L’abbé Davide Pagliarani, supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X, a donné un long entretien à l’hebdomadaire en ligne de celle-ci, FSSPX Actualités. Il y explique sa décision de faire procéder à de nouveaux sacres d’évêques le premier juillet prochain – car NNSS Tissier de Mallerais et Williamson sont morts, et NNSS Fellay et de Galarreta âgés. Ceci alors qu’on se rappelle que les sacres de 1988 par Mgr Lefebvre avaient provoqué la rupture avec Rome et l’excommunication latae sententiae de la FSSPX. Et au moment même où une partie de la tradition catholique espère du pape Léon XIII un apaisement après le pontificat douloureux de François. La décision est-elle opportune ? Oui, pour le supérieur de la FSSPX, parce que « la loi suprême est le salut des âmes », qu’il y a danger dans la demeure, et qu’en assurant l’avenir on sort du blocage actuel. Faute de lumières suffisantes en pareille matière, à la fois si complexe et si sensible, on va donner ici une recension de certains points importants de cet entretien, pour comprendre la pensée de Davide Pagliarani et l’espoir de la FSSPX.
La FSSPX a pris du temps avant de décider des sacres
Nécessité faisant loi, on parlait de sacres à la FSSPX depuis la mort de Mgr Tissier de Mallerais, en octobre 2024. Mais la décision a pris du temps : « Il s’agit d’une affaire qui intéresse évidemment l’autorité suprême de l’Eglise, il était nécessaire d’entreprendre d’abord une démarche auprès du Saint-Siège – ce que nous avons fait – et d’attendre un délai raisonnable pour lui permettre de nous répondre. Ce n’est pas une décision que nous pouvions prendre sans manifester concrètement notre reconnaissance de l’autorité du Saint-Père. » Très bien, mais alors pourquoi prendre cette décision des sacres, qui peut être vue comme un défi ? « L’été dernier, j’ai écrit au Saint-Père pour lui demander une audience. N’ayant pas reçu de réponse, je lui ai écrit une nouvelle lettre, quelques mois plus tard, d’une manière simple, filiale, et sans rien lui cacher de nos besoins. J’ai mentionné nos divergences doctrinales, mais aussi notre désir sincère de servir l’Eglise catholique sans relâche : car nous sommes serviteurs de l’Eglise, malgré notre statut canonique non reconnu. A ce second courrier, une réponse de Rome nous est parvenue il y a quelques jours, de la part du Cardinal Fernández. Malheureusement, celle-ci ne prend aucunement en considération la proposition que nous avons formulée, et ne propose rien qui réponde à nos demandes. »
La loi suprême est le salut des âmes
Ici gît le lièvre, et l’ambiguïté fondamentale du nouveau pontificat : il entend pacifier l’Eglise, il ne peut donc pas tout chambouler d‘un coup, mais ce faisant il conserve à la tête du dicastère pour la doctrine de la foi le plus douteux des agitateurs, le cardinal Fernandez. La proposition qu’il n’a pas prise en considération était une demande de la FSSPX « de nous laisser continuer temporairement dans notre situation d’exception, pour le bien des âmes qui s’adressent à nous ». Avec promesse « au Pape de dépenser toute notre énergie pour la sauvegarde de la Tradition ». L’abbé Pagliarani estime qu’elle pourrait recevoir l’agrément du Saint Siège. Alors, pourquoi sacrer sans l’attendre ? Pourquoi ce moyen extrême ? Réponse : « La simple existence d’une nécessité pour le bien des âmes ne signifie pas que, pour y répondre, n’importe quelle initiative soit justifiée d’emblée. Mais dans notre cas, après une longue période d’attente, d’observation et de prière, il nous semble pouvoir dire aujourd’hui que l’état objectif de grave nécessité dans lequel se trouvent les âmes, la Fraternité et l’Eglise, exige une telle décision. Avec l’héritage que nous a laissé le pape François, les raisons de fond qui avaient déjà justifié les sacres de 1988 subsistent encore pleinement et apparaissent même, à bien des égards, d’une acuité renouvelée. Le Concile Vatican II demeure plus que jamais la boussole qui guide les hommes d’Eglise, et ceux-ci ne vont vraisemblablement pas prendre une autre direction dans un avenir prochain. Les grandes orientations qui se dessinent déjà pour le nouveau pontificat, à travers le dernier consistoire en particulier, ne font que le confirmer : on y voit une détermination explicite à conserver la ligne de François comme un chemin irréversible pour toute l’Eglise ».
