, ses priorités. En définitive, on rétrécit l’espace vital et – je suis prête à prendre les paris – on réglementera demain la taille de l’appartement ou de la maison à laquelle on pourra prétendre, car les mêmes raisons invoquées pour agir dans un domaine seront faciles à transposer dans un autre.

Comme dans toutes les utopies, les solutions proposées sont hors-sol. C’est très bien de préconiser un petit reste de voitures électriques, des transports en commun électriques, et tutti quanti, pour transporter davantage de personnes à moindre coût financier et écologique. Mais quid de la mise en place des nouvelles infrastructures ? Quid de la production d’électricité à grande échelle que nécessiterait une telle révolution ? Il n’en est même pas question.

 

La « mobilité urbaine » du Forum économique mondial : une utopie socialiste

Non ; l’idée est de pousser les villes à s’adapter à l’utopie, en leur mettant à disposition des Urban Mobility Scorecards, des fiches et des méthodes d’évaluation qui permettront aux instances publiques et au secteur privé travaillant main dans la main de mieux obéir aux commandements de Davos.

Car c’est une utopie socialiste, ou plutôt socialo-communiste que l’on nous prépare, et qui s’appuie sur le « partage » des biens. C’est que nous appelions le « rêve communiste éveillé » de la parlementaire danoise Ida Auken, qui dans une tribune publiée par le Forum économique mondial en 2016, faisait part de sa vision d’un monde où elle ne posséderait plus rien. Il faut relire ce texte, il explique tout. Nous l’avions analysé ici.

S’agissant d’une utopie socialiste, on ne prend guère de risque en prédisant que les réglementations à venir ne concerneront pas tout le monde. Tout « paradis » communiste comporte sa Nomenklatura, sa caste privilégiée.

Trois villes sont déjà officiellement engagées dans cette aventure : Curridabat au Costa Rica (on y crée des voies cauchemar partagées entre véhicules, piétons et cyclistes), Singapour (où l’on limite les places de parking, en visant 75 % de déplacements motorisés en 2030 et 90 % de déplacements à pied et en vélo en 2040), et enfin Buenos Aires. Là, on a utilisé des places de stationnement pour créer des pistes cyclables, on a multiplié les espaces piétonniers et les réductions drastiques de la vitesse limite dans les zones résidentielles et commerciales, on promet même un « plan genre et mobilité » pour que les femmes se sentent en sécurité dans les rues et les transports en commun. On nous promet, en somme, un paradis sans péché originel, ou du moins son illusion, mise en œuvre, forcément, au moyen d’une surveillance de tous les instants…

 

Jeanne Smits