La France impliquée dans une campagne pro-excision au Mali

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Au Mali, l’excision des petites filles (ablation du clitoris) n’est pas interdite par la loi. Plusieurs associations militantes d’Africaines ont lancé une campagne pour faire cesser ce scandale, et pour leur faire pièce, des partisans de l’excision ont lancé une contre-campagne médiatique explicite intitulée « Oui à l’excision, nous voulons la protéger », assortie aux photos des militants qui la promeuvent, dont certains sont honorablement connus au Mali. Détail piquant, certains opèrent de France, d’Espagne ou de Belgique, où ils vivent, et où l’excision est évidemment et heureusement interdite. Mais ce n’est pas la seule complication remarquable d’une affaire où se croisent politique africaine, immigration, révolution arc-en-ciel, féminisme, etc. Débrouillons l’écheveau.

 

La campagne très officielle des pro-excision

La contre campagne des partisans de l’excision est très solennelle : ils posent, souriants mais sérieux, accompagnés d’un drapeau du Mali, avec des slogans altruistes : « Protégeons les filles, construisons leur avenir, tous ensemble agissons maintenant, Faisons respecter la loi. » Plus respectable, tu meurs ! Et à peu près laïque avec ça : un seul (sur huit) ajoute : « selon la voie du messager d’Allah ». Il est vrai que l’excision est une habitude de beaucoup de musulmans mais ne figure ni dans le Coran ni dans la Charia. Ce n’est pas la première fois que les partisans de l’excision se mobilisent ainsi au Mali. En 2009, l’immam Dikco avait mobilisé 50.000 personnes dans la rue contre une réforme de la famille qui s’y attaquait, et le gouvernement avait fini par reculer devant l’autorité des mœurs en place. L’équilibre est fragile entre les aides occidentales souvent liées à une obligation de changer de mœurs, et le sentiment populaire du Mali, et d’autres pays en Afrique.

 

L’excision, un fléau barbare qui touche aussi la France

Du côté des militantes contre l’excision, on a des chiffres et des faits. Sur 230 millions de femmes excisées, 144 millions vivent en Afrique et 600.000 en Europe. Pour tenter d’y remédier, elles ont lancé une campagne vidéo où l’on voit une petite fille dans une bassine sur le sol que deux femmes maintiennent pour l’excision. Elle est devenue virale au Mali où selon la dernière enquête de santé 89 % des femmes de 15 à 49 ans ont déjà subi ce que le jargon administratif de l’ONU et des ONG nomme des « mutilations génitales féminines », MGF. Une affiche « Arrêtons d’exciser » est diffusée par l’ONG malienne Sini Sanuman intégrée au programme national de lutte contre l’excision. Et une aide est venue des féministes de la sous-région. En particulier de la Guinéenne Tabara Touré, ambassadrice du réseau Excision parlons-en. La Guinée présente la particularité d’être le premier pays d’Afrique de l’Ouest à avoir criminalisé l’excision tout en restant le deuxième au monde derrière la Somalie par la prévalence de la mutilation.

 

Le Mali ménage les partisans de l’excision

L’aide extérieure ne semble pas avoir été productive. Elle a d’abord suscité la contre campagne des partisans de l’excision. Puis le recul du gouvernement du Mali, qui a besoin de toutes les forces politiques pour le soutenir, au moment où le pays est menacé de désintégration par la guerre menée par les Touaregs du Nord. Des influenceurs favorables à la junte ont dénoncé « les implications politiques et géopolitiques de la lutte contre l’exclusion ». Accusant « un débat qui n’a pas lieu d’être » d’avoir « politisé la société malienne », ils l’accusent d’être « financé en Afrique, et particulièrement au Mali, par l’Union européenne et les Nations unies à travers Spotlight, UNFPA et l’UNICEF ». Le pouvoir à Bamako a été sensible à l’argumentation, puisque, selon Jeune Afrique, Sini Sanuman a été contrainte de retirer son affiche et que le programme national de lutte contre l’excision a été remis « à une date ultérieure ». En même temps, le ministère des Affaires religieuses demandait aux imams de ne plus aborder le sujet en chaire – car ils ont intégré l’excision à leur définition de l’islam. Enfin, le Comité national d’éthique ordonnait, le 26 août, l’arrêt immédiat d’une étude d’opinion sur l’excision « pour éviter de troubler les diverses sensibilités loco-régionales ».