L’Eglise ni la FSSPX ne doivent se perdre dans l’accessoire
La position de la FSSPX est donc claire, opposée à celle des communautés Ecclesia Dei malmenées par Traditionis Custodes, elle entend purger sans ménagement l’Eglise des séquelles de Vatican II. Pour le salut des âmes. « C’est triste de le constater, mais c’est un fait : dans une paroisse ordinaire, les fidèles ne trouvent plus les moyens nécessaires pour assurer leur salut éternel. Cela concerne en particulier la prédication intégrale de la vérité et de la morale catholiques, ainsi que l’administration des sacrements comme l’Eglise l’a toujours fait. » Dans cette optique, les sacres ne sont pas un défi mais un service : « Nous servons l’Eglise, d’abord, en servant les âmes. Cela est un fait objectif, indépendamment de toute autre considération. L’Eglise, fondamentalement, existe pour les âmes : elle a pour but leur sanctification et leur salut. » Cette mission essentielle, des débats indéfinis sur l’environnement, le droit des minorités, des migrants, des uns et des autres peuvent la faire perdre de vue : « Il est important de le rappeler parce qu’il existe aujourd’hui un danger, pour l’Eglise, de s’occuper de tout et de rien. (…) Si la Fraternité Saint Pie X lutte pour garder la Tradition, avec tout ce que cela comporte, c’est uniquement parce que ces trésors sont absolument indispensables au salut des âmes. »
Le salut des âmes n’exige pas de mission formelle
Et si l’on observe que la FSSPX n’a reçu de Rome aucune mission spéciale à cet égard, Pagliarani répond que c’est une simple question de charité envers des âmes toujours plus nombreuses, perplexes, désorientées, perdues, qui « appellent au secours. Et après avoir longtemps cherché, c’est tout naturellement dans les richesses de la Tradition de l’Eglise, intégralement vécue, qu’elles trouvent, avec une joie très profonde, la lumière et le réconfort. Sur ces âmes, nous avons une véritable responsabilité, même si nous n’avons pas de mission officielle : si quelqu’un voit dans la rue une personne en danger, il est tenu de lui venir en aide selon ses possibilités, même s’il n’est ni pompier ni policier ». Tout en reconnaissant que la critique des erreurs de Vatican II progresse dans la masse des fidèles notamment via Internet, l’abbé Pagliarani estime qu’il ne suffit pas de laisser faire ce mouvement. Les âmes « ont besoin d’un prêtre qui les confesse et les instruise, qui leur célèbre la sainte messe, qui les sanctifie véritablement et les conduise à Dieu. Les âmes ont besoin de prêtres. Or, pour avoir des prêtres, il faut des évêques. Pas des influenceurs. Autrement dit, il faut revenir au réel. C’est-à-dire le réel des âmes, de leurs nécessités objectives concrètes. Les sacres épiscopaux n’ont pas d’autre finalité : garantir, pour les fidèles attachés à la Tradition, l’administration du sacrement de la confirmation, de l’ordre, et de tout ce qui en découle ».
Rome tolère les évêques du PCC, elle peut tolérer les sacres
Reste un point capital : Rome peut-elle tolérer les sacres ? « L’avenir reste entre les mains du Saint-Père et, évidemment, de la Providence. Néanmoins, il faut reconnaître que le Saint-Siège est parfois capable de faire preuve d’un certain pragmatisme, voire d’une flexibilité étonnante, lorsqu’il est convaincu d’agir pour le bien des âmes. » L’abbé Pagliarani en veut pour preuve les relations avec la Chine : « Malgré une persécution ininterrompue de l’Eglise du silence, fidèle à Rome ; malgré des accords régulièrement renouvelés et rompus par le gouvernement chinois : en 2023, le pape François a approuvé a posteriori la nomination de l’évêque de Shanghai par les autorités chinoises. Plus récemment, le pape Léon XIV a lui-même fini par accepter a posteriori la nomination de l’évêque de Xinxiang, désigné de la même manière pendant la vacance du siège apostolique, alors que l’évêque fidèle à Rome, plusieurs fois emprisonné, était encore en charge. (…) A Rome, on sait très bien dans quel but ces pasteurs ont été choisis et imposés unilatéralement. Le cas de la Fraternité est bien différent : il ne s’agit évidemment pas pour nous de favoriser un pouvoir communiste ou anti-chrétien, mais uniquement de sauvegarder les droits du Christ-Roi et de la Tradition de l’Eglise. (…) Le Pape le sait. (…) Franchement, je ne vois pas comment le Pape pourrait craindre un danger plus grand pour les âmes du côté de la Fraternité, que du côté du gouvernement de Pékin. » Acceptons-en l’augure. Comme le reconnaît le supérieur e la FSSPX lui-même : l’avenir reste entre les mains de la Providence. Depuis l’interview de l’abbé Pagliarani, le Saint Siège est sorti du silence agressif du cardinal Fernandez et a invité le supérieur de la FSSPX au Vatican le 12 février.