 

Ne pas confondre lutte contre l’excision et révolution

Les féministes africaines se désolent à la fois de ce résultat et de l’accusation d’inféodation à un programme occidental : « C’est complètement faux, soupire Tabara Touré. Nous n’avons pas besoin de l’Occident pour savoir que les MGF sont une violence inacceptable. » Elle a raison sur ce dernier point, mais semble ne pas voir combien la stratégie choisie par les féministes africaines prête le flanc à la critique et donne des armes aux partisans de l’excision. Par exemple, à Paris, Stop Excision a défilé aux côtés du comité d’Assa Traoré et d’autres associations opérant en Europe pour y faire la révolution, non pour y lutter contre l’excision. Et surtout, elles placent leur action dans un combat pour un changement global des mœurs au Mali et en Afrique. L’anthropologue Jean-Loup Amselle note justement que « l’excision et l’homosexualité » sont devenus des « enjeux politiques au Mali ».

 

La France et l’Europe arc-en-ciel font pression sur l’Afrique

Or Tabara Touré a joué explicitement la carte des nouveaux droits de l’homme que l’Occident entend imposer à l’Afrique : « Nous avons interpellé les autorités maliennes pour leur rappeler que le nouveau Code pénal condamne les “agressions sexuelles” et autres violations basées sur le genre et que le Mali est signataire du protocole de Maputo. » Cette phraséologie floue, cette référence comminatoire à un accord imposé par l’ONU, et ces à-peu-près juridique sont loin du problème, et ils sentent très fort l’idéologie arc-en-ciel promue par l’Occident. Ils mettent dans un même sac la lutte contre l’excision, mutilation, et le refus de l’homosexualité, choix personnel condamné en Afrique. Promouvoir l’homosexualité en même temps qu’on lutte contre l’excision est à la fois une erreur politique et une erreur intellectuelle. Politique, car c’est vraiment se mettre à la remorque de l’Occident contre l’Afrique : cf l’ambassadeur LGBT français qui a tant choqué, les menées des USA et d’autres pays occidentaux en Ouganda, ou encore Fiducia Supplicans. Et faute intellectuelle, car l’excision est un crime de sang, quand l’homosexualité demeure en Afrique, même d’un simple point de vue humain, une pratique malsaine et interdite – doublée pour les croyants, qui sont nombreux, d’un scandale et d’un péché.

 

La campagne pour l’excision menée d’Europe

On voit ici que tout en menant une juste lutte contre l’excision, des féministes africaines marquent contre leur camp en se mettant objectivement au service de la révolution arc-en-ciel occidentale. Mais en même temps, elles ont prouvé, par leur action en Europe, qu’il est possible de maîtriser l’immigration un peu moins mal qu’à l’accoutumée. Elles ont identifié les promoteurs de la campagne pour l’excision, un médecin, des religieux, des hommes d’affaires, tous gens influents, en ont trouvé plusieurs qui vivent en Europe, et ont décidé de les faire chanter pour qu’ils se retirent de leur campagne. Parmi eux Koué Diakité, ancien entrepreneur au Mali et prêcheur arrivé en Espagne par mer en 2025 : « Nous l’avons prévenu mais il ne nous a pas écoutées, explique Tabara Touré. Avec ma consœur Salamatou Alassane Bibi, nous avons contacté la fondation Kirira, la Croix-Rouge espagnole, les ministres de la Justice et de l’Egalité. En Espagne, on ne peut pas faire la propagande des MGF impunément. » Cela a porté. Le prêcheur a immédiatement retiré ses posts.

 

En France, le chantre de l’excision s’est tu

Et en France ? Un certain Kanimakan Traoré (est-il de la famille ?) tenait sur X des propos horribles sur les femmes non excisées. Les militantes l’ont amené à résipiscence en s’adressant aux autorités françaises. Il a cédé : « A la suite d’un entretien téléphonique avec les services de police, je procède à la suppression des posts. » Un seul coup de fil a suffi ! Quand il s’agit de la police féministe, le ministère de l’Intérieur arrive donc à réduire au silence les propagandistes étrangers à la civilisation et au droit de la France. On aimerait que cela s’applique avec autant de célérité à d’autres domaines. « On a aussi fait campagne contre Bandji Touré, un Malien vivant en France qui disait vouloir exciser sa fille, ajoute Tabara Touré. On l’a signalé à la préfecture et lancé une pétition sur son titre de séjour. S’ils veulent militer pour les MGF, qu’ils le fassent depuis le Mali, au lieu de piétiner le droit des femmes tout en profitant des privilèges français. » Comment lui donner tort ?

 

Pauline Mille